Le printemps, cette sève qui monte. Après les glacis et les giboulées, le voilà enfin, ce soleil qui se faufile doucement entre les jeunes bourgeons, cette brise qui nous apporte les premières fleurs, cette douceur suspendue avant la morsure de l’été. Sélection de sept parfums coups de cœur pour célébrer, jour après jour, ce qui pousse, toutes ces exhalaisons qui s’élèvent de la terre et ravissent notre nez.
Jardin originel
Une envie soudaine de verdure nous saisit, loin du macadam parisien ; on file vers un verger de Normandie, prendre un grand bol d’air acidulé. Les pommiers sont en fleur, et, dans cet enclos foisonnant de violette, de chèvrefeuille et de magnolia, on aime marcher dans une herbe qui respire la terre remuée, où affleurent déjà les tiges de rhubarbe, croquantes, une pomme verte à la main que l’on mord à belles dents. Composé par Patrice Revillard (Maelstrom), ce flash de fraîcheur nous ramène au naturel, à une forme de pureté que l’on trouve dans l’ADN de la maison Poécile : blé bio, plus de 87 % d’ingrédients naturels, rien que l’essentiel. Un joli voyage qui laisse son empreinte sur la peau, longtemps après avoir retrouvé le bitume.
Notes de tête : Pomme, Feuille de violette, Rhubarbe
Notes de cœur : Bois de pommier, Chèvrefeuille, Magnolia
Notes de fond : Vétiver, Mousse de chêne
Poécile, Eau de parfum : 72 € le 50 ml.
Clélie
On en rêve, de cette poignée de cerises juteuses qui annonce le retour de l’été, pas encore tout à fait là. Clélie, composée par Emna Doghri (Floralys Fragrances) pour Folia Paris — jeune maison engagée aux flacons rechargeables, coiffés de capots en pierre calcaire, qui a adopté une chimie verte et un Indice Naturel & Responsable — emprunte son nom à un roman de Madeleine de Scudéry, précieuse du XVIIe siècle, qui dessina la fameuse Carte du Tendre… Et si en tête la cerise éclate comme un matin de juin, emportée par un accord kirsch gourmand et impertinent, c’est au cœur que la tendresse se love — pistache croquante, amande veloutée. Puis vient, dans la langueur d’une fin d’après-midi, une chaleur qui s’attarde : fève tonka, vanille, benjoin. L’été en embuscade.
Notes de tête : Accord Kirsch, Cerise
Notes de cœur : Pistache, Amande
Notes de fond : Fève Tonka, Vanille, Benjoin
Folia Paris, Eau de parfum, 95 € , le 50 ml.
Divine, l’été, clair d’iris
L’iris au petit matin, quand la rosée pose ses perles sur le rhizome et que la lumière hésite entre nuit et jour — c’est cette heure fragile que Clair d’Iris capture. Divine, l’une des premières maisons de niche françaises, créée il y a plus de trente ans à Dinard par Yvon Mouchel, s’inscrit dans cette lignée de notre parfumerie, élégante, authentique et fidèle à elle-même. Céline Mouchel, aux côtés de son père, évoque avec lui une nouvelle façon d’interpréter l’iris — plus fraîche, plus limpide. Ils s’y attellent et, avec Serge de Oliveira (Robertet), revisitent l’âme de la matière dans toute sa délicatesse : une variation vivifiante et verte, une pulsation lumineuse, un art de la joie. Les agrumes ouvrent le bal, adoucis par la camomille, et accompagnent au cœur l’iris, couronné de tilleul et de feuilles de violette — poudré d’un voile de miel opalescent. Puis la mousse, le musc et le vétiver d’Uruguay signent un sillage caressant qui reste sur la peau, secret, intime.
Notes de tête : Bergamote, Cédrat, Petit grain citronnier, Camomille romaine
Notes de cœur : Tilleul, Beurre d’iris, Feuilles de violette
Notes de fond : Musc blanc, Mousse, Vétiver d’Uruguay
Divine, Eau de parfum — Édition limitée, vaporisateur ressourçable : 155 € le 100 ml.
