Faut arrêter !

Cathie Fidler, écrivain et  blogueuse continue à décortiquer avec humour  nos expressions favorites.

Dans la série « Nos tics langagiers » il y en a un qui s’est répandu depuis un certain temps avec une insistance et une musique particulières.

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Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on ne peut plus souffrir un nombre important de choses, dans notre vie quotidienne. Et, à chaque époque, correspond une façon d’exprimer cette exaspération. Comme, par exemple, en utilisant ce même verbe que je viens de mentionner : « souffrir ». Il est daté de l’époque de Louis XIV, au moins ! Nous autres Boomeuses avons beau prendre de l’âge, nous ne nous exprimons pas pour autant comme des marquises d’antan. De notre vivant, en effet, nous avons peu dit, ou entendu dire : « Je n’en peux mais ! »

Ça (re)viendra peut-être un jour. Mais, en l’attendant voici un petit récapitulatif des autres expressions que nous avons pu employer pour manifester notre agacement et notre désir de voir cesser une situation donnée

– Y’en a marre !
– Ras-le-bol ! (la patate, le bonbon, la cafetière,  la casquette et le pompon)
– Basta !
– J’en ai plein les bottes ! (la nénette, le dos, les guiboles, et même le cul)
– J’en ai ma claque !
– Trop c’est trop !
– Ça va bien comme ça !

Et même, peut-être, façon Michel Audiard :
– Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.

Le point commun à toutes ces interjections, c’est qu’elles mettent en première ligne le sentiment du locuteur, et en deuxième seulement le reste du monde. L’exaspération de celui (ou celle) qui parle est claire, et centrée sur son sentiment d’agacement.

En ce qui concerne la locution la plus récente : Faut arrêter !  le ton est quelque peu différent. L’interjection s’accompagne volontiers de « là » : Faut arrêter, là !  –et elle est prononcée d’un ton que je qualifierais de dictatorial, voire de didactique ou, à tout le moins, professoral.

La personne qui énonce cet avis ne fait pas seulement référence à ses propres sentiments d’irritation : elle donne une leçon, elle prend l’autre à témoin que la société dans son ensemble – en plus de l’individu ou de la situation auxquels il est fait référence – sont critiquables et que lui, ou elle, a pris toute la mesure de l’infériorité (pour ne pas dire la débilité) de ses semblables.  En cela, la remarque suit quasiment le ton, sinon la lettre, de celle de M. Balladur qui, s’adressant à une meute de trublions, leur balança un « Il suffit ! » comminatoire. L’apostrophe scella la distance entre lui et le peuple, et lui coûta politiquement fort cher.

Loin de nous l’idée de nous croire ainsi supérieurs à autrui à chaque fois que nous prononçons Il faut arrêter ! –interjection que je ne suis pas la dernière à avoir adoptée. Mais enfin, un brin de recul ne nuit pas, non plus que de varier les plaisirs langagiers.

Alors, que dire, me demanderez-vous ?

Eh bien, franchement, je cale : Faut pas pousser, y a des limites à tout !

 

 

 

 

 

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