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Rencontre avec Sophie Lacoste-Dournel, co-présidente de Fusalp

par Anne Bourgeois

Tradition intemporelle et émancipation contemporaine caractérisent Fusalp à l’image de Sophie Lacoste, finaliste du 51e Bold Woman Award organisé par la Maison Veuve Clicquot, qui récompense l’audace des entrepreneures.

 

Sophie Lacoste aime évoquer sa marque dans le showroom où trônent les pièces de la prochaine collection d’hiver. Le chatoiement des softshells déperlants et des cachemires enveloppants avec leur palette de couleurs, du rouge vibrant au vert fluo, reflète la personnalité de sa coprésidente qui place le sens et la joie au cœur de son entreprise.

Pouvez-vous nous parler du parcours de Fusalp, de son héritage emblématique dans le monde du ski, et de son évolution au fil des années ?

Fusalp a été fondée en 1952 par deux tailleurs visionnaires d’Annecy, au cœur des Alpes françaises. Le nom « Fusalp » est d’ailleurs une contraction de « fuseau des Alpes ». La marque est rapidement devenue synonyme d’élégance et de performance sur les pistes de ski, portée par des champions tels que les sœurs Goitschel et Léo Lacroix dans les années 60 et 70. Cependant, malgré sa notoriété initiale et ses produits iconiques, Fusalp a connu un déclin et a disparu des podiums.

fusalp-soeurs goitchel

Christine et Marielle Goitschel en 1964

Comment avez-vous décidé de vous impliquer dans la renaissance de Fusalp et quels ont été les défis majeurs ?

En 2013, mon frère Philippe et moi avons acquis Fusalp avec l’objectif clair de lui redonner son éclat d’antan. Nous avons été attirés par son héritage exceptionnel et avons décelé un potentiel immense pour ramener la marque au sommet. Le principal défi résidait dans sa modernisation tout en préservant son patrimoine. Ma belle-sœur, Mathilde Lacoste, notre directrice artistique, l’a pris en main. Nous avons dû repenser les collections pour les transposer aux tendances actuelles tout en conservant le style distinctif de Fusalp. Aujourd’hui, Fusalp est une griffe de sportswear d’excellence.

Nous avons élargi notre gamme de produits pour inclure des vêtements adaptés à la vie quotidienne, tout en maintenant notre engagement envers la performance et l’élégance. À l’heure actuelle, nous avons 250 employés, une soixantaine de boutiques dans le monde et un chiffre d’affaires approchant les 60 millions d’euros.

En dix ans, vous avez redonné du lustre et injecté la sophistication de la mode à cette belle endormie, D’où vient votre inspiration ?

De plusieurs points de vue, comme en montagne ! Inspirée par la philosophie de Steve Jobs, je considère que si vous passez toute votre vie avec un seul point de vue, votre pensée est totalement univoque. Ce que je trouve important, c’est la pluralité qui nous permet d’être toujours en mouvement. Ma source d’inspiration entrepreneuriale provient aussi bien d’un spectacle exigeant au Théâtre National de Bretagne que d’une lecture marquante ou d’échanges lors de conventions de vente. Issu d’une famille sportive, je crois à l’esprit d’équipe et à l’intelligence collective que cela soit avec mes collaborateurs ou avec des personnalités de tous bords. Les réunions sont des moments d’écoute, car bien que j’aie des convictions, je ne pense pas la mode actuelle toute seule dans mon coin. Le mix de mon expérience chez Lacoste avec celle des employés de Fusalp qui ont conservé une expertise unique et l’énergie de nos stylistes et des équipes marketing qui n’ont pas trente ans a permis d’analyser ensemble notre héritage. C’est de concert que nous avons transformé une société flambeau du savoir-faire du vêtement de ski, avec le souci de préserver sa technicité, en une marque haut de gamme d’outwear aux silhouettes urbaines contemporaines.

fusalp

Vous venez d’une famille qui a une riche histoire entrepreneuriale, la question du sens est donc importante pour vous. Comment l’insufflez-vous à Fusalp  ?

Née au sein de l’entreprise familiale Lacoste, ancrée dans le monde de la mode, j’ai grandi en me familiarisant avec chaque recoin de cet univers, abolissant les frontières. Enfant, je défilais entre les tables de vente pour présenter les jupes pour les petites filles Cette connexion viscérale à l’industrie m’accompagne depuis toujours. Lors de la reprise de FUSALP, j’ai apporté cette expérience au panier de la mariée, ce sens du « être et du faire ensemble ».

Mon bagage théâtral imprègne ma vie quotidienne d’une compréhension profonde et d’une quête de sens

Être entrepreneure, c’est être directrice d’une troupe, vous embarquez les gens dans une histoire, les entraînez avec vous. Alors bien sûr, pour une entreprise, l’objectif est de fabriquer les plus beaux vêtements possibles et de les vendre. Mais ma mission consiste à rassembler, nourrir intellectuellement les équipes. C’est un état d’esprit, matérialisé par des actions, une cohésion de groupe, un management particulier, évitant l’autoritarisme, privilégiant l’interrogation bienveillante.

Vous êtes une philanthrope qui œuvre beaucoup pour les jeunes. Que cela signifie-t-il pour vous ?

