À l’ombre du mont Olympe

par Yves Hardy

À l’ombre du mont Olympe. Parcourir la Thessalie, région méconnue de la Grèce continentale, permet de renouer avec une ruralité conviviale, à l’écart des circuits touristiques. Et pourtant, les atouts naturels et humains ne manquent pas.

Thessalonique est une porte d’entrée accorte. Malgré la crise, les terrasses des cafés au bord de la mer Égée sont bondées et, soleil aidant, une foule de promeneurs déambule vers la Tour blanche, le monument emblématique de la seconde ville du pays. Au passage, on salue la statue équestre d’Alexandre le Grand. En ces lieux, le conquérant, incarnation de la civilisation grecque, rappelle aussi les prétentions macédoniennes d’Athènes.

TOUr blanche-les Boomeuses

La Tour blanche, emblème de Thessalonique © YH

Direction Ambelakia, à 1h30 de route, plus au sud

Le village de 300 habitants semble pelotonné autour de son glorieux passé. À la fin du 18e siècle, la coopérative de production de fil de coton teint couleur garance assurait le rôle de poumon économique de la région. Nous visitons la maison du fondateur, joyau d’architecture balkanique. Les pièces ont conservé leurs cloisons de bois et d’étonnantes fresques ont survécu aux outrages du temps. L’une d’elles évoque la villégiature aux îles des Princes, en face Istanbul, à l’époque de la Grèce ottomane. Dans le patrimoine d’Ambelakia figurent aussi quelques maisons pittoresques et son église orthodoxe qui fait face au massif montagneux du Kissavos. Ce dernier abrite sur ses pentes un village viticole, Rapsani, qui vaut un détour et une dégustation.

La maison du fondateur de la coopérative d'Ambelakia, joyau architectural © YH

La maison du fondateur de la coopérative d’Ambelakia, joyau architectural © YH


À Ambélakia, fresque des îles aux Princes près d'Istanbul © YH

À Ambélakia, fresque des îles aux Princes près d’Istanbul © YH


les boomeuses-vin raspani-les boomeuses

Cuvées primées du vin de Rapsani © YH

Sur le littoral, près du port de pêche de Stomio, s’étale le delta du fleuve Pénée
La nature sauvage reprend ici ses droits et l’on peut lors d’une balade en canoë glisser sur les eaux en s’immisçant parmi aigrettes, goélands et hérons.

L'espace sauvage du delta du fleuve Pénée © YH

L’espace sauvage du delta du fleuve Pénée © YH

Randonnée entre dieux et bêtes

Larissa, capitale de la Thessalie, célèbre joyeusement son Jeudi Gras. Sur la place centrale, une farandole s’improvise au sein d’un orchestre local, tandis qu’alentour la fumée des barbecues enveloppe la foule. Toutes les fantaisies sont permises : un groupe d’étudiantes arbore des poulets en guise de couvre-chef. Joueraient-elles les catherinettes avant l’heure ?

Larissa-orchestrethelassonie-les boomeuses-Femme_50 ans

Orchestre dans les rues de Larissa pour animer les fêtes du Jeudi Gras © YH

Comme souvent en Grèce, l’Antiquité et la mythologie se rappellent à notre bon souvenir. En déambulant dans la ville, on croise un théâtre datant du IIIe siècle avant J.-C. mis au jour dans les années 90. Idem, dans la cité d’Elassona, où l’on tombe nez à nez avec une représentation d’Artémis (Diane chez les Romains), la farouche déesse de la chasse.

theatre antique-larissa- thelassonie-les boomeuses

Le théâtre antique de Larissa ©YH

En entreprenant l’ascension du mont Olympe, situé à proximité, on s’attend à ce que la douzaine de divinités d’antan qui y résidaient, s’invitent au rendez-vous. Mais pas vraiment de traces de Zeus, Hermès, Athéna et consorts. À leur place, nous rencontrons une harde de chevaux sauvages. Vérification faite, ce ne sont pas des centaures échappés de la montagne voisine du Pilio. «Étalon, juments et poulains sont là grâce à l’Europe», nous annonce sans rire, Panagiota, notre accompagnatrice. On lui fait répéter, mais oui, cette Commission bruxelloise réputée bureaucratique, a trouvé les ressources et l’inspiration pour subventionner les fermiers des environs qui fournissent un complément alimentaire aux troupeaux en liberté. Rassérénés, nous continuons à grimper en apercevant au loin, le sommet de l’Olympe qui culmine à 2917 mètres.

mont Olympe_les Boomeuses

Harde de chevaux sauvages sur les pentes du mont Olympe © YH

Le paysage est somptueux. Les pentes enneigées sont piquetées de buissons de buis, la végétation méditerranéenne s’est transplantée sur les hauteurs.

