Isabelle Sansonetti

Réflexions sur le bien vieillir et la médecine esthétique
l’interview d’Isabelle Sansonetti

par Arielle Granat

Journaliste beauté pendant plus de 20 ans au journal Elle, Isabelle Sansonetti est incollable sur les différentes techniques de médecine et chirurgie esthétiques.

Son dernier livre, j’y vais j’y vais pas ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la médecine et la chirurgie esthétiques  décrypte les traitements existants, le déroulé des interventions, leurs coûts ou comment trouver LE bon médecin.

Mais surtout, la journaliste nous donne son avis sur les différentes méthodes en fonction des avis récoltés par les médecins interrogés, et nous livre également quelques confidences.

Un livre guide, très clair, joliment illustré pas Soledad, qui parle aussi bien de regard fatigué, de fesses pas assez rebondies ou de peau terne, qui intéressera toutes les femmes qui se posent des questions sur la médecine esthétique.

On a rencontré Isabelle pour en savoir plus sur sa réflexion sur le bien vieillir et sur les femmes de 50 ans.

Isabelle que signifie pour vous, bien vieillir ?

Isabelle Sansonetti : Bien vieillir, je pense que c’est un tout. C’est aussi bien garder une activité (moi je suis très obnubilée par le mouvement), pas forcément un sport, mais aussi garder du mouvement dans sa vie. On est extrêmement sédentaire, or le corps est fait pour bouger et non pas pour rester assis 10 heures par jour.

C’est aussi continuer à avoir des projets, faire des choses qui nous plaisent, s’investir, avoir une vie sociale excitante ou qui donne matière à avoir le moral.

Sur le plan physique, cela dépend de chacun. Tout le monde n’a pas forcément les mêmes critères de ce que signifie le bien-vieillir passé 50 ans. Certains vont être obnubilés par leurs rides et tout faire pour s’en débarrasser, d’autres vont être assez tranquilles avec ça. Donc, il n’y a pas forcément de bonne routine, c’est quelque chose de très personnel. Mais en tout cas, c’est trouver son propre équilibre.

50 ans, c’est souvent un âge où l’on fait un bilan, parce que même si on ne l’a pas prévu, la société nous charge de nous rappeler que l’on n’a plus 20, 30 ou 40 ans. C’est souvent un âge où l’on mesure ce que l’on a fait avant et ce dont on a envie pour la suite.

C’est l’occasion de remettre un peu les choses à plat et de voir ce qui va participer à cet équilibre de vie, qui permet d’être bien avec soi-même et de continuer à avancer en se faisant plaisir.

isabelle sansonetti

En 20 ans vous avez vu évoluer les techniques de médecine et chirurgie esthétiques, ainsi que les demandes des femmes.
Comment ces demandes ont-elles changées ?

Quand j’ai commencé à traiter ces sujets pour ELLE, on en était à une médecine de rajeunissement. Les premières injections, c’était pour rajeunir. Aujourd’hui, on parle beaucoup de prévention. L’idée, ce serait de commencer plus jeune pour freiner le vieillissement. Moi, je ne suis pas forcément séduite par cette idée d’y aller de plus en plus tôt, car pour l’instant, on a du recul sur 20 ans d’injectables, notamment pour l’acide hyaluronique, mais si on commence à 18/20 ans, ça va donner quoi quand on aura fait 40 ans d’injections ?

En tout cas, en 20 ans, la médecine esthétique a beaucoup évolué. Quand j’ai commencé, on parlait surtout de chirurgie esthétique.

Les techniques ont évolué, on a essayé de trouver des alternatives à la chirurgie. Au lieu de faire du lipofilling pour restaurer les volumes d’un visage, on peut faire de l’acide hyaluronique, c’est quand même plus simple. La toxine botulique a révolutionné (je n’aime pas trop l’expression « technique révolutionnaire », mais en l’occurence c’est le cas !) la médecine esthétique. Ça a vraiment été une avancée spectaculaire, qui a quasiment éliminé le lifting du front et du sourcil. Avec le botox on peut lisser un front sans passer par le bistouri.

Il y a toutes ces techniques qui sont présentées comme des alternatives à la chirurgie, alors évidemment sans la même efficacité la plupart du temps (à part le botox) notamment pour ce qui touche au corps. Les techniques se développent, mais on n’arrive quand même pas à avoir la radicalité de la chirurgie. Il y a des techniques qui peuvent entretenir et freiner le vieillissement, mais qui n’auront pas les qualités du bistouri. Et tant mieux, en fait !

Il faut aussi rappeler que les injections doivent être faites par un médecin, et pas par quelqu’un qui fait ça dans son appartement avec les dégâts qu’on connait et que rapportent médecins ou chirurgiens.

Et aujourd’hui, quelles sont les demandes des femmes ? Avoir l’air naturel ?

Le naturel, je dis attention au mot qui est totalement galvaudé ! J’ai vu des avants/après de chirurgiens qui utilisent chacun le mot « naturel », avec des résultats qui vont en effet du naturel à ce que moi je considère comme étant too much ou trop. Mais là encore, je trouve que c’est une question de goût.

