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Avez-vous un bon médecin ?

par Evelyne Dreyfus

En médecine dire « c’est dans votre tête » ou « c’est dû au stress » sont des formules prohibées par le Pr Philippe Humbert spécialiste en dermatologie et en médecine interne. Son livre « Avez-vous un bon médecin? » en témoigne. Nous avons suivi quelques unes de ses consultations pour le vérifier.

On le verrait bien une loupe à la main, cherchant à travers des dizaines de questions et autant de résultats d’analyses, les indices les plus cachés d’une pathologie non décelée. L’homme souriant et attentif, qui fut chef de service au CHU de Besançon, n’a strictement rien des mandarins à l’ancienne, imbus de leur savoir et peu soucieux de le partager. Il surfe savamment sur ses deux disciplines privilégiées : la dermatologie et la médecine interne.

Avant d’évoquer ses livres dans un prochain article, j’ai voulu voir comment il mettait en pratique l’art et la manière de reconnaitre un bon médecin.

Me voici donc dans la petite cité d’Ornans toute proche de Besançon où il exerce. Grand hall d’entrée chaleureux d’une maison bourgeoise qui fut un temps un hôtel. Dans ce décor bohème et foisonnant, le bureau des secrétaires, les fauteuils d’accueil et quantité d’objets anciens, documents, diplômes encadrés, photos, tableaux, dessins et mots de jeunes patients épinglés sur un paravent en bois.

On y trouve aussi, dès l’entrée, en self-service, une pile de feuillets écrits en grands caractères et titrés « Le guide du patient ». Toute la philosophie et la psychologie d’approche des patients si importante pour le Pr Humbert, s’y trouve résumée.

En exergue cette phrase significative : « Le médecin a, et cela fait partie de son code de déontologie, à apporter tout son respect à son patient, quel qu’il soit. Le médecin n’est pas moralisateur, il prend en charge un patient tel qu’il est, avec son mode de vie, son passé, ses réussites et ses échecs, son caractère, ses propres soucis et ses souffrances, ses moyens propres…Le patient doit aussi respecter son médecin qui a choisi un métier difficile, le plus souvent par vocation, et se met au service d’autrui ». Voilà qui est dit !

Questionner, écouter, entendre, expliquer

D’entrée l’univers est rassurant. Je vais assister à quelques consultations du jour. La blouse blanche enfilée, le professeur m’invite à le suivre dans l’accueillant cabinet. Des couleurs chaudes, un joyeux méli-mélo d’armoires, de meubles de rangement à l’ancienne, de statuettes et de bibelots rapportés du monde entier. Loin d’un univers clinique et froid.

Première patiente. Elle est venue depuis Saint-Etienne et, à la demande du médecin a apporté une grande liasse de résultats d’analyses et de radios portant sur plusieurs années.

Barbara * se présente : 48 ans, souffrant entre autres d’une endométriose qui a été soignée et se plaint essentiellement d’une sinusite qui la laisse sans sommeil depuis plusieurs années mais aussi d’un mal de ventre récurrent. Philippe Humbert l’interroge et l’écoute longuement, dénichant en même temps, à une vitesse surprenante, des paramètres d’analyses sanguines d’il y a plusieurs années qui lui paraissent significatifs

Aux nouvelles questions posées, je perçois qu’un diagnostic se précise

Mais d’abord la patiente sera auscultée. Cette peau râpeuse au niveau des coudes et son hyperlaxité visible (il lui fait fléchir le poignet, constatant que le pouce de Barbara touche facilement son avant-bras) témoignent, explique-t-il, d’une intolérance non coeliaque au gluten. L’auscultation terminée, une nouvelle salve de questions va être posée à Barbara. Puis ce constat : « ce ne sont pas vos sinus qui sont en cause mais votre intestin. Je vais vous  expliquer ». Comme tous les patients, Barbara se trouve assise dans le vaste bureau, devant un grand écran d’ordinateur grâce auquel le Pr Humbert lui explique, photos et articles scientifiques qu’il vulgarise pour elle. Il  traduite le cheminement de ses déductions à l’appui des connaissances scientifiques les plus récentes.

professeur humbert

Le Professeur Humbert dans son cabinet

Elle repartira avec une ordonnance pour des analyses très particulières liées spécifiquement au diagnostic du médecin. C’est lui qui la rappellera en fonction des résultats pour les lui expliquer et engager un traitement. Il aura aussi dicté un rapport très détaillé destiné au médecin traitant de la patiente.

Nous restons seules toutes les deux quelques instants, Barbara, souriante, me confie : « je suis pleine de gratitude. C’est formidable ces explications et cette cohérence » avant de s’en retourner vers Saint-Etienne « sans aucun regret pour les kilomètres parcourus » affirme-t-elle.

Réfléchir au delà des apparences

Par la suite nous verrons une jeune fille de 16 ans qui pensait avoir fait une « grosse réaction allergique » l’ayant menée aux urgences  la veille de Noël. L’interrogatoire très complet puis l’auscultation conduisent le Pr Humbert à lui dire qu’il ne s’agissait pas d’une allergie mais d’une cause interne que les analyses sanguines traditionnelles, souvent inappropriées ou trop restreintes, ne peuvent expliquer. En un premier temps il va demander une recherche de parasites intestinaux et divers autres paramètres sanguins.

Viendront, plus tard, une jeune femme dont l’intérieur des mains est très rouge et pèle. Selon le professeur, Clara est notamment insulinorésistante et souffre probablement d’un syndrome dépressif. Il va lui conseiller de poursuivre, dans l’immédiat, l’application de crèmes prescrites par le médecin traitant mais il ira chercher plus loin que l’apparence externe.

Puis ce sera le tour de deux sœurs de 73 et 69 ans qui ont fait 800 km dans la journée pour venir consulter. L’une d’elles souffre d’intenses brûlures dans la bouche dès qu’elle s’allonge et des douleurs d’estomac. Elle apprendra, entre autres, qu’elle souffre aussi d’hyperthyroïdie que son analyse sanguine n’a pas clairement révélée mais aussi d’un syndrome dépressif qu’il faut traiter. Une multitude d’indices mèneront au diagnostic puis aux soins appropriés

On l’aura compris les patients du Pr Humbert ont souvent souffert d’errance médicale sans trouver de solution. Les questions qu’il pose ont parfois de quoi surprendre ou semblent sans rapport apparent avec les maux décrits. Il y a souvent de l’étonnement dans les yeux de ses patients puis le soulagement de découvrir d’autres pistes. Dans les cahiers laissés ouverts à l’appréciation des patients pour y laisser leurs avis, les mêmes mots reviennent : écoute, pédagogie, bienveillance, discernement et accueil exceptionnels.

Philippe Humbert ne s’arrête jamais. Il l’avoue : parfois le soir venu, il continue à réfléchir à ce qui pourrait affiner tel ou tel diagnostic d’un patient. «Ce n’est pas un problème, c’est ma passion » remarque-t-il.

Où trouve-t-il le temps parfois d’exercer ses talents de musicien ou d’aller piloter un avion ? Je l’ignore. Il est du genre « qui cherche trouve » mais il y a bien deux remarques qu’il rejette vigoureusement, en l’absence de solution trouvée « c’est dans votre tête » ou bien « c’est dû au stress ».

Avez-vous un bon médecin?, 40 histoires extraordinaires pour ne plus passer à côté du bon diagnostic, Philippe Humbert, éditions Fayard.

Evelyne Dreyfus

*les prénoms ont été modifiés

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