Comme le dit la chanson de Catherine Ringer, « les histoires d’amour finissent mal en général » L’histoire de Jean Seberg, actrice, et Romain Gary, écrivain et diplomate, est belle, chaotique, tragique. Ils vont s’aimer, se marier, avoir un enfant qu’ils n’élèveront pas ou si peu…
Myriam Anissimov, biographe de Romain Gary et de Primo Levi, nous entraîne dans le tourbillon des amours de Jean et Romain, avec talent et minutie. Des années d’enquête, des archives inédites, des témoignages précieux, et un regard sensible, tendre sur ces deux êtres qui vivent passionnément le moindre événement de leur existence.
Leur rencontre a lieu en 1959, dans les salons du Consulat de France à Los Angeles. Romain Gary, 45 ans, y est consul. Jean Seberg, 21 ans, débute une fulgurante carrière d’actrice, dans Sainte-Jeanne, réalisé par Otto Preminger, un metteur en scène insatiable, sévère et castrateur. Un premier rôle pour l’actrice et déjà des cicatrices dans sa tête.
Jean et Romain, un coup de foudre, un mariage secret en Corse, en 1963. Leur fils, Alexandre Diego Gary a presque un an lorsqu’ils se disent oui, il est déjà confié aux bons soins d’Eugénia, au service de Romain Gary.
Jean et Romain, un couple de légende
Myriam Anissimov nous raconte ce couple de légende comme on raconte une fiction. Et pourtant tout est vrai…
Les démons de Jean Seberg, née dans l’Iowa, qui ne s’affichent pas sur son visage d’ange, son regard clair, semblant surpris par la vie, sa coupe à la garçonne dans A bout de souffle, son sourire malicieux dans Bonjour Tristesse. Or, son amour pour Romain ne l’empêche pas d’aimer ailleurs, autrement, en toute naïveté. Jeune femme fragile elle se laisse convaincre et maltraiter par les mouvements américains antiracistes. Elle reçoit des militants chez elle, ou plutôt chez Romain. Elle vit chez eux par intermittence, elle s’immerge dans leurs combats. Séduite par des causes perdues ou fausses, surveillée, voire manipulée, par la CIA, elle a toujours un amant à défendre, un groupe de révolutionnaires à aider, avec l’argent de Gary. Ses rêves de grandeur se fracassent les uns après les autres sur la réalité. De dérives en dérives, d’alcools en drogues, elle se brûle, se consume et finit par perdre tout discernement.
Mais elle revient toujours vers son époux, son inconditionnel protecteur, Romain Gary. Lui qui ne peut s’empêcher de protéger cette étoile en miettes… Il tente d’éloigner ses mauvaises fréquentations, mais d’autres se pointent pour désaxer un peu plus Jean, l’innocente, complètement paumée. Il écrit, il travaille, il se fait mondain, il aime une femme puis une autre, et encore une autre, mais il ne quitte jamais Jean des yeux, ni du coeur.
Jusqu’au jour où le drame survient : on retrouve le cadavre de Jean solidement enroulé dans une couverture, jeté dans une voiture, en 1979.
Suicide ou assassinat ?
Suicide ou assassinat ? A la lecture du livre de Myriam Anissimov, on pencherait pour la deuxième hypothèse. Un mauvais amant, une nième cause perdue ont eu raison de la jeune femme.
Pendant ce temps-là, Romain nous offre une œuvre prolifique, tendre, dramatique et souvent teintée par l’humour du désespoir. Romain Gary ne supporte plus de ne pas aimer, de ne plus voir Jean, de vieillir…Il met fin à ses jours, il se suicide, en 1980, arme au poing d’une balle dans la bouche.
Il rejoint Jean dans la mort. Le couple de légende en quête d’absolu se reformera peut-être dans l’au-delà…Ces deux êtres beaux, flamboyants, tristes, mais esseulés, meurent quasiment sous les yeux du monde entier. Ils ont vécu leur vie en cherchant le salut, et comme on écrit un beau roman qui commence avec la gloire et finit dans la tragédie. Une histoire mythique pour deux êtres plus grands (ou plus petits) que leurs rêves.
Myriam Anissimov nous régale avec sa plume alerte et précise, elle nous emmène à Hollywood, dans les cabinets diplomatiques, dans les méandres des obsessions, voire des inconscients, de Jean et Romain.
Jean et Romain n’est ni un roman, ni un essai, mais un récit palpitant qu’il faut lire, au-delà des prix littéraires, parce que les héros qu’il nous dépeint sont attachants et réels.
Jean et Romain de Myriam Anissimov Editions Grasset
Minou Azoulai
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