Non, je ne serai pas une héroïne du Covid 19

Cela fait 6 semaines que nous sommes confinés chez nous afin de gagner du temps sur le coronavirus, ce virus ravageur et encore trop inconnu, et je sais maintenant que je ne deviendrai pas une héroïne du Covid 19.

Femme avec masque pour Covid 19

 

Dès le début du confinement, j’ai vu avec étonnement fleurir des comptes Instagram ou Facebook expliquant avec une joie non dissimulée comment ces semaines enfermées allaient nous permettre une remise en question totale de notre vie.

Si les comptes montrant des virtuoses de la cuisine ont vite vu le jour – manger semblant devenir notre seul mode de survie – on a également lu de nombreux posts sur  le mode «comment bien s’occuper». Méditation, cours de gym, yoga… les confinés sont devenus des sportifs en appartement, vantant à coup de likes les mérites de ces moments de défoulement ou d’introspection pour ne pas devenir dingos.

On a également vu les as du rangement nous prodiguer des conseils pour nous aider à ranger tout notre fouillis et faire le tri dans nos papiers. Ce serait peut-être le moment de jeter, enfin, vos cahiers de maternelle, mais aussi tous les papiers inutiles que vous gardez, comme les modes d’emplois d’appareils ménagers à la casse depuis plus de 10 ans. 

Ou bien ces posts de femmes qui racontent la joie d’être confinée en famille, pleines d’idées créatives pour amuser leurs enfants, mais aussi publiant les photos de leurs crises de fous rires a n’en plus finir toute la journée.

Et moi, le confinement ça donne quoi ?

Pour ma part, les premiers jours, j’ai aussi trouvé qu’être enfermée chez moi comme dans un jeu vidéo (d’où l’on ne pourrait sortir qu’en fonction de règles établies selon les humeurs changeantes du Maître du jeu) allait être une expérience qui, peut-être, me ramènerait à l’essentiel.

Et puis la fameuse phrase, je le ferais demain, prenait quand même tout son sens face à ces journées sans fin, éternel recommencement que l’on nous promettait durer 15, 30 puis 45 jours.

J’ai l’habitude d’être souvent chez moi, puisque j’ai la chance (ou pas, c’est selon) de travailler à domicile comme journaliste indépendante. Mon mari travaille également à la maison, et cela fait quelques années maintenant que nous avons ce rythme. Donc pour notre couple, le risque de divorcer car on se retrouve en  tête à tête 24h/24 est plus limité que pour d’autres. Même si en temps normal, j’ai beaucoup de rendez-vous à l’extérieur, qui donnent un rythme différent à mes journées.

Depuis des mois, je me lève le matin en me disant qu’il faut absolument que je range ces nombreux dossiers et piles de livres qui embarrassent ma chambre et le salon. Et je repousse toujours à plus tard ce moment. Au début du confinement,  je me suis donc dit qu’il fallait absolument que je mette à profit ces journées pour enfin ranger ces papiers.

Mais honnêtement, je m’y suis mise sans aucun enthousiasme. Et sans sensation d’une super mission accomplie et sans envie particulière de publier cet exploit sur Instagram.

Je ne cuisine pas beaucoup (j’entends déjà le mot euphémisme venir de mes proches) au grand dam de ma famille, mais heureusement mon chéri, oui. Et je dois avouer que l’envie de cuisiner n’est pas revenue, malgré cette injonction des réseaux sociaux. À ma décharge, travaillant à la maison, je suis presque autant occupée qu’avant et ne cherche pas spécialement des occupations pour « tuer » le temps. D’autant que je ne m’ennuie jamais. 

 Je ne serai pas une héroïne du Covid 19 

J’aurais bien aimé me dire que je le confinement m’a transformée. 

Que je suis devenue accro à la méditation ou au yoga, que le sport et moi, on est devenus les meilleurs copains du monde et que cette période m’a permis de sculpter mon corps, oubliant ainsi le passage de la ménopause. Mais non, même pas. Aucun changement prévu d’ici mai sur ma silhouette. Bon, au moins, contrairement à ce que je lis sur les réseaux sociaux, je n’ai pas grossi. 

