Brescia, le secret italien entre lac, vignes et antiquité

par Evelyne Dreyfus

Il y a les grandes stars italiennes. Venise, Florence, Rome. Et puis il y a les villes que l’on découvre presque par hasard. Celles que l’on quitte en se demandant pourquoi on ne les connaissait pas plus tôt. Brescia fait partie de celles-là.

 

À proximité du lac de Garde et de Milan, cette ville lombarde réunit tout ce qu’on aime en Italie. De vieilles pierres, de beaux paysages, des œuvres d’art à foison, des marchés animés. Et une cuisine saine et délicieuse. Brescia ne semble pas avoir été fabriquée pour les touristes, ce qui accroît son charme.

Lac de Garde, le plus grand lac d’Italie

Pour commencer ce voyage, direction Desenzano del Garda. La ville est posée au bord du plus grand lac d’Italie. Il ne faut pas longtemps pour entrer dans son rythme. On est tenté spontanément par une balade sur le port et sur sa longue promenade. Mais il faut aussi découvrir les petites rues animées. On déjeune léger. Et on profite de cette lumière particulière qui transforme les montagnes en décor de carte postale. Le soir, la vie nocturne reste tranquille et agréable. On s’installe en terrasse  À quelques kilomètres, Lonato réserve une belle surprise avec sa spectaculaire Rocca. Cette immense forteresse domine les collines et permet une vue magnifique sur le lac au loin. Il faut absolument y visiter la Casa del Podestà, ancienne demeure de particuliers On y retrouve une Italie intime, celle des anciennes demeures bourgeoises. Celle des meubles, des objets et des souvenirs qui racontent plusieurs siècles de vie.

Et puis, prendre le temps d’expérimenter le lac de Garde, le plus grand d’Italie et ses îles. La meilleure façon de le découvrir reste la navigation. Naviguer sur le lac est déjà un petit bonheur. La presqu’ïle de Sirmione mérite à elle seule une journée. Très touristique, certes, mais difficile de résister à son charme. Il faut voir son château, ses grottes, ses plages. Et prendre son temps. Après Sirmione, apparaît l’île de Salò. L’atmosphère y est élégante et paisible entre les inimitables façades colorées à l’italienne, les boutiques, les salons de thé et les terrasses d’innombrables cafés. Tout invite à ralentir. Rendue célèbre par le film subversif de Pier Paolo Pasolini, « Salò, les 120 Journées de Sodome », la commune reflète une image inverse, celle d’une ville bucolique, parfaite pour flâner et profiter de la douceur de vivre.

Puis la route s’enfonce dans les collines de Valtenesi. Nous voici au cœur de l’un des grands terroirs viticoles du lac de Garde. Une visite de domaine s’impose. Une dégustation aussi. Les vins locaux prennent une autre dimension lorsqu’on les goûte au milieu des vignes et des oliviers. Avec, en toile de fond, la luminosité si particulière du lac.

 

Brescia, la belle surprise

Puis vient Brescia. La ville compte un peu plus de 200 000 habitants. Elle est proche de plusieurs grandes villes italiennes. Bergame se trouve à environ 50 km. Vérone à 75-85 km. Crémone à une cinquantaine de kilomètres. Mantoue à environ 65 km. Et Milan à quelque 80 km. On pourrait donc passer à côté de Brescia. Ce serait dommage. Le samedi matin, le centre historique s’anime autour du marché aux puces de la Piazza della Vittoria à l’allure très mussolinienne. Toute proche, la charmante Piazza del Mercato avec ses arcades et son horloge astronomique s’impose avec un charme bien plus évident. Je me suis perdue dans les rues mais c’est souvent ainsi que les villes se révèlent le mieux. Je me suis retrouvée sur la Piazza della Loggia. Puis sur la Piazza Paolo VI et ses deux cathédrales. Petit à petit, une évidence apparaît. La ville, décidément, possède un patrimoine étonnamment riche.

 

C’est que Brescia fut autrefois Brixia, une importante cité romaine. Dans le parc archéologique, le passé surgit au milieu de la ville moderne. Temples, théâtre, mosaïques et fresques sont encore là. Certains vestiges sont d’une beauté saisissante.

Après une délicieuse pause déjeuner, changement d’atmosphère avec la Pinacoteca Tosio Martinengo. On y découvre une autre facette de Brescia. La peinture, l’élégance des palais, les grands maîtres de l’art italien. Privilège devenu rare : on peut encore profiter de ce patrimoine à l’abri du surtourisme.

