Emmanuelle Fournier, du rêve à la réalité, un road trip à moto à 53 ans

Emmanuelle Fournier avait un rêve, partir seule 4 mois en moto. A 53 ans, son rêve est en train de se réaliser puisque depuis début avril, elle est en moto sur les routes d’Europe. Avant son départ, nous avons rencontré cette dynamique Boomeuse qui nous a parlé avec enthousiasme de son rêve, de ses projets et de ses envies. Portrait d’une Boomeuse qui prouve qu’à plus de 50 ans, on peut encore réaliser ses rêves.

femme dont on bvoit pas la tête assise sur sa moto

Emmanuelle, c’est quoi être une Boomeuse ?

Emmanuelle Fournier :  Cela m’évoque la génération du film La Boum. Pour moi, une Boomeuse c’est une femme de 50 ans, qui a travaillé et qui se pose des questions sur les  quelques années qui lui restent…

Quelques années ? 

(rires) On ne sait pas. Pour moi la question a été vite vue.  J’ai perdu ma maman, elle avait 60 ans, et là je me dis, purée si je fais comme elle, il me reste 6 ans et demi à vivre !
Je ne veux pas perdre ces années, et pouvoir faire ce que j’ai envie.

Aujourd’hui, j’ai un leitmotiv qui est : je ne veux surtout pas mourir avec des regrets.

A 53 ans, vous avez décidé de partir seule en moto faire un road trip pendant 4 mois. Comment vous est venue cette idée ?

Ça m’a toujours fait rêver, c’est une idée qui me trottait dans la tête depuis très longtemps. Je suis une grande lectrice de roman d’aventures, de Kessel, Tesson ou autres… Je vis là-dedans. J’avais adoré livre de Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, où il partait vivre seul dans une cabane pendant 6 mois. C’est vrai que c’est quelque chose qui m’attire. Je pense que je suis quelqu’un d’assez solitaire.

Et puis cet été il y a eu quelques concours de circonstances qui ont joué.
On m’a prêté le livre de Kim Hoang qui a écrit Magadan, et est parti seul en moto en Sibérie. J’ai beaucoup aimé son livre et j’ai vu qu’il avait été acheté à la  librairie Ulysse, la plus ancienne librairie du voyage au monde (sur l’île de la Cité). J’ai trouvé le mail de Kim Hoang et je lui ai écrit.

J’avais beaucoup aimé une phrase de son épilogue où il écrit qu’on trouve toujours des prétextes pour ne pas partir

En septembre, j’ai contacté la librairie Ulysse, qui organise tous les premiers mercredis du mois le Cargoclub, où des passionnés de voyages se rencontrent. La seule obligation pour y participer, venir avec une bouteille ! Et là, vous rencontrez des gens plus fous les uns que les autres. Des gens qui voyagent en cargo, en vélo… sur des trains.
Catherine Domain, qui dirige la librairie, est devenue une copine et un jour, j’ai reçu une réponse de Kim Hoang, un mail très sympa. Lorsque je lui ai évoqué mon désir de partir à moto, il m’a proposé de m’aider dans la préparation du voyage et m’a dit “fonce, vas-y !”

Parallèlement à cela, Catherine m’a fait rencontrer une de ses amies d’enfance, Anne-France d’Hautheville, la première femme à avoir fait le tour du monde en moto en 1974. Enfin, je cherchais à changer de moto et j’ai trouvé une Ducati dont je suis tombée amoureuse. 

Et là, je me suis dit, vraiment, il se passe quelque chose  : des rencontres littéraires comme ça, la rencontre avec Ulysse, le changement de moto qui me met la banane, l’appartement qui est payé, mes filles qui sont élevées… je me suis dit les étoiles sont alignées, j’y vais !
Il faut dire que je m’ennuyais énormément au boulot… Et tout ça uniquement durant le mois de septembre. 
Du coup j’ai mûri tout ça dans ma tête et début novembre j’ai annoncé à toute la famille, qui m’a tout de suite soutenue, que je partais.

Femme debout en tenue de moto, publiée dasn le magazine les boomeuses

Et vous saviez déjà que ce serait 4 mois en moto en Europe ?

Emmanuelle Fournier : Oui j’avais décidé une durée de 4 mois, car tous les récits que j’avais lus parlent de 4 mois pour un premier road trip. Comme je ne savais pas comment cela allait se passer, j’ai choisi de rester en Europe. En plus, l’Europe est magnifique et il y a des routes mythiques pour la moto. 

Pourquoi partir seule ?