J’ai déjà interviewé des femmes qui me disaient « j’adore le résultat naturel » et qui avaient des pommettes saillantes.
Oui on veut du naturel, on veut que cela ne se voit pas, mais si cela ne se voit vraiment pas on est un peu déçu que notre copine ne nous dise rien… On est un peu ambivalente là dessus.

Globalement, en France, le naturel reste quand même la grande tendance. Les chirurgiens français sont d’ailleurs connus pour leur french touch. C’est à dire restaurer des traits assez juvéniles sans que le résultat ne saute aux yeux.

Est-ce que les spécialistes ont également modifié leur approche de la médecine ou de la chirurgie esthétique ?

Oui ! Déjà, les chirurgiens ont évolué et se sont mis à faire de la médecine esthétique, parce que nous les femmes, n’avons plus envie de techniques qui ne soient que chirurgicales. Et parce que nous n’avons plus le temps de rester 3 semaines chez nous après une opération.

Même si aujourd’hui les chirurgies se sont allégées, enfin, entre guillemets, car je n’aime pas utiliser ce terme d’allégement pour la chirurgie qui reste radicale avec des suites et des risques de complications, même si les chirurgiens esthétiques n’opèrent plus comme il y a 15 ans et les liftings sont plus « légers », donc les suites sont plus courtes.

Mais est-ce que les médecins esthétiques ont évolué dans leurs approches ?

Cela dépend des médecins esthétiques. Le problème, c’est que la médecine esthétique n’est toujours pas une spécialité. Donc, qui fait de la médecine esthétique ? Un généraliste, un dermato, un chirurgien, un ophtalmo pour le contour de l’oeil… ?

Après, globalement, les médecins ont évolué et sont beaucoup dans la prévention.  L’autre chose qui a évolué, c’est la notion d’émotion et des expressions du visage. Quand les injections sont arrivées, c’était pour combler une ride.

On ne voyait pas le visage dans sa globalité. Maintenant c’est une prise en charge plus globale, et notamment de la qualité de la peau. Les médecins sont plus branchés en cosmétiques qu’avant, et ils sont plus nombreux à considérer que le résultat va être plus harmonieux si on laisse un certain nombre d’expressions à la personne. Aujourd’hui, on parle même de rides positives. On sait que les rides de la patte d’oie sont des rides positives. Peu de médecins vont vous dire de les effacer complètement.

Isabelle Sansonetti

Comment savoir si on fait la bonne intervention ?

En principe, si on va voir un médecin en qui on a confiance et qu’on lui explique ce qui nous gêne dans notre visage, il va savoir sur le plan technique ce qu’il peut faire pour nous satisfaire. Alors la bonne intervention, c’est si on est satisfait après.

Pour en être sûr, il faut vraiment être sûr du médecin, c’est cela toute la complexité. On me demande souvent, mais on fait comment pour le choisir ? Selon moi, le bouche à oreille reste la meilleure solution.

Sinon, cela reste une quête, c’est important de prendre le temps. On peut demander à son médecin traitant, et maintenant il y a les réseaux sociaux. Aujourd’hui, beaucoup de médecins ont un compte Instagram et ça peut être révélateur de leurs goûts, de la façon dont ils considèrent leurs patients. Après la première consultation, il faut aussi se faire confiance. Si on ne sent pas le médecin que l’on consulte, il ne faut pas continuer avec lui. C’est souvent assez révélateur, si l’on sent qu’on est bousculé, qu’on n’a pas le temps de poser ses questions, qu’il a plus envie de nous prescrire un maximum de choses ou que l’on vient pour une chose et qu’il nous dit «Ah mais vous auriez besoin d’autres choses ».

Souvent, les femmes que j’interviewe disent je venais pour une chose et maintenant, il veut m’en faire 3 ou 4. Il y a plein d’indices comme ça qui font que ce n’est pas le bon pour vous.

Vous qui avez baigné dans cet univers depuis 20 ans, quelle est votre réflexion sur cette médecine ?

Je pense que ce sont des techniques, que ce soit la médecine ou la chirurgie esthétique, qui existent et qui peuvent vraiment aider à se sentir mieux dans sa peau.

Après, ce qui est compliqué, c’est de savoir quand on l’envisage, si on le fait vraiment pour soi, ou parce que l’on se sent obligé de le faire parce qu’on est une femme de tel âge, qu’on travaille dans tel milieu, parce que les copines l’ont fait et que l’on va se sentir obligé de le faire aussi… Il y a plein de questions à se poser.

En aucun cas, cela ne doit être ressenti comme un passage obligé. Il n’y a rien d’obligé, il n’y a rien d’urgent !

On peut très bien s’en passer, après, il y a vraiment des milieux où c’est très présent, d’autres où quand on aborde la question on nous regarde avec des grands yeux. Parce que cela n’a pas encore bonne presse non plus. Ça reste quand même tabou, malgré tout !

Pourquoi, selon vous, cela reste un sujet tabou ?

