En me baladant ce dimanche matin sur mon fidèle et vieux vélo de campagne, croisant des coureurs cyclistes autrement chevronnés, je me demandais à quoi – à qui ? – j’avais renoncé depuis ma prime jeunesse. Non, pas à des compétitions sportives, mais à ce tissu d’espoir que les enfants, les adolescents, déploient dans leur imaginaire… et qui restent gravés dans notre vie d’adulte !
Une liste vint Ă mon esprit. Enfant je voulais ĂŞtre chef d’orchestre, mĂ©decin, infirmière faire de la danse, de la recherche, ĂŞtre pianiste, invisible, ou toute petite pour se glisser dans une poche ! Plus rĂ©cemment et pas toujours raisonnablement, arrĂŞter le temps, ne pas vieillir, ne pas changer – non non !- ĂŞtre amoureuse tout le temps – oui oui ! – trouver LE pygmalion qui magiquement rĂ©vèlerait tous mes potentiels – et pourquoi pas ? –  Et aussi, vivre six mois, un an dans des pays extraordinaires, entre le village de sages tibĂ©tains ou les villes oĂą « il se passe vraiment quelque chose » !
Une liste d’envies dont je me suis demandée s’il faut y renoncer parce qu’elles sont trop « folles » parce qu’il est trop tard, ou parce que « ce n’est pas raisonnable, vraiment pas » ! En gros, enfourcher la spirale fataliste du « c’est foutu »  ou celle d’une sagesse un peu tristounette qui ferait renoncer au « tout est possible, m’enfin ! ». Éternelle insatisfaction, fuite en avant, ou troisième voie ?
L’alignement de kilomètres d’un pédalage vigoureux en ce défoulement dominical m’ont conduite à une troisième voie.
Partant de la conviction que bouger empêche d’être vieux (vieille) au sens d’un rétrécissement de soi, j’ai changé de cap (tout guidon dehors !).
À la place de la nostalgie, pourquoi ne pas valoriser les renoncements nécessaires  ?
Notre fidèle alliĂ©e l’étymologie peut nous apporter quelques rĂ©ponses. Renoncer serait « abandonner volontairement ce qu’on a ». Ah ! ça devient vivant, parce que nous pouvons choisir de troquer l’avoir par de l’être et consĂ©quemment le centrifuge par du centripète!
En voyant les premiers bourgeons de ce printemps précoce, une métaphore est venue compléter mon désir de renoncer à fustiger le renoncement. La taille des arbres permet de faire fructifier, sous condition de renoncer à telles branches en fleurs ou à ces petites pommes déjà formées qui empêcheraient la maturation harmonieuse de l’ensemble. Renoncer serait donc « sculpter » sa vie et ses désirs… pour ne pas renoncer à soi !
[infobox bg= »redlight » color= »black » opacity= »on » subtitle= » »]Danielle Rapoport est psychosociologue. Elle décrypte pour Les Boomeuses ce qui questionne nos vies. Notre experte psy, à retrouver régulièrement. Découvrez son site www.rapoportconseil.com[/infobox]
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