Pourtant, je suis admirative et même un peu jalouse de ces femmes (et hommes) qui ont su révéler leurs talents comiques, créatifs, littéraires, ou leur générosité durant cette période.

Certains ont su avec beaucoup d’humour créer des comptes suivis par des milliers de personnes. Mais ma fibre de comédienne ou de grande comique ne s’est pas révélée. Je ne chante pas, et je vous ai épargné des vidéos de moi poussant la chansonnette sur mon balcon à 20 h ou y jouant de l’accordéon, devant des voisins ébahis. 

Je n’ai pas utilisé mes non talents de couturière pour fabriquer Le It masque fashion et efficace, que tout le monde de la mode s’arrachera dès le déconfinement.

Je n’ai pas écrit LE journal de confinement qui serait devenu le Best seller de la rentrée littéraire

Mais j’en ai découvert de très chouettes d’anonymes (et pas ceux  d’écrivaines connues dont on s’est forcément un peu moqué pour leur côté déconnecté de la réalité).

Je n’ai pas eu d’idée lumineuse de business qui allait changer notre société à partir du mois de mai.
Je n’ai pas pris d’initiatives géniales pour aider nos soignants, je ne leur ai pas cuisiné (mais ça m’aurait été difficile) de bons petits plats.

Mais surtout, je ne suis pas devenue bénévole à La Croix rouge ou autres associations qui aident sans compter en cette période de pandémie.
Bon, j’aide quand même ma mère de 87 ans qui vit seule…

Et il me reste deux semaines pour trouver une idée géniale pour devenir une héroïne. Sinon, j’ai le temps d’y réfléchir d’ici la seconde vague !

 Prenez-soin de vous !

Arielle Granat

15 Comments

  • Merci Arielle pour cet article qui reflète ce que beaucoup d’entre nous pensent certainement. Moi non plus je ne suis pas une héroïne, moi aussi j’avais prévu de faire plein de choses mais je me suis contentée de rattraper mon retard lecture ce qui est déjà pas si mal, moi non plus je ne me suis pas mise à faire mon pain maison ou plus de gâteaux que d’habitude, d’ailleurs j’ai même moins faim. Bon j’avoue avoir augmenté ma quantité de sport parce que je me lève plus tard et que j’ai plus de temps.
    Prendre soin de soi, de ceux qu’on aime, respecter les règles de confinement et plus tard de déconfinement bref essayer de vivre au mieux cette période c’est pas si mal.

  • Merci Arielle, effectivement très déculpabilisant ce post. Je suis confinée à la campagne, et décidément, je ne suis vraiment pas une héroïne. Paris me manque, même confiné, et ici je ne vois à perte de vue que corvées (désherber, tailler, trouver où jeter les déchets verts, trimballer les brouettes…), de même dans la maison (inlassablement renettoyer le plan de travail, la plaque vitrocéramique, faire tourner les machines, trier plier le linge…) toutes activités extrêmement ennuyeuses. Je l’avoue, je suis plombée, et d’une mollesse insurmontable, l’idée d’une posture de yoga me couche sur mon canapé, écrire un mail devient quasi herculéen, irrécupérable pour le moment. Mais quand?

