Paris Design Week à la maison de Victor Hugo

par Anne Bourgeois

Place des Vosges, dans la Maison de Victor Hugo, la Paris Design Week fait dialoguer la pierre, les mots et le parfum avec Anankè, une installation olfactive en écho à l’exposition Hugo et l’architecture avec quelques gourmandises en prime : autant de bonnes raisons de filer vers l’ancienne place Royale et de profiter de l’été indien.

 

À l’occasion de la Paris Design Week, une étrange scénographie a pris possession de la cour de la demeure de l’immense écrivain. Partenaire de l’événement depuis 2023, la maison de composition dsm-firmenich y explore chaque année les territoires du design olfactif. Après Eau Fraîche et Folie, elle signe, pour cette édition 2026, Anankè, une expérience immersive imaginée par le designer Lucas Huillet et Alexandre Helwani, historien du parfum.

Anankè, une installation architecturale et olfactive

Anankè. Six lettres grecques pour dire le destin, la fatalité. Un mot qui hante Hugo : celui qu’il dit avoir découvert gravé dans une tour de Notre-Dame et qui nourrira son roman. Ce que les Grecs formulaient comme une nécessité existentielle, l’artiste la définit comme une « destinée inconnue », une philosophie de l’être destiné à construire et voué à l’oubli.

C’est autour de cette pensée que Lucas Huillet et Alexandre Helwani ont imaginé Anankè. Une installation à la fois architecturale et olfactive où la pierre, la céramique et le parfum racontent, en quatre créations, quelque chose de nos origines, d’un monde perdu, englouti et à réinventer. Nathalie Lorson, maître parfumeur chez dsm-firmenich, à qui l’on doit notamment Black Opium d’Yves Saint Laurent, Another 13 de Le Labo ou encore Encre Noire de Lalique, en a élaboré la partition olfactive.

Maison Victor Hugo, anankè

Anankè, une installation à la fois architecturale et olfactive de Lucas Huillet et Alexandre Helwani

Quelques pas, et au fond de la cour se dresse un menhir, monumental, presque archaïque ; on ne peut s’empêcher de penser aux roches de Guernesey, à Fermain Bay, à cette île d’exil du proscrit Hugo — mais ne fut-elle pas finalement sa vraie patrie ? — et au corps massif, charnel, imposant de l’homme Hugo, si bien remodelé par Rodin, interdit à notre vision, car si cru. Ce menhir, c’est lui. Une présence tellurique, une force inarrachable et un parfum… Nuage des Vivants est fait de cade, piment, encens pyrogéné. On plonge dans cette fumée échappée d’une faille, celle qui faisait tant l’âme du poète, un oliban originel, primitif, qui vient d’on ne sait quel sacré et nous brûle presque.

Un autre menhir, un peu plus loin, semble avoir éclaté en fragments et accueille trois orbes olfactifs en céramique. Les parfums qui s’y logent imaginent un monde à venir. Du vert tendre s’envole Éternelle Écume, un bain végétal entre feuille de tomate, algue et concombre ; du gris tempête jaillit Miette Infinie, improbable gourmandise de sauce soja, sirop d’érable et bois ambrés ; du rose pâle émane Idéale Ivresse, cocktail électrique de yuzu, pamplemousse rose et Pamplewood. On les soulève, les sent, s’en éloigne, puis y revient. Et derrière le jeu se glisse une question beaucoup plus vertigineuse : qu’est-ce qui restera de nous ? La pierre ? Les livres ? Un parfum ? Une ombre ?

On continue cette balade céleste et l’on entre dans le musée. La Maison présente en ce moment Hugo et l’architecture — De la pierre à la plume, et l’on redécouvre encore le génie singulier de cet homme qui semblait savoir tout faire de ses mains. Écrire, bien sûr. Mais aussi dessiner, décorer, concevoir, transformer, sculpter, peindre… Les églises, les cathédrales, les châteaux, les ruines, les forteresses peuplent ses carnets de voyage autant que ses romans. Puis apparaissent les photos d’Hauteville House, sa demeure d’exil à Guernesey : son monument bâti loin de la France, traversé par l’absence et le deuil de sa fille Léopoldine, mais tout autant par la vie, nourri de tous les pays parcourus ou imaginés. Cette maison qui n’en est pas tout à fait une, un univers en soi, un lieu où l’on veut s’enfermer. Là, l’écrivain ne se contente plus de concevoir des espaces : il les construit. Décors, boiseries, meubles, miroirs, inscriptions… Il édifie une œuvre totale autour de lui. On ressort avec une sensation vertigineuse, embaumé de senteurs et d’encre.

Dessin de Victor Hugo

Dessin de Victor Hugo

 

le restaurant du Musée

Le café Papapa

 

Après les nourritures célestes, les terrestres. On poursuit en allant se régaler dans le tout nouveau café Papapa — « Papapa », c’est ainsi que les petits-enfants de Victor Hugo appelaient leur grand-père — installé au rez-de-chaussée qui prolonge Anankè jusque dans l’assiette. Aux quatre créations de Nathalie Lorson répondent des spécialités imaginées pour l’occasion : rillettes de maquereau et beurre fumé pour Nuage des Vivants, financier miso-vanille-sirop d’érable pour Miette Infinie, cheesecake et gelée d’agrumes pour Idéale Ivresse, et une eau infusée de menthe, algue, concombre, rhubarbe et basilic pour Éternelle Écume.

Hugo allait de la pierre à la plume ; Anankè poursuit la traversée de la pierre au parfum. Quel voyage, si proche, si loin !

 

Informations pratiques

Anankè — Paris Design Week
Maison Victor Hugo — 6, place des Vosges, Paris 4e
Installation de Lucas Huillet et Alexandre Helwani
Créations olfactives : Nathalie Lorson pour dsm-firmenich
Jusqu’au 20 septembre 2026
Installation accessible gratuitement.

Hugo et l’architecture — De la pierre à la plume
Maison Victor Hugo, jusqu’au 22 novembre 2026
Ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h ; dernière entrée à 17 h 15.
Pendant l’exposition, l’entrée au musée est exceptionnellement payante, collections permanentes comprises : 11 € plein tarif/9 € tarif réduit.

Papapa
Café au rez-de-chaussée de la Maison Victor Hugo, accès libre.

 

Anne Bourgeois 

 

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