C’est un choix d’être seule. D’abord j’aime rouler seule, c’est un sentiment de liberté énorme. Je trouve que le voyage à deux bloque les rencontres, parce qu’on vit dans son microcosme à deux et on reste enfermés, alors que quand on est tout seul, on est obligé d’aller vers les autres. Je suis d’un naturel assez sauvage, donc je pourrais très bien partir 4 mois sans parler à personne. C’est pour ça aussi que je m’oblige à communiquer sur les réseaux sociaux, et que partir seule va aussi m’obliger à aller vers l’autre. C’est un peu un défi de parler de moi et de communiquer, je me mets un coup de pied au fesses !

Et puis je veux avoir des instants privilégiés et me dire je m’arrête là pour bouquiner, et le faire quand j’en ai envie sans demander à l’autre si on peut s’arrêter.

Pourquoi partir à 50 ans ?

Je pense qu’il y a eu plusieurs choses. D’abord le changement de moto, ensuite un ennui monstrueux à mon travail et enfin le compte à rebours. J’ai un rêve et je ne veux pas crever avec un rêve que je n’aurais pas réalisé. 

Est-ce qu’il faut une préparation spéciale pour ce voyage en moto ? 

Non, pas de préparation physique, c’est là que ça se passe (elle montre sa tête). La préparation est surtout dans la communication. Sur le plan technique, il n’y a pas grand-chose à faire. J’ai abordé Ducati en leur disant : “j’ai cette moto, je suis une nana, je veux faire un road trip, est-ce que vous accepteriez de communiquer sur moi via vos réseaux et me donner quelques accessoires pour ma moto ?”. Pour moi, le plus compliqué, c’est de savoir  de savoir quels livres je vais emporter. 

Quel sera votre parcours ? 

Je ne veux surtout pas de contrainte pour ce voyage, ni me figer une route. Cela va aussi dépendre des rencontres, des événements…

Bien sûr, je vais aller en Espagne, j’aimerais beaucoup aller dans le désert Andalou, en Italie, notamment pour aller visiter les usines de Ducati et faire les quelques routes mythiques du pays. Je vais ensuite remonter par les Balkans, la Grèce, la Bulgarie, Berlin, Copenhague, où j’ai des copains que je vais passer voir.

Je vais dormir avec ma tente, en camping et en auberge de jeunesse. C’est pas un voyage 4 étoiles !

Vous attendez quoi de ce voyage en moto ? 

J’ai vraiment besoin de ce voyage pour me recentrer. Je vais écrire mon journal de bord, mais ce que j’en ferais après, je n’en sais strictement rien. J’ai promis une communication au moins hebdomadaire sur les réseaux, mais c’est tout. Je ne veux pas plus de contraintes.

J’ai vraiment l’impression que ce voyage, c’est la première chose que je fais seule par moi-même et qui est un projet très personnel et très égoïste, quelque part

 

 J’ai toujours fait des choses à deux, en couple, en famille, pour le travail, mais je n’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose de manière égoïste. Est-ce que je suis capable de gérer cette situation, de me retrouver seule face à moi-même ? Je me dis que si j’y arrive, cela ne pourra être que bénéfique. J’ai toujours besoin de me prouver des choses. Je crois que je me les suis prouvées personnellement et dans le  travail.  
Aujourd’hui, dans le monde de la moto, je n’ai pas encore l’impression d’y avoir ma place ni ma légitimité. Alors, il faut que je fasse quelque chose pour le prouver.

Vous avez des appréhensions ?

Non aucune, je suis très sereine.
Qu’est-ce qui peut m’arriver ? Un accident ? A paris aussi.
Des mauvaises rencontres, pareil.

Non je me dis que si ça doit bien se passer, ça se passera bien.

Et après, vous voudriez faire quoi ?

Grande question. Je pense qu’entre mon sentiment aujourd’hui et celui dans 4 mois, ce sera peut être different.
Idéalement, ce serait de trouver un travail indépendant, de ne plus forcément être salariée, ou alors trouver une société dans un domaine complètement différent de ce que je fais aujourd’hui, prête à parier sur une nana de 54 ans (j’aurais 54 ans, le jour de mon retour), ce qui n’est pas évident. Mais faire quoi, je n’en sais rien…

Avantages et inconvénients de la cinquantaine ? 

Avantages : on sait affirmer nos envies, on a des doutes mais pas les mêmes qu’avant. On est plus dans le questionnement. Me concernant, j’ai fait mes preuves au travail, je n’ai plus de doutes à ce sujet. Maintenant, ce sont des questionnements par rapport à moi. Est-ce que je suis capable d’aller au delà de mes limites ? 

Inconvénients : les débuts de douleurs, le poids, la vue qui baisse, la détérioration physique, mais sinon, il n’y en a pas. Moi je trouve que c’est un âge très agréable. On a quand même dépassé beaucoup de complexes, de choses très futiles. A 50 ans, on est plus dans l’affirmation de soi.

Vous pouvez suivre le road trip d’Emmanuelle sur sa page Facebook Sans Borne et Sans Visière et sur sa page Instagram 

 

Arielle Granat

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *