LE scpoubtz au Lucernaire

Le Schpountz au Lucernaire : Pagnol brillamment adapté

par Les Boomeuses

Bienvenue dans l’univers de Marcel Pagnol, où les cigales chantent, où les Provençaux ont la langue bien pendue et où un garçon d’épicerie peut se prendre pour le prochain grand acteur du cinéma français. Au Lucernaire, Le Schpountz retrouve une seconde jeunesse dans une merveilleuse adaptation, qui ne cherche surtout pas à rivaliser avec le film mythique de 1938 et son inoubliable Fernandel. Et c’est tant mieux.

 

Irénée Fabre travaille dans l’épicerie de son oncle, du côté de Marseille. Mais il en est convaincu : il est né pour être acteur. Pas question pour lui de finir derrière un comptoir à vendre des boîtes de conserve. Son destin est ailleurs : sous les projecteurs !

Lorsqu’une équipe de cinéma parisienne débarque au village, les prétentions du jeune homme amusent tellement les techniciens qu’ils décident de lui jouer un tour. Un faux contrat de cinéma, quelques signatures, et voilà notre « schpountz » parti pour Paris, persuadé qu’une brillante carrière l’attend.

Pagnol sans Fernandel

Le premier mérite de cette adaptation d’Arthur Cachia est justement de ne pas chercher à refaire le film de 1938 et de ne pas « jouer » Fernandel. Impossible, de toute façon, d’effacer de nos mémoires le visage et la voix de l’acteur mythique, et sa tirade du nez pagnolesque, « Tout condamné à mort aura la tête tranchée !». Alors autant relever le défi autrement : faire du théâtre.

Et c’est ce que réussissent admirablement Arthur Cachia et Delphine Depardieu dans une mise en scène vive, fluide et joyeusement artisanale. Les six comédiens se partagent une multitude de personnages et changent de rôle, de costume ou d’espace avec une belle virtuosité. Le décor se transforme sous nos yeux et, en quelques secondes, l’épicerie provençale devient studio de cinéma ou bureau de producteur.

Le procédé pourrait être purement ludique, mais il ne l’est jamais. Il donne au spectacle une énergie communicative et rappelle au passage que le théâtre possède ce merveilleux pouvoir de faire beaucoup avec presque rien.

Un schpountz drôle et souvent désarmant

Arthur Cachia, qui interprète Irénée, trouve le ton juste. Son Schpountz est évidemment drôle et souvent désarmant. Il est vaniteux, sûr de son talent, totalement incapable de mesurer le regard que les autres portent sur lui, mais il n’est jamais ridicule, et c’est là que le personnage devient touchant.

Car qui n’a jamais rencontré, dans sa vie, quelqu’un qui rêvait trop grand ? Et qui peut affirmer n’avoir jamais, lui-même, rêvé d’une autre vie ? Pagnol se moque avec tendresse d’Irénée, mais il ne le méprise jamais. Au contraire, il semble nous souffler que ceux qui osent croire en leur rêve, même avec une naïveté désarmante, ont peut-être quelque chose que les autres ont perdu en chemin.

Faire rire pour rendre la vie un peu plus légère

La réussite du spectacle tient aussi à son équilibre. On rit énormément, outre les extraordinaires dialogues de Pagnol, grâce à un simple regard ou une intonation, mais l’émotion n’est jamais loin. La troupe joue sans chercher à souligner les effets comiques. Axel Blind compose un oncle attachant et bourru, et un extraordinaire Meyerbloom, producteur en mode Mel Brooks ; Patrick Chayriguès est irrésistible dans ses multiples rôles, Simon Gabillet touchant en petit frère d’Irénée, Milena Marinelli, savoureuse en starlette et émouvante en amoureuse d’Irénée, et Jean-Benoît Souilh, en mode jeune Pierre Brasseur, impressionne. Tous passent avec beaucoup d’aisance d’un personnage à l’autre, forgeant une troupe joyeuse et généreuse.

Et puis il y a cette très belle idée, tellement pagnolesque, que le rire n’est pas quelque chose de futile. Faire rire, finalement, serait une façon de rendre la vie un peu plus légère. Cela tombe plutôt bien : nous en avons tous besoin.

Le Scponutz de PAgnol au Lucernaire

Le Schpountz brillamment adapté

Une bouffée de Provence au cœur de Paris

On entre au Lucernaire et, presque immédiatement, on entend les cigales. Quelques éléments de décor suffisent à faire surgir la Provence. Pas celle des cartes postales, mais celle de Pagnol : populaire, bavarde, tendre, parfois cruelle, peuplée de personnages qui semblent plus grands que nature. Parlons aussi de la musique, parfaitement orchestrée en mode Pink Martini par Polérik Rouvière, qui souligne avec bonheur la modernité de l’adaptation.

Le spectacle a la bonne idée de ne pas enfermer Le Schpountz dans la nostalgie. Bien sûr, les spectateurs qui ont grandi avec les films de Pagnol y retrouveront une part de leurs souvenirs. Mais les plus jeunes – et ils sont très nombreux dans la salle – découvrent cette histoire sans avoir besoin de connaître le film original. C’est sans aucun doute l’une des belles qualités de cette adaptation : elle fait circuler Pagnol entre les générations.

Faut-il être un peu « schpountz » ?

C’est peut-être finalement la question que pose le spectacle. Dans un monde où l’on apprend très tôt à être raisonnable, à connaître ses limites, à ne pas trop se raconter d’histoires, Irénée, lui, persiste à croire qu’il peut devenir quelqu’un d’autre. Il se trompe peut-être, mais il avance. Et si c’était cela, au fond, que Pagnol voulait nous rappeler ? Que la vie réserve parfois de drôles de surprises à ceux qui refusent de renoncer à leurs rêves.

Alors, oui, on sort du Lucernaire avec le sourire aux lèvres et la banane ! Mais aussi avec une petite pensée pour notre propre « Schpountz » intérieur. Celui qui, malgré les années, continue peut-être à nous souffler : « Et pourquoi pas moi ? »

 

Le Schpountz de Marcel Pagnol
Adaptation Arthur Cachia, mise en scène Delphine Depardieu et Arthur Cachia
Avec Axel Blind, Arthur Cachia, Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli et Jean-Benoît Souilh
Au Lucernaire, jusqu’au 10 janvier 2027
Du mercredi au samedi à 19 h, dimanche à 16 h.
Durée : 1 h 25
A partir de 8 ans

 

A.Granat

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Photos©Ville D’Aubagne

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