Perle culturelle : le musée Santa Giulia

Pour terminer le séjour, difficile de faire mieux que le musée Santa Giulia. C’est le genre de lieu qui laisse une empreinte. On en ressort avec, dans les yeux, ce goût inné et pluriséculaire de la beauté qui semble appartenir à l’Italie. Le musée est installé dans un ancien monastère. Ouvert seulement depuis 1998, il traverse pourtant plus de mille ans d’histoire. De l’Antiquité à la Renaissance, le parcours est exceptionnel. Les mosaïques romaines côtoient les vestiges lombards. Les églises couvertes de fresques magnifiques complètent ce voyage dans le temps. Le musée Santa Giulia est l’un des grands trésors de Brescia. Emblématique de la ville, la statue de la Victoire Ailée occupe une salle à elle seule. C’est une magnifique sculpture romaine devenue l’un des symboles de Brescia. Une copie en bronze est également visible au musée du Louvre à Paris.

 

lac de garde

L’esprit italien dans les rues

Rien ne vaut de déambuler à son rythme dans la ville pour mieux la saisir. On y retrouve une élégante tonalité vénitienne, provenant des près de quatre siècles durant lesquels Brescia a fait partie de la République de Venise.Palazzi, places et détails architecturaux plongent facilement le visiteur dans cette ambiance vénitienne. La région de Brescia est riche. Pendant longtemps, elle a surtout été considérée comme une terre industrielle. Aujourd’hui, elle révèle d’autres plaisirs. Le café, comme souvent en Italie, y est élevé au rang de religion. Les glaces aussi. L’accueil est particulièrement sympathique. Les habitants ont toutefois leurs petites règles. Sachez que le cappuccino, c’est le matin. Si vous en commandez un l’après-midi, vous êtes, à coup sûr, un touriste. Autre règle, plus vestimentaire celle-là : même si c’est confortable, mieux vaut éviter les chaussettes dans les sandales. Côté élégance, l’Italie a ses limites.

Plus sérieusement, il faut regarder ses pieds à Brescia. 441 plaques rondes porteuses de noms sont installées dans les rues. Elles forment un étonnant mémorial aux victimes du terrorisme et de la violence politique. Elles rendent notamment hommage aux huit personnes tuées et aux plus de cent personnes blessées lors de l’attentat de la Piazza della Loggia, le 28 mai 1974. Le parcours s’est depuis élargi aux victimes d’attentats en Italie et dans le monde. C’est une mémoire discrète, inscrite directement dans la ville.

Et pour rapporter un peu d’Italie chez soi, les amateurs de décoration pourront pousser la porte de Happy Casa et de Kasanova dans la région. À une vingtaine de kilomètres de Brescia, le Franciacorta Designer Village, à Rodengo Saiano, offre une véritable escapade shopping. Une dernière façon de prolonger le voyage.

Car c’est peut-être cela, finalement, le charme de Brescia : on y vient pour découvrir une ville. On en repart avec l’impression d’avoir découvert une Italie plus intime.

Les adresses du voyage

Où dormir ?

Park Hotel — Desenzano del Garda
Installé sur le lungolago, en plein cœur de Desenzano, le Park Hotel est une adresse élégante et chaleureuse, où l’on retrouve cette atmosphère très particulière des hôtels historiques du lac de Garde. Compter environ 120 à 200 € la chambre double par nuit, selon la période et la catégorie de chambre.

Hotel Ambasciatori Brescia — Brescia
Un hôtel quatre étoiles à l’esprit plus classique, situé à proximité du centre historique de Brescia. Une adresse confortable pour rayonner à pied vers les principaux monuments de la ville. Les tarifs observés tournent autour de 100 à 170 € pour une chambre double, petit déjeuner compris selon les offres.

Où dîner ?

Gattolardo — Desenzano del Garda
Budget : environ 20 à 40 € par personne, hors vins.
Une adresse sans chichis dans le centre de Desenzano, où l’on vient pour une cuisine italienne généreuse qui fait la part belle aux poissons, fruits de mer, spécialités lombardes et pizzas. Le cadre est chaleureux et animé, davantage celui d’une bonne adresse locale que d’un restaurant sophistiqué.

Ristorante Nineteen – 19 — Brescia
Budget : environ 40 à 60 € par personne, hors vins.
Le Nineteen apporte une tonalité plus contemporaine. La cuisine est particulièrement séduisante pour les amateurs de poissons et de produits de la mer. Les prix actuels donnent une bonne idée du niveau de l’établissement : entrées autour de 22 à 32 €, premiers plats de 18 à 28 €, poissons et viandes généralement de 22 à 32 €, avec quelques plats plus ambitieux. Un menu déjeuner est proposé à 29 €. 

Trattoria Porteri — Brescia *
Budget : environ 40 à 60 € par personne, hors vins.
C’est l’adresse la plus incontournable. Porteri est une institution familiale, née autour d’une boucherie-charcuterie dont l’histoire remonte à 1875. On y mange dans un décor plein de mémoire, entre pierres anciennes, souvenirs de famille et atmosphère de maison bresciane. Dans l’assiette, on retrouve une cuisine profondément attachée au terroir.

 

Evelyne Dreyfus

 

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