Mes années Giscard

En 1974, j’ai 11 ans. J’entre au lycée. J’ai de la chance, mon lycée qui était un “lycée de filles” est mixte depuis peu de temps. Valéry Giscard d’Estaing vient d’être élu à 48 ans président de la République, mes parents sont ravis.
 

Moi un peu moins. Ma mère m’a amenée chez le coiffeur qui ne m’a pas ratée. Mes longues boucles rousses ont disparu pour faire place à une coupe horrible, je ressemble désormais à Robert Herbin, l’entraîneur des Verts (la glorieuse équipe de foot de Saint-Etienne qui enthousiasme alors la France, pas le parti écolo qui n’en est encore qu’à ses prémices). En me voyant, mon père manque de faire une attaque ! Le lendemain au lycée, je me fais charrier. Alors autant vous dire que l’élection de Giscard n’est pas ma préoccupation première.
 

Giscard et moi 

Adolescente, alors que les Zara, H&M and co n’existent pas encore, je vais le dimanche faire les puces avec mon père pour me trouver des grandes chemises de grand-père. Je lui pique ses pulls et je raffole, comme nous toutes, des jeans patte d’eph’. Je craque pour les premiers gilets à pressions d’Agnès b que je vais acheter dans sa boutique rue du Jour, quand les Halles n’étaient pas encore un lieu trendy. Je porte des bottines roses de chez Arche et de grands foulards. J’écoute Barbara, les Beatles et Lou Reed, je suis plus romantique que révoltée.
 
Nos aînés ont fait mai 68, et malgré la “crise du pétrole” qui frappe de plein fouet la France des seventies, nous sommes une génération insouciante, qui profite d’une certaine “libéralisation des moeurs”.
 
Je découvre une femme d’exception, en tailleur Chanel, qui se fait insulter parce qu’elle défend à l’assemblée la loi de dépénalisation de l’avortement. Pour l’adolescente que je suis, Giscard ne rime plus tout à fait avec ringard, même si le plus jeune des présidents de la république fait déjà vieux, avec sa mèche folle qui tente de masquer sa calvitie.
 
Puis arrive le temps de la rigueur. Raymond Barre, “meilleur économiste de France”, après avoir été nommé ministre de l’Économie et des Finances en 1976, devient Premier ministre en 1978. J’ai quinze ans, j’ai retrouvé mes longues boucles rousses et suis en seconde B, ainsi que l’on nommait alors la section économie. La révolution tranquille suit son cours, je suis les miens en compagnie de garçons qui ont débarqué en masse dans mon lycée parisien !
 
Pour faire face à la récession qui frappe alors la France, Raymond Barre met en place son plan éponyme. Je soupçonne notre prof d’économie d’avoir des sympathies plutôt de gauche. Il va trouver son bonheur avec l’un de mes camarades de classe, qui se trouve être l’un des fils de notre Premier ministre. Le prof se fait un malin plaisir, mais de façon plutôt gentille, de lui demander de monter au tableau pour expliquer à la classe le “Plan Barre”, un exercice bien difficile pour son fils. 
 
À l’âge de ma majorité, je voterai pour la première fois. Pas pour Giscard, comme beaucoup d’entre nous qui ont pris de plein fouet la punchline mitterrandienne du “monopole du coeur”. 2 années plus tard, la rigueur sera de retour, les grandes promesses électorales se sont envolées…
 
Si j’aimais étudier l’économie au lycée, je n’ai pas poursuivi dans cette voie. Mais je me souviens d’un temps, ces années Giscard, où la dette de l’État frisait encore les 0% et où le chômage culminait à 1 million de demandeurs d’emploi.
 
Aujourd’hui boomeuse, je me rappelle avec nostalgie de cette époque bien tranquille. Comme le chantaient Les Inconnus, “C’est ton d’Estaing“.
 
 Arielle Granat

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