La Dombes est un terroir discret. Pas de sommets vertigineux, pas de monuments écrasants. Juste de l’eau, partout ou presque. Et pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache l’un des paysages les plus singuliers de France, pittoresque à souhait et parfait pour un séjour à deux.
À quelques kilomètres de Lyon mais aussi de Genève et à deux heures de la capitale, ce beau territoire aux 1 400 étangs raconte une histoire patiente, façonnée par l’homme, apprivoisée par la nature, et aujourd’hui précieusement préservée.
La Dombes, un paysage entièrement inventé
Ces étangs, si intégrés à la nature ne sont pas naturels. Aucun d’entre eux. La Dombes est une création humaine, mais dont les origines remontent au Moyen Âge, dès le XIIIe siècle.
À l’époque, les terres argileuses, difficiles à cultiver, sont transformées en étangs par les moines et les seigneurs locaux. Objectif : développer la pisciculture, notamment la carpe, ressource précieuse en période de jeûne religieux. Peu à peu, un système ingénieux se met en place : digues, canaux, vannes… un véritable travail d’orfèvre hydraulique.
Mais la subtilité du modèle dombiste réside dans son rythme. Pour être crées par la main de l’homme, ces étangs ne sont pas figés. Ils vivent.
Régulièrement, tous les 3 à 5 ans en moyenne ils sont, tour à tour, vidés. C’est la fameuse « pêche d’étang », moment spectaculaire où l’eau se retire, révélant poissons frétillants et vase fertile. Puis, souvent, l’étang est mis en culture pendant un an ou deux, avant d’être remis en eau et réempoissonné (carpes, tanches, brochets notamment).
Un cycle lent, presque agricole, où l’eau et la terre se relaient comme dans une respiration synchronisée.
Un sanctuaire pour les oiseaux
Ce système unique a donné naissance à un écosystème exceptionnel. La Dombes est aujourd’hui l’un des plus grands réservoirs ornithologiques d’Europe. Hérons cendrés, aigrettes, canards, rapaces… des centaines d’espèces endémiques ou de passage sont, ici, chez elles. Mais ce privilège a un prix : la discrétion.
La très grande majorité des étangs est privée, on ne s’y promène pas librement. Une dizaine d’entre eux seulement ont des points d’observation accessibles à tous mais pour les approcher au plus près, il faut participer à des sorties encadrées, comme les animations « À la rencontre des oiseaux de la Dombes », rendues possibles grâce à des accords avec certains propriétaires.
Et à la tombée de la nuit, une autre règle s’impose : ralentir. Les routes deviennent alors le territoire partagé des chevreuils, renards et oiseaux nocturnes.
Mon voyage, entre histoire et paysages intimistes
Jour 1 : Ma découverte débute à Bourg-en-Bresse avec la visite de la remarquable Apothicairerie de l’Hôtel-Dieu, en plein centre- ville. On s’y étonne de découvrir certaines expressions de l’époque, toujours utilisées, comme les “mauvaises humeurs”, héritée de l’ancienne médecine fondée sur l’équilibre des humeurs du corps ou “dorer la pilule”, issue d’une pratique bien réelle consistant à enrober les médicaments d’or pour en adoucir le goût et en améliorer l’aspect. Dans ce lieu préservé et passionnant, les rangées de pots en faïence racontent une médecine ancienne, faite de plantes et de mystères. Si vous en avez l’occasion faites-vous guider par la très dynamique Edith Ponard à l’imagination débordante. Avec elle, même les enfants se passionnent pour ce lieu si ancien où elle leur fait préparer des potions à base de plantes (les fans de Harry Potter y trouvent leur compte).
Même si votre séjour à Bourg-en-Bresse vous mène surtout à la découverte des environs, difficile de ne pas mentionner le monastère royal de Brou, véritable emblème de la ville. Ce chef-d’œuvre architectural, souvent surnommé le « Taj Mahal à la française », ne doit pas son existence à une vocation religieuse classique, mais à une belle histoire d’amour. Au début du XVIe siècle, Marguerite d’Autriche a fait ériger ce monument en mémoire de son époux, Philibert II de Savoie, disparu prématurément. Ce site unique permet de saisir toute la dimension historique et émotionnelle qui marque l’identité de Bourg-en-Bresse.
Puis, en quelques kilomètres, le décor change.
On entre dans la Dombes véritable. L’Abbaye Notre-Dame des Dombes abrite une communauté faite de prêtes mais aussi, depuis 1973 des familles de laïcs qui animent une grande ferme de cultures Bio qui fournit généreusement la boutique de l’entrée. D’ailleurs mon excellent guide sur place était… le père Noël, c’est dire ! En allant ensuite dans le petit village de Beaumont, pause à l’étonnante Chapelle de Beaumont datant du 13ème siècle et dont les fresques justifient amplement son classement aux monuments historiques.
Nous sommes là tout près de Châtillon-sur-Chalaronne, petite cité pleine de charme qui fait partie des Plus Beaux Détours de France, et qui déploie ses halles en bois et ses maisons à colombages. On y flâne sans effort, avec cette impression agréable de n’avoir aucun compte à rendre à l’horloge. Je vous y recommande le très inventif chocolatier Vincent Durant et « Grains de Beaux Thés », pose parfaite pour les amateurs de bons thés et de gourmandises
Pérouges, ou l’art de renaître
Jour 2 : la perle médiévale de Pérouges se dévoile. Aujourd’hui parfaitement conservée et réhabilitée, la cité avait été totalement abandonnée au XIXe siècle. Avec l’appui d’Edouard Herriot, ancien président du Conseil des Ministres puis maire de Lyon, elle a pu renaître grâce à une ambitieuse restauration dès les années 1950. Le résultat pour ce village de 80 âmes, situé sur une colline est saisissant.
Ruelles pavées de galets (une protection naturelle contre le sur-tourisme : chaussures plates indispensables et accès difficile pour des personnes en fauteuil roulant), façades anciennes, multiples ateliers d’artistes avec boutiques, silence habité… Et au centre, un monument naturel : un vénérable tilleul, planté après la Révolution française, en 1792. Cet « arbre de la liberté » veille toujours sur la place, offrant son ombre et un certain sens du temps long.

La Dombes ne cherche pas à impressionner. Elle préfère séduire doucement, avec ses reflets, ses silences et ses cycles invisibles. En tout cas le temps y est suspendu. Sur le cadran solaire de Pérouges est écrit : « Je ne te marquerai que l’heure des beaux jours ». Le plus beau des programmes !
Infos pratiques
Guides
- Édith Ponard – Bourg-en-Bresse Destinations
- Diane Mazue – Dombes Tourisme
- Alexandra Auguste – Plaine de l’Ain Tourisme
Restaurants
- Scratch Restaurant, cuisine d’auteur, produits locaux) cuisine raffinée et délicieuse, excellent côté accueil et rapport qualité/prix. Je recommande
- La Table du Gouverneur, (cuisine bistronomique de saison dans un cadre élégant sur un golf)
- Auberge du Coq, (table traditionnelle au cœur de la cité médiévale)
Hébergements
- MiHotel, suites dans une maison médiévale, confortable, décor contemporain très réussi. Un peu impersonnel si vous aimez être accueillis : on y entre uniquement sur réservation et avec un code.
- Hostellerie du Vieux Pérouges
Conseil : Privilégiez les visites accompagnées pour accéder aux étangs et en comprendre les subtilités. Et le soir venu… ralentissez. Ici, la nature ne se regarde pas seulement — elle traverse parfois la route.
Evelyne Dreyfus
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