Pas un hasard si le mont a été élevé au rang de réserve de biosphère, en 1981. Il sert de refuge à une centaine d’oiseaux et dès le printemps, les plantes endémiques (violettes, silènes, campanules,..) composent une symphonie de couleurs. Nous marquons une pause au refuge tenu par l’armée. Quelques militaires trompent l’attente en pianotant sur leur ordinateur. Ils ne nous proposent pas de nectar et d’ambroisie, mais tout de même un appréciable thé de montagne, à base d’une variété de sauge.

En redescendant, nous nous arrêtons au village de Valanida. Dimitris Koragiozopoulos nous a concocté un succulent repas tzatziki, méchoui d’agneau, féta et autres fromages maison, riz au lait). Attentionné, l’éleveur de brebis, 41 ans, raconte volontiers son parcours atypique. Il a quitté jeune l’exploitation familiale et exercé dix ans à Athènes comme ingénieur chimiste. De retour à la ferme depuis une décennie, il survit à la crise : «Bien sûr, j’ai dû m’adapter et cesser d’approvisionner les supermarchés qui ne réglaient pas mes factures. Je pratique désormais la vente locale et j’écoule lait, yaourts et fromages sur les marchés de la région.» «La production est maîtrisée et je m’en sors », ajoute-t-il dans un sourire.

Dimitris dans sa bergerie de Valanida © YH

Dimitris dans sa bergerie de Valanida © YH

Tous à la taverne

À l’autre bout de la Thessalie, le village de Metaxochori a prospéré hier grâce à l’élevage des vers à soie. Il a gardé tout son cachet. L’architecte Teodoros Souliotis s’improvise guide avec talent. Il nous entraîne vers les sommets où trône une église à campanile du 16e siècle constellée de fresques. Les imposantes maisons à trois étages servaient de magnanerie et d’habitation. Sur les coteaux s’étagent cerisiers et pommiers, tandis que l’on remarque des rigoles creusées dans le sol pour assurer l’écoulement des eaux de pluie. En contrebas, des platanes pluri-centenaires étalent leurs branches sur la place centrale. Teodoros nous emmène jusque chez lui. Il a transformé une dépendance de sa maison en gîte de charme. Les chambres ont été taillées dans le roc et il s’est attaché à préserver harmonieusement ce décor naturel.

mont Olympe-Eglise ambelakia-les boomeuses

L’église d’Ambelakia face au massif montagneux du Kissavos © YH


mont Olympe-Chambre-auberge Metaxochori-grece-les boomeuses

Les chambres de l’auberge de Teodoros Souliotis à Metaxochori © YH

Le temps d’une brève retraite au monastère de femmes St John à Anatoli où vivent et travaillent dix-huit sœurs polyglottes ouvertes aux rencontres et nous fêtons notre proche départ dans la taverne municipale de Metaxochori où tous les villageois se retrouvent, pope inclus. Alternance de danses traditionnelles en cercle les mains sur l’épaule du voisin et de zeibebiko  où les danseurs solitaires se succèdent sous les applaudissements. Lents tournoiements bras étendus, avec parfois un verre d’ouzo sur la tête ! Pas de transes ce soir, mais une chaleureuse ambiance qui donne à la Thessalie un goût de revenez-y.

 [separator type= »thin »]

Infos pratiques

° Y aller. Avec Lufthansa. Paris-Thessalonique, via Francfort.

° Y séjourner.

° À faire. Deux circuits, proposés par les tenants d’un tourisme rural solidaire et soutenus par le Centre méditerranéen de l’Environnement, peuvent être consultés et réservés sur le site : www.euroruraltourism.eu

° Sur place : contacter un spécialiste des randonnées en Thessalie, Nikos, basé à Velica, sur la côte. www.trekking.gr

° À lire. Replonger dans le récit classique « L’été grec » de Jacques Lacarrière (Terre humaine, 1975).

° Guide. « Grèce continentale » (Géoguide – Gallimard, 14,50 €).

[separator type= »thin »]

Texte et photos : Yves Hardy

Vous devriez aussi aimer

Laisser un commentaire