Parce que toucher à son corps reste un sujet tabou. Et puis, pour les femmes, quoi qu’on fasse, c’est critiqué : si on y va, on n’aurait pas du, c’est qu’on répond aux injonctions, qu’on a pas la volonté d’accepter de vieillir. Et si on y va pas, on se laisse aller, on n’est plus dans la séduction… Dans tous les cas, on a faux.

Depuis l’origine, c’est tabou. Il y a aussi peut-être cette peur de risquer quelque chose pour sa santé, de tomber dans un engrenage. Et puis, ce sont des procédures quand même coûteuses. Je pense aussi qu’il y a un jugement sur l’idée de dépenser des sommes faramineuses pour ça.

Il faut dire qu’au début, la médecine esthétique n’a pas fait tout ce qui fallait pour avoir bonne presse. Il y a eu des sacrés charlatans !

On a été des cobayes pendant longtemps. Pour la toxine botulique, il y avait des études, parce que c’est un médicament et que ça a d’abord été testé en thérapeutique. Sinon, avant il y avait peu d’études. Actuellement, c’est en train de changer car il y a une nouvelle réglementation qui est sortie en mai 2021, au niveau européen, pour exiger une étude avant une mise sur le marché.

Et comment voyez-vous l’avenir de la médecine esthétique ?

Ce qui peut évoluer c’est la recherche de méthodes vraiment efficaces, par exemple pour lifter. Et au niveau du corps, il y a aussi beaucoup de progrès à faire. Quand on vieillit, on ne se préoccupe plus seulement de son visage, mais aussi aussi de ses mains, de ses bras, de l’intérieur de ses cuisses…

Aujourd’hui, les techniques qui existent sont encore loin d’être satisfaisantes, et c’est cher pour un résultat pas toujours génial. Il y a encore une grande marge de développement pour les techniques qui concernent le corps.

Y a t’il des interventions esthétiques que vous refuseriez de faire ?

Il y a des procédures que je ne cautionne pas du tout. Notamment les fils tenseurs. Aucune étude ne prouve que le résultat perdure plus de 9 mois, je trouve que c’est très invasif.
En plus, il faut que le relâchement soit tellement minime que l’on peut se demander à quoi bon y aller.

De plus, on est quand même à la limite de la médecine et de la chirurgie.Après, toutes les techniques comme le lifting des bras ou des cuisses, restent des intervention où le résultat n’est jamais optimal.

Après 50 ans, y a t-il des interventions qui vous semblent indispensables ?

Non, il n’y a rien d’indispensable ! Je me demande si un jour je n’irais pas me faire un lifting cervico-facial, parce que le cou, c’est vrai, en parlant avec le copines, on se dit oh,tu as vu mon cou !

Mais peut-être aussi qu’un jour cette envie me passera. Parce que c’est ça qui est étonnant, on s’aperçoit qu’on focalise sur ce qu’on estime être une imperfection, un défaut et un jour, ça passe.  En fait, il faut savoir si on doit se précipiter dès qu’on a cette façon de se regarder et de se voir, ou est-ce qu’on est du genre à temporiser avec ces techniques.

Moi, je suis plutôt du genre à temporiser, mais aussi parce que le risque après, c’est de ne pas s’arrêter.

Ce qui me semble surtout primordial, c’est notre allure. Garder une belle allure, une fluidité de mouvement, une belle posture. Il vaut mieux ne pas faire grand-chose en médecine esthétique ou chirurgie, mais garder un beau port de tête, quelque chose d’élégant.

Et vous, vous faîtes quoi ?

Moi, j’ai fait quelques injections (acide hyaluronique et toxine botulique) et j’y retournerai sans doute, parce que c’est vrai que ça a un côté défatiguant. J’envisage de faire de la mésothérapie pour le cou, pour réhydrater et repulper en profondeur, pas pour lifter.

Pour le corps, j’envisage plutôt d’essayer de rester tonique et de continuer à bouger, faire du sport.

Et puis aussi, à nourrir la joie de vivre, à avoir des projets, on ne peut pas être uniquement sur son physique. C’est important, en tout cas pour moi ! Je ne peux pas ne m’en tenir qu’à mon physique. Parfois, j’essaie même de l’oublier, parce qu’effectivement il y a des matins où ce n’est pas la peine de rester trop longtemps devant son miroir, il faut passer à autre chose. Ça fait du bien aussi.

Pour finir, avez-vous des conseils beauté à livrer aux Boomeuses ?

Moi j’adore les crèmes. Je suis une grosse consommatrice de crèmes contour des yeux, pour le visage, pour le corps.
J’essaie de faire un masque par semaine. Mais mon truc, ce sont les massages du visage.

Je m’offre une à deux fois par an une cure de massage du visage. Si je pouvais, j’irais même tout l’année tellement c’est agréable et important pour garder une bonne tonicité à la peau.  On voit l’effet immédiatement, même si évidemment, il n’est pas durable.

J’aime bien aussi faire des cures de compléments alimentaires pour la peau, même s’il n’y a pas d’études qui définissent vraiment si c’est bon pour la peau, mais j’en fais plusieurs par an.

 

J’y vais, j’y vais pas ?
Isabelle Sansonetti, illustrations Soledad Bravi
18  €, Editions JC Lattès

@Olivier Roller

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