Une Américaine à Paris
ou le choc des cultures !

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Dire pardon quand on frôle quelqu’un,  excusez-moi de vous déranger pour questionner un commerçant, ne pas laisser ouverte la porte des toilettes, ne pas parler avec les mains, laisser sa place dans le métro ou le bus, ne jamais montrer son impatience…En venant pour la première fois à Paris mon amie Felice avait appris par cœur son livre “Cultureshock” pour ne surtout pas faire touriste américaine.

C’était sa première visite à Paris. Tous ses amis avaient poussé un soupir et levé des yeux rêveurs lorsqu’elle les en avait informés : ah Paris…

Felice avait studieusement épluché son livre « Cultureshock » et sa rubrique de cinq pages « à faire, à ne pas faire à Paris » pour éviter de ressembler au touriste-type bruyant mal élevé, trop démonstratif à ses dires et de mauvaise réputation.

Dans ce livre, on apprend qu’avant tout les Français sont attachés aux bonnes manières … et qu’il faut être poli avec eux. Aux restaurateurs, commerçants, vendeurs en tout genre il faut toujours dire bonjour et excusez-moi de vous déranger avant de poser une question. Sûr que c’est mieux mais j’ai beau essayer avec ma caissière du Monoprix où je vais depuis vingt ans : je n’obtiens quasiment jamais de réponse. On y apprend aussi que nous nous serrons beaucoup les mains et que nous assortissons volontiers ces poignées de mains d’embrassades : un, deux ou trois baisers… Pas facile pour une Américaine de comprendre ces coutumes variées, ni de comprendre à partir de quand il lui est possible de donner du « chère Martine » au lieu de chère Madame Durand, de tutoyer ou de vouvoyer.

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Jour après jour mon Américaine à Paris écarquille les yeux. Ses amis avaient raison « c’est la plus belle ville du monde ». Au bout d’une semaine,  malgré tout, elle bataille toujours avec les portes en se demandant pourquoi diable nous avons tant de poignées et à quoi cela peut bien servir alors qu’on ne sait jamais s’il faut pousser ou tirer la porte. Autre surprise : nos toilettes. Leur état relatif de propreté certes, nous connaissons hélas. Mais aussi l’énorme diversité de nos chasses d’eau jamais normalisées et des distributeurs de savon aux lavabos avec lesquels il faut passer un certain temps parfois pour en étudier le fonctionnement.

Elle avait lu dans son guide qu’elle ne devait pas poser de questions aux serveurs de restaurants, si elle voulait garder la moindre chance de paraître Parisienne. Elle brûlait pourtant d’envie d’engager la conversation avec eux. « Ne vous étonnez pas de voir commerçants et personnels de service peu aimables » avait-elle lu. Là elle est tombée des nues : tout le monde a cherché à lui parler et à lui faciliter la vie y compris à son hôtel et, contrairement aux idées reçues, elle s’est dit surprise que la plupart des jeunes Français parlent si bien l’anglais. Au rang de ses perplexités quand même : le fait  que nous puissions faire entrer un chien dans un restaurant, qu’une serveuse dans une pâtisserie chic du Quartier Latin puisse éternuer devant de somptueux gâteaux placés devant elle, sans protection, que dans les hôtels parisiens où, fin d’année oblige, trônent de superbes sapins de Noël il ne se trouve nulle part de « Hanoukia » pour rappeler la fête juive des lumières et l’émerveillement devant un ustensile qu’elle a acheté du coup en trois exemplaires : une cuillère à miel (si typiquement symbolique dit-elle de cet inimitable goût du détail).

La voilà en fin de séjour redevenant typiquement américaine lorsqu’elle constate sans demi-mesure qu’elle comprend parfaitement ses amis car, définitivement, Paris est  la plus belle ville qu’on puisse imaginer, les Parisiens champions de jolis détails partout dans leur vie quotidienne et tous les gens qu’elle a croisés au cours de ses pérégrinations « particulièrement beaux ». Qui a dit que l’herbe était toujours plus verte ailleurs ?

Evelyne Dreyfus

 

 

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