La cinquantaine vue par
Lubitsch et Hollywood

Lubitsh est l’un de mes cinéastes préférés. J’aime son élégance, sa légèreté, son humour et sa mélancolie. Je viens de revoir Le ciel peut attendre, réalisé en 1943, et j’ai été frappée par le traitement des personnages de plus de 45 ans. Une représentation symptomatique de l’époque, qui n’est pas propre uniquement à ce film.

Dans cette délicieuse comédie, le rôle de Martha est interprété  par la sublime et lumineuse Gene Tierney. A la fin du film, elle est censée avoir 48 ans, et si Lubitsh la représente  belle, chic et élégante, on lui donnerait plutôt dans les 70 ans.

 

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Cette vision de la vieillesse n’a pourtant rien de misogyne, mais est symptomatique du changement de la société face à la cinquantaine.

Dans une scène touchante, Henry Van Cleve, le mari de Martha, un coureur de jupons, va voir une call-girl. Celle-ci n’est pas sensible à son charme, lui laissant comprendre qu’il n’est plus si jeune.  Dépité, Henri prend congé et lui demande alors :

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J’aimerais vous poser une question. C’est de la simple curiosité, mais répondez franchement. Si vous ne me connaissiez pas et que vous me rencontriez dans la rue ou au restaurant, quel âge me donneriez-vous ?

La call-girl, un peu gênée : «Je ne sais pas, 50 ans environ».
«Tant que ça ? », répond Henry effaré.
«Désolée, je ne voulais pas vous blesser».
«Non, c’est très bien» répond Henry courtois.
«Excusez-moi, mais quel âge avez-vous»  lui demande finalement la call-girl.

Et Henry répond «50 !»

Une scène merveilleuse de vérité sur le passage du temps, et sur l’image que l’on renvoie aux autres. Aujourd’hui, cette vision a changé, remplacée parfois par un excès de jeunisme extrême.

Mais à tout prendre, Gene Tierney, même avec une drôle de coiffure, c’est la classe !

Arielle Granat 

Lire l’article de notre expert psy sur le passage du temps

2 Comments

  • Il faut quand même dire qu’en dehors du “jeunisme” à tout prix, qui n’est pas notre truc, notre style de vie, être en jean et basket… être en bonne santé, vivre plus longtemps, a aussi modifié les comportements. Et en même temps, le mari n’est pas plus gâté, puisqu’a 50 ans, il est considéré comme un vieil homme.

  • C’est une comparaison très interéssante, cette vision de la femme de 50 qui a tellement évoluée. Nous sommes très contentes de vivre maintenant, de profiter de la liberté mais comme vous, nous sommes très conscientes de cet évolution malsaine du jeunisme, parce que la classe, ce n’est pas ça !

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