Être connecté à la jeunesse revêt une importance primordiale pour moi. À travers Porosus, un fonds de dotation familial crée en 2012, je perpétue l’engagement philanthropique instigué par mes grands-parents, René et Simone Lacoste. La philanthropie devient ainsi une incarnation de nos valeurs familiales, se matérialisant dans un projet porteur de sens. Notre soutien s’étend aux nouveaux talents aspirant à l’excellence, cette interaction avec eux génère une excitation exaltante. C’est une occasion unique pour moi de contribuer à l’essor d’artistes et de sportifs exceptionnels qui pensent le monde par le prisme de leur passion. Un exemple marquant est notre aide en 2018 à Johanne Defay, une jeune surfeuse, pour son voyage à Bali, aboutissant à sa victoire au Uluwatu CT. Avec cette victoire, Johanne est tout simplement devenue la première surfeuse à être couronnée sur les marches d’Uluwatu ! Et ça, personne ne l’oubliera.

Avec les Simones, mon fonds de soutien personnel, j’étends mon appui au spectacle vivant et à la lutte contre la pauvreté, créant ainsi un impact durable.

La mode est un art de la joie, un sentiment que vous chérissez particulièrement. Comment faites-vous pour l’ériger en valeur chez Fusalp ?

Fusalp incarne une histoire marquée par la joie pendant son essor dans les années 70, une époque insouciante dépourvue de maux tels que le sida ou le chômage. Lors de son acquisition, nous avons remarqué que cette joie de vivre était profondément ancrée dans ses racines. Pour moi, la joie est une revendication ; les actions n’ont de sens que si elles sont accomplies avec une joie authentique. Il ne s’agit pas d’une félicité naïve et béate, mais d’une satisfaction découlant de l’engagement. Aborder les responsabilités avec sérieux, mais sans perdre la légèreté est essentiel. La mode, par nature, porte en elle une part intrinsèque de joie. Nos collections en sont un exemple éclatant, mêlant couleurs vives, matières novatrices, formes inédites, tout en revisitant les savoir-faire et les codes historiques de la marque. Ainsi, la joie transcende chaque pièce de nos vêtements, insufflant une écriture toujours plus contemporaine à Fusalp.

Fusalp atelier

L’atelier Fusalp©Theophile Davy

En effet, avec une gamme alliant élégance, haute technicité et durabilité.

L’élégance, à mes yeux, émane de l’éducation et se transmet à tous. Notre passion pour le style s’exprime dans l’agencement de silhouettes à la pointe de la mode en nous efforçant constamment de repousser les limites du design, des matériaux et des technologies. Nous effectuons jusqu’à 8000 tests annuels dans notre centre de recherche et de développement à Annecy. Nos vêtements, axés sur le confort et la respirabilité, intègrent des membranes respirantes et imperméables de qualité supérieure, assurant à tous de rester au sec. Dans une démarche environnementale, nous explorons des matériaux pérennes, privilégiant des initiatives telles que l’utilisation de matériaux recyclés et la réduction de notre empreinte carbone. Notre engagement s’étend à sensibiliser les clients à une consommation responsable, favorisant la durabilité avec des designs intemporels et une réparabilité à vie de nos produits.

Fusalp collection hiver 2023

Cette saison, l’allure Fusalp s’étend à un vestiaire plus complet et sophistiqué.

Mon aspiration ultime est que nos blousons transcendent les générations, portés par les petits-enfants des acquéreurs d’aujourd’hui

Vous n’avez que 24 heures dans une journée. Vous êtes une vraie boomeuse, comment conciliez-vous votre rôle de cheffe d’entreprise, votre investissement auprès des jeunes, votre vie de famille, vos passions ?

Je n’ai pas l’impression de travailler, mais de prendre du plaisir dans ce que fais. Alors oui, je travaille beaucoup, je me lève tôt le matin, mais je demeure maîtresse de mon temps, échappant aux contraintes des horloges dictées par autrui. Je refuse de subir le diktat de l’agenda surbooké. À l’approche de la cinquantaine, je ne ressens aucune nostalgie. Ce qui m’intéresse c’est demain, je suis tournée vers l’avenir, vers la continuité du développement de Fusalp.

À l’approche de la cinquantaine, je ne ressens aucune nostalgie

Depuis le 6 novembre, les femmes ont commencé à « travailler gratuitement », et ce jusqu’à la fin de l’année. Cette année, les femmes gagnent en moyenne 15,4 % de moins que les hommes ? Comment remédier à cette inégalité ?

Dans mon entreprise et à travers mes divers fonds de dotation, je me bats en faveur d’une réelle égalité. Nous avons avancé dans notre combat, mais il ne faut rien lâcher, car c’est  loin d’être terminé. Cette lutte demeure fondamentale pour instaurer une équité authentique au sein de notre société. Des initiatives telles que le Bold Woman Award revêtent une importance cruciale, rappelant le rôle prépondérant de la veuve Clicquot, qui a dirigé la maison à une époque où les femmes étaient privées du droit de travailler et de voter. Nous devons transcender les statu quo et œuvrer pour ne plus être une minorité majoritaire.

Anne Bourgeois 

 

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