Châtiment
« Qui bene amat bene castigat » — qui aime bien châtie bien. Drôle de nom pour un parfum, et pourtant tout s’éclaire à la lumière de la Bible : l’Éternel châtie celui qu’il aime, comme un père l’enfant qu’il chérit. Châtiment, composé par Camille Leguay (Cinquième Sens) pour Élixir Privé, est signé d’une maison singulière — dirigée artistiquement par David Kopp, qui a fait de l’olfaction sa première vision du monde : sentir avec les yeux pour voir avec le nez. Place à la démesure dans cet ambré floral majestueux, surdosé, qui nous fouette d’une grenade explosive, première éclosion du printemps, escortée d’agrumes d’Italie — bergamote, orange bigarade, citron — vifs, tranchants. Le cœur s’arrondit, se fait plus caressant : la fleur d’oranger déploie son opulence, le velours de pêche s’installe, une pointe de muscade vient épicer l’ensemble. Puis vient le fond, pour nous réconforter — la vanille suave, le patchouli tellurique, le benjoin résineux, le labdanum comme une grâce. Un jus qui marque la peau de son onction.
Notes de tête : Grenade, Bergamote, Orange bigarade, Citron
Notes de cœur : Fleur d’oranger, Velours de pêche, Noix de muscade
Notes de fond : Vanille, Patchouli, Muscs blancs, Labdanum, Benjoin
Élixir Privé, Eau de parfum, 125 € le 100 ml.
Blanc de Chine
Il est de ces matins de printemps, où le soleil est déjà sous nos paupières, presque ciselant. Blanc de Chine, signé Patrice Revillard pour Parfumeurs du Monde — une maison qui compose ses parfums uniquement à partir de matières premières 100 % naturelles et huiles essentielles, absolues, – est un gardénia qui ne se nomme pas, mais nous suffoque de toute son opulence solaire et pleine. La sauge et l’Osmanthus portent vers nous un cœur qui s’épanche sans retenue en cascade : ylang-ylang, jasmin, fleur d’oranger pour s’alanguir tout en délicatesse dans un fond baumé. Un souffle de pureté qui embrasse la peau et ne la lâche plus de la journée, tant ces matières sont vivantes, et se fondent en nous au fil des heures.
Notes de tête : Sauge, Osmanthus
Notes de cœur : Ylang-ylang, Jasmin, Fleur d’oranger
Notes de fond : Santal, Benjoin, Opoponax, Styrax
Parfumeurs du Monde, Eau de parfum : 145 € le 50 ml.
Cocon de nuit
Le printemps a aussi ses nuits, ces premières ombres douces où, par la fenêtre ouverte, le jasmin se glisse sans prévenir. Cocon de nuit, composé par Suzy Le Helley (Symrise) pour Dans le Noir — une maison singulière qui crée dans l’obscurité totale avec des experts déficients visuels, dont Tiffany Kendziolka, spécialiste sensorielle malvoyante — naît de cette heure-là. Un bouquet des plus belles fleurs blanches de la planète bleue : tubéreuse d’Inde, jasmin d’Égypte, osmanthus de Chine, ylang-ylang de Madagascar, fleur d’oranger du Maroc — nous enivre, un tourbillon de puissance et de sensualité que le safran et le petitgrain viennent saisir dès l’envol. Puis l’accord fourrure déploie sa facette animale, lascive, sur ce bouquet narcotique — patchouli, osmanthus — et frotte à la peau comme une étreinte.
Notes de tête : Safran, Bergamote, Petitgrain
Notes de cœur : Jasmin, Tubéreuse, Fleur d’oranger, Ylang ylang
Notes de fond : Osmanthus, Patchouli, Accord fourrure
Dans le Noir, Eau de parfum : 69 € le 30 ml.
Impadia Parfum pour cheveux
Le printemps a aussi ses matins de brume — ces heures suspendues où les roses s’ouvrent dans l’humide. C’est cet instant que Jordi Fernandez (Givaudan) a saisi pour prolonger la senteur originelle de BDK Parfums en parfum de cheveux. Restait à inventer le geste juste pour que cette brume demeure — non plus sur la peau, mais dans le mouvement des boucles. Ce floral fruité gourmand — juteux, pétillant, acidulé — enveloppe la chevelure d’une rose lumineuse, gorgée de mandarine et de poire, que la vanille arrondit et qu’un Akigalawood boisé, légèrement poivré, vient ancrer : un sillage charnel, plus texturé qu’un simple