  • Merci pour votre rubrique. Oui vous avez contribué ué à votre façon, celle de me ďéculpabiliser de ne rien faire, sauf de restée confinée et c’est déjà faire quelque chose! Merci

  • Bonjour, et merci pour cet article rafraîchissant.
    Vers le 18 mars (entrée en confinement le 16 à midi) j’ai du ranger 15 livres de ma chambre à la bibliothèque avec des projets de grand ménage et de rangement toujours reportés depuis des mois puisque je travaille et que le week-end, je procrastine… Depuis le 18 mars euh….rien de plus et peut-être même encore moins qu’avant côté ménage… Je reste chez moi, et de plus même pas envie de réfléchir aux méthodes pour s’organiser et programmer…sourire, rien à faire. Je me couche et me lève n’importe quand, je fait plein de recherches sur Internet, mon arbre généalogique qui était déjà bien avancé à augmenté de manière exponentielle, mon petit-fils m’appelle et on parle des heures au téléphone…je me nourris bien avec des produits frais, je ne sors que pour cela. J’évite d’envisager l’avenir. Mon job c’est greffière dans la justice, je suis aussi psy du travail, je vais bientôt être à la retraite et, avant le Covid, je me disais , programmes ! Mets en place tes projets avec tes contacts pour le job semi-bénévole que tu envisage après etc…Eh bien non, je ne fais pas, voilà, moi non plus je ne serais pas une héroïne, je crois que depuis les années 70, nous l’avons déjà été suffisamment héroïnes, libres, agissantes, responsables de nos enfants et autonomes dans beaucoup de domaines (j’ai 65 ans). J’ai juste été travailler 2 jours parce que ma hiérarchie me l’a demandé pour traiter les urgences mais bon, je ne me suis pas trouvée extraordinaire loin de là…pas plus qu’avant chaque jour où je reçois et oriente des gens dans la difficulté. Cela me semble normal.
    La seule chose qui me semble utile finalement aujourd’hui avec le confinement COVID19 c’est que cela me confirme dans ce que je savais déjà, je ne suis pas une femme d’intérieur, je n’ai pas été élevée pour cela, merci à mes parents pour m’avoir toujours conseillé de ne pas le devenir et d’être indépendante, que je ne le serais jamais et je m’en moque. Prenez toutes soin de vous et faites ce qui vous chante, être libre c’est ne pas rentrer dans les diktats que la société tente de nous imposer dans un objectif mercantile au bout du conseil.

    • Merci pour votre message. Oui chacun a trouvé son rythme pendant cette période si spéciale. Bravo pour votre arbre généalogique, quand on commence c’est vraiment une super activité. Prenez-soin de vous.

  • Bonjour,
    Je ne suis pas d’accord à 100% avec vous.
    Je ne suis pas une héroïne non plus.
    Je vis seule dans un deux pièces (sans balcon) et j’ai donc hébergé ma fille qui vit entre 4 murs dans un studio (sans balcon) et qui a une sclérose en plaques, comme moi, et est épileptique.
    Alors oui on a fait un peu de sport devant la télé pour occuper le temps, oui on a beaucoup cuisiné, des produits frais, rien d’industriel depuis le début et du coup une perte de 3 kgs, oui on a fait du tri dans les livres, ce qui m’a permis d’aller en déposer une caisse devant une association dans ma rue, oui on s’est fait des gommages, des masques, des poses de vernis, oui on a cousu à la main nos masques, même s’ils ne sont pas parfaits, car on a vite compris qu’on n’en aurait pas à cause de ces salopards qui nous gouvernent.
    Tout ça pour ne pas craquer, pour ne pas avoir peur du drame de se retrouver intubées et de devoir réapprendre à marcher et à parler comme un enfant (c’est arrivé à certains de nos amis). Alors oui on applaudit à 20h car on sait ce que c’est d’être malade et d’avoir confiance en nos praticiens.
    Alors oui nous ne sommes pas des héroïnes, mais nous sommes fières d’avoir une joie de vivre, d’être juste en vie.
    Bien à vous

  • Coucou Arielle,
    Et bien il semble que le groupe des non-héroïnes s’allonge…
    J’ai même accepté de ne pas commencer à faire du sport

  • Merci Arielle pour votre article qui déculpabilise. Moi non plus je ne serai pas une héroïne, j’ai juste respecté les consignes en restant à la maison pour éviter la propagation du virus et c’est déjà pas si mal non ? Même si j’aurais aimé faire beaucoup plus.
    Prenez soin de vous.

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