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Leipzig, une ville au charme « Mitteleuropa »

par Evelyne Dreyfus

La Saxe, Land allemand, est de longue date, une terre éprise de liberté. A Leipzig, ville universitaire, musicale et commerciale on en ressent l’esprit. Culture et rébellion dans une ville au charme « Mitteleuropa » où se croisent les rues Goethe et Wagner et où Faust et Mephisto hantent rues et caves.

 

Bien qu’ayant appartenu à  l’Allemagne de l’Est, on sent à la richesse des bâtiments ayant échappé aux bombardements de la seconde guerre mondiale et à la trentaine d’élégants passages couverts traversant d’une rue à l’autre, la plaque tournante commerciale que fut Leipzig depuis le XIIème siècle. La Mustermesse ou foire aux échantillons en particulier, succédant aux foires de marchandises, a fait de Leipzig un centre commercial mondial depuis 1895. Avant la pandémie de Covid-19 la ville proposait toujours quelque 40 salons et une centaine de congrès attirant chaque année près d’un million et demi de visiteurs. A ce jour, entre foires du livre, des loisirs, des vacances etc il y en a au moins vingt-cinq par an.  Avant la chute du Mur, ces foires constituaient le lieu de rencontre le plus important pour les hommes d’affaires et les politiciens provenant des deux côtés du Rideau de fer.

Leipzig, ville de la Révolution pacifique

C’est à Leipzig qu’a commencé la chute de l’Allemagne de l’Est qui a conduit à la réunification de l’Allemagne à travers les « manifestations du lundi », mouvements de résistance pacifique. Ces manifestations d’étudiants d’abord, ont commencé à l’automne 1989 devant l’église Saint-Nicolas (Nikolaikirche) qui fut le point de rencontre des citoyens aspirant à plus de libertés. Le 9 octobre 1989, 70 000 personnes manifestaient sur cette même place, sans être réprimés par la police d’Etat en criant « Nous sommes le peuple“.  Le 9 novembre de la même année tombait le mur de Berlin.

C’est aujourd’hui une ville jeune, très vivante d’environ 620.000 habitants qui a de quoi distraire aussi bien un public bourgeois que les publics les plus branchés. Plus de 40 000 étudiants y résident. L’université de Leipzig est l’une des plus vieilles universités du monde avec plus de 600 ans d’enseignements et de recherches ininterrompus derrière elle. Les étudiants actuels peuvent s’enorgueillir de marcher dans les pas de l’écrivain Johann Wolfgang von Goethe, du compositeur Richard Wagner, du philosophe Friedrich Nietzsche, de la Chancelière de l’Allemagne (et physicienne) Angela Merkel ainsi que plusieurs lauréats de Prix Nobel en physique, chimie et littérature. De quoi les inspirer, comme le fut Goethe ?

L’un des incontournables restaurants de la ville, Auerbachs Keller, fournira peut-être à l’un d’eux, le même élan inspiré que fut celui de l’étudiant Goethe, client de ces lieux. Outre que cette Cave gastronomique fêtera, l’an prochain ses 500 ans, elle est un lieu de légende autant que légendaire.  L’histoire raconte que le Dr. Faust enfourcha un tonneau de vin de ce cellier jusqu’à la rue, ce qu’il ne pouvait accomplir qu’avec l’aide du diable. Cette légende est probablement ce qui conduisit Goethe à ajouter la scène dans le cellier d’Auerbach dans sa pièce Faust I. Mephisto est donc omniprésent dans le récit légendaire de la ville. A propos, si Mephisto est le diable des légendes, Faust, lui, a bel et bien existé.

Le Dr Johann Georg Faust ou Fausten, (né en 1480 et mort en 1540) était un alchimiste, astrologue, et magicien du Bade-Wurtemberg qui a successivement inspiré la légende de Faust à Christopher Marlowe dans sa pièce La Tragique Histoire du docteur Faust (1604) et à Goethe dans son chef-d’œuvre Faust (1808). Sans compter la Damnation de Faust de Berlioz. Tous deux comportent une scène qui a lieu à Leipzig dans la célèbre Cave d’Auerbach.

Musique et danse au rendez-vous

Leipzig est aussi une ville-musique. Ici Jean-Sébastien Bach (1685-1750) a occupé, pendant un quart de siècle et jusqu’à sa mort, le poste de cantor de l’église luthérienne Saint-Thomas où il est enterré. Ici, le pianiste et compositeur Félix Mendelssohn-Bartholdy, fut le directeur musical du célèbre orchestre du Gewandhaus (le plus vieil orchestre symphonique du monde) dès 1835. Il a donné un éclat tout particulier à l’enseignement et à la vie musicale de la ville avant de réorganiser ultérieurement la vie musicale de Berlin à la demande du roi de Prusse. Grâce à la ténacité du chef d’orchestre allemand Kurt Masur, on peut visiter aujourd’hui l’émouvante maison où il a vécu à Leipzig et même s’essayer fictivement à diriger une de ses œuvres. Ici aussi est né Richard Wagner.

 

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Autant dire que les amateurs de musique trouvent dans cette ville de quoi nourrir leur passion. La ville organise quatre festivals majeurs : le Bachfest (festival Bach), le festival Mendelssohn ont lieu chaque année.

Le Gewandhaus festival et l’Opera festival ont lieu en alternance tous les deux ans. S’y ajoute, cette année, un festival Chostakovitch du 15 mai au 1er juin 2025. A ne pas manquer non plus, du 21 au 29 juin, 2024, le Festival international de ballet qui verra se produire quelques-unes des meilleures compagnies de danse internationales aux côtés de l’excellent corps de ballet de l’Opéra de Leipzig. Notons que le Français Rémy Fichet en sera le nouveau directeur de la Danse à partir de septembre 2024. Il promet une programmation équilibrée tournée vers la production contemporaine sans pour autant tourner le dos à l’académisme.

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De très nombreux musées jalonnent les quartiers de Leipzig  où tout est facilement joignable à pieds. Musées d’arts, de musique et de littérature, de technique et d’industrie, d’histoire ou de nature. Il y en a pour tous les goûts. L’un d’eux, le Musée N’Ostalgie en plein cœur de la ville, est joyeusement nostalgique. Il expose des centaines d’objets, voitures, scooters, vêtements, jouets, aliments, extraits de presse (hélas pas la moindre traduction même en anglais…) meubles et objets de décoration datant de l’époque de la RDA. Une plongée nostalgique conjuguée aux temps du passé.

Y ALLER :

Située en Allemagne centrale et à quelque 180 km de Berlin, les vols à partir de la France se font avec une escale. C’est cependant le moyen le plus rapide, le train exigeant plus de 7 heures de trajet avec un et parfois deux changements depuis Paris. A proximité, deux villes méritent le détour : Dresde et Erfurt

A VISITER :

  • Le LOFFT, lieu de production et de représentation de théâtre indépendant, situé dans d’anciens ateliers de tissage de coton. On peut y voir des répétitions de danse, assister à des conférences et débats. C’est un lieu d’échanges multiples et avant-gardiste : www.loft.de
  • La Maison-Musée Mendelssohn, seule demeure encore conservée du compositeur : www.mendelssohn-stiftung.de (on y donne aussi des concerts)
  • Le Monument de la Bataille des Nations, symbole de paix et d’Europe unie. Il commémore la bataille de Napoléon à Leipzig en 1813
  • L’Opéra et ses coulisses, reconstruit en 1960 après la destruction du précédent par les bombardements. Bâtisse massive très caractéristique de son époque soviétique et désormais classée. Excellente acoustique et tarifs très abordables.
  • L’église Saint-Thomas si vous êtes passionné par J.S. Bach qui y est enterré.
  • Il s’y produit des concerts
  • Le mémorial de la Shoah : Sur le site de l’ancienne synagogue mauresque détruite par le nazisme, se trouve aujourd’hui une  installation émouvante, reprenant le plan du sol de la synagogue et composée de 140 chaises vides en bronze, représentant les 14 000 Juifs qui priaient à cet endroit dans la Zentralstrasse, 4

DINER OU PRENDRE UN CAFE

Deux lieux immanquables :

  • Le restaurant Auerbachs Keller qui fêtera ses 500 ans l’an prochain et que connut Goethe
  • Le café Riquet : le bâtiment parmi les plus modernes et les plus extravagants de Leipzig au début des années 1900. L’architecte a mis en œuvre de manière imaginative la tradition commerciale de la société Riquet avec l’Asie de l’Est et l’Orient, qui remonte à 1745. Mosaïques colorées de style Art Nouveau, deux têtes d’éléphants en cuivre encadrent encore la porte d’entrée et, à l’intérieur, des gâteaux faits pour tenter le diable

Pour toute information sur Leipzig :  https://www.leipzig.travel/fr

Evelyne Dreyfus 

Lire aussi : Céphalonie doux secret d’une île

 

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