Exposition Helena Rubinstein, une femme au sacré caractère

Une petite grande dame (1m47 !) se présente à nous au MAHJ (Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme) à Paris. Un sacré tempérament que celui d’Helena Rubinstein, globetrotteuse, largement avant-gardiste et pas seulement en cosmétique. L’exposition se tient du 20 mars au 20 août 2019.

portrait en noir et blanc d'une femme Helena Rubinstein
Portrait d’Helena Rubinstein, 1953 Paris, Archives Helena Rubinstein – L’Oréal.

Chaja Rubinstein est née un 25 décembre 1872 dans le quartier juif de Kazimierz à Cracovie, alors partie de l’Empire austro-hongrois. Elle est l’aînée de huit filles survivantes d’une fratrie de treize enfants. Elle aurait aimé étudier la médecine mais une jeune fille, de surcroît juive, qui plus est de famille modeste… ce n’était pas l’époque. A 15 ans elle va travailler à l’épicerie de son père et, dès cette époque, sa mère initie ses filles aux secrets de beauté. Elle leur fait découvrir une crème hydratante fabriquée par un apothicaire du cru. L’apprentissage du commerce avec son père et de la cosmétique avec sa mère feront le reste.
Une récalcitrante cette Chaja qui refuse successivement tous les époux potentiels que ses parents lui présentent. Ca fait mauvais genre aussi l’envoie-t-on à Vienne chez son oncle fourreur. Mais de mariage il n’est toujours pas question. Alors on l’envoie toute seule en Australie, où vivent trois de ses oncles. Débrouillarde comme elle l’est, elle y fera sa place. Cette fameuse crème hydratante connue de sa mère et reformulée en Australie, fera le socle de son succès.

Helena Rubinstein en train de préparer des formels chimiques dans son labo, publié dans le magazine les boomeuses
Helena Rubinstein dans son laboratoire à Saint-Cloud années 1930. Paris, Archives Helena Rubinstein – L’Oréal.DR

De l’Australie à New-York

Après l’Australie, ce sera Londres (elle y épousera Edward Titus, un journaliste américain rencontré à Melbourne qui sera le père de ses deux fils) puis Paris et New-York et enfin Vienne où elle ouvrira ses salons de beauté. Deuxième coup de génie : elle rachète, en 1935, la licence du premier mascara waterproof, inventé par la chanteuse viennoise Helene Winterstein-Kambersky. Pas à un mensonge ou une demi-vérité près, Chaja, devenue Helena depuis son séjour australien le présentera comme une nouveauté exclusive de la marque Rubinstein à l’exposition internationale de New-York en 1939 au cours d’un ballet aquatique prouvant l’efficacité waterproof du mascara. Le succès, soutenu par son publicitaire de mari, suivra une courbe exponentielle. Sa rencontre avec Jacob Epstein, ami de son mari, lui fera constituer l’une des plus grandes collections d’art au monde.

photo d'une publicité dans un journal avec une femme en robe du soir ey un homme qui joe du pia,no
Red, Hot and Cool, publicité pour le rouge à lèvres Jazz avec Dave Brubeck et Suzy Parker. Photo Richard Avedon, 1955 Paris, Archives Helena Rubinstein – L’Oréal
femme debout dans un salon avec objets d'art, helena rubinstein
Quai de Béthune, Paris devant sa collection d’arts premiers.

Helena Rubinstein à Paris

En 1912, Helena Rubinstein quitte Londres pour s’installer à Paris où elle a ouvert une clinique de beauté en 1909, au 255 rue du Faubourg Saint-Honoré. Elle deviendra l’amie des artistes majeurs de l’époque : Paul Poiret, la pianiste Misia Sert, Juan Gris, Amedeo Modigliani, Colette, Marcel Proust. Plus tard ce seront tous les grands couturiers et les plus grands artistes de Montparnasse : Bonnard, Brancusi, Braque, Miro Pascin, Kisling, Picasso, Maillol, Léger, Van Dongen, etc : elle constituera une collection unique de leurs œuvres, allant jusqu’à en exposer dans ses instituts de beauté. En 1938, elle divorcera d’Edward Titus et épousera le prince géorgien Artchill Gourielli-Tchkonia, professeur de bridge et son cadet de 23 ans.

Helena Rubisntein photographiée avec un manteau jaune devant un tableau publiée dans le magazine les boomeuses
Helena Rubinstein photographiée par Erwin Blumenfeld New York, vers 1955 © The Estate of Erwin Blumenfeld


Lorsqu’éclate la seconde guerre mondiale, Helena Rubinstein est déjà connue aux Etats-Unis depuis un quart de siècle. C’est à New-York qu’elle passera les quatre années du conflit. Elle reviendra en France en septembre 1945, trouvant son appartement pillé et détruit tout comme son salon de beauté du Faubourg Saint-Honoré. A soixante-quinze ans néanmoins, elle décide de tout rebâtir en faisant appel à des architectes et décorateurs de renom et des artistes. Elle vivra désormais entre Paris et New-York où elle mourra le 1
er avril 1965.

Evelyne Dreyfus

L’exposition Helen Rubinstein au MAHJ :
Elle réunit à la fois de nombreuses photos d’Helena Rubinstein, ses premiers produits cosmétiques et des œuvres d’art issus de son impressionnante collection.

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 71 rue du Temple 75003 Paris
Du mardi au dimanche jusqu’au 20 août 2019.
Tél 01 53 01 86 65

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