Jardins Albert Kahn : les yeux grands ouverts

par Evelyne Dreyfus

C’est un univers ou la beauté rencontre l’humanité. Une plage de verdure qui vous prend par la main pour vous faire traverser les continents comme un rêve éveillé. Les jardins Albert Kahn, à l’extrême Ouest de Paris, ont rouvert leurs grilles et forment nos esprits à la contemplation de la diversité.

Pour une fois, c’est bien à propos qu’on pense à ce vers célèbre de Baudelaire extrait de « l’Invitation au Voyage » : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté ». Car c’est au voyage que le concepteur de ces jardins, le mécène Albert Kahn, voulait inviter les visiteurs en partageant les siens.

Lui n’avait qu’une obsession. Elle se résume à cette citation de lui qu’on peut lire sur un mur : « je ne vous demande qu’une chose, c’est d’avoir les yeux grands ouverts ». J’y ajouterais : les oreilles et les narines aussi. Passer en un instant du tumulte parisien à la sérénité d’un jardin anglais c’est la première étape. On s’attendrait presque à être reçus dans le cottage autour d’un thé servi dans des tasses en porcelaine à bord doré.

En ce début de matinée, un merle perché dans quelque branche semble narguer de grosses carpes et des poissons rouges qui évoluent dans la rivière bordant une grande prairie arborée piquée de bleu, de blanc et de jaune. Un couple de canards picore l’herbe encore humide au milieu des campanules bleues. Puis, au fil des pas de promenade, un portail en bois ouvre à ce poème de verdure que sont les jardins japonais dont le pont rouge orangé est devenu quasiment emblématique de ces jardins extraordinaires.

Si la pagode d’origine n’y est plus, restent les petites maisons de thé si frêles. L’espace joliment paysagé peut s’admirer autour de la cascade ou depuis les petites collines qui la surplombent au milieu d’arbustes fleuris qui se reflètent dans l’eau. Il faut s’arrêter sur les ponts en bois et peut-être même fermer un instant les yeux pour laisser la beauté vous pénétrer en méditant.

Entre jardin japonais et Occident

Retour en Occident à travers le verger-roseraie où les roses grimpantes avoisinent, l’été, les arbres fruitiers. Là, et devant le jardin à la française qui le prolonge, des bancs en bois vous tendent les bras pour une rêverie contemplative. Elle est juste ponctuée par le son répétitif d’un pic-vert à l’assaut d’un arbre voisin. La serre, également jardin d’hiver, en ce mois de mai 2021 est encore fermée mais son élégante structure ajoute son charme à cet univers privilégié. Vous trouverez aussi, au détour des chemins un paysage de marais offrant à la vue des bassins de nénuphars, de roseaux, d’iris d’eau et enfin, la partie forêt.

Romantique et mystérieuse. D’abord la forêt de bouleaux et d’épicéas, puis la forêt vosgienne, évocation des massifs montagneux des Vosges d’où Albert Kahn était natif. Cette mini-forêt (3000m 2 quand même) est parsemée de chemins ombragés où les rayons de soleil, ça et là, font éclater les couleurs d’humbles fleurs sauvages et émerger des rochers ombragés par les grands sapins. On flâne et on s’émerveille de la générosité de l’homme qui, au XIXème siècle a fourni tant d’efforts pour partager la beauté du monde avec ses semblables.

Avec les yeux grands ouverts comme le souhaitait Albert Kahn, flânez, respirez, rêvez, admirez : c’est tout ce dont vous avez besoin. En sortant vous aurez non seulement eu un aperçu de la nature qui réunit les humains mais aussi de ce que la diversité recèle de beauté.

A l’origine des jardins Albert Kahn

Ces jardins sont la traduction sous forme végétale de l’œuvre du banquier philanthrope Albert Kahn (Albert Kahn, né Abraham Kahn à Marmoutier en Alsace le 3 mars 1860 et mort à Boulogne-Billancourt le 14 novembre 1940), dédiée à un idéal de paix universelle à travers la connaissance des diverses cultures. Une démonstration prouvant que des cultures différentes peuvent cohabiter et s’enrichir mutuellement.

Le musée Albert Kahn est actuellement en travaux. Fin 2021 dans sa nouvelle architecture aux allures d’origami signée par l’architecte japonais Kengo Kuma, il accueillera la grande galerie d’exposition et une serre monumentale. Car l’œuvre d’Albert Kahn ne se limite pas à ces jardins remarquables. Dès 1909, le philanthrope envoyait dès des opérateurs à travers le monde pour utiliser les techniques mises au point par les frères Lumière : le cinématographe et l’autochrome. Il en a résulté une centaine d’heures de projection et 72 000 autochromes, images en couleur sur plaque de verre qui rendent compte de toute la diversité du monde dans une cinquantaine de pays. Toutes ces images constituent « les Archives de la Planète »

Evelyne Dreyfus
Photos Jean-Paul Calvet

Pour visiter :

Musée départemental Albert Kahn 
14, rue du Port 92100 Boulogne-Billancourt
Tél : 01 55 19 28 00
parcsjardins@hauts-de-seine.fr
Jardin ouvert du mardi au dimanche : de 11h à 18h d’octobre à mardi et de 11h à 19h d’avril à septembre

L’accès au jardin se fait sans réservation en semaine et sur réservation le week-end.
L’achat du billet s’effectue sur place.
Tarif plein : 4 euros
 / Tarif réduit : 3 euros

Moyen d’accès

Métro : Boulogne Pont de Saint-Cloud (terminus ligne 10 )
Tramway : ligne T2 – arrêt Parc de Saint-Cloud
Bus : 52, 72, 126, 160, 175, 467 – arrêt : Rhin et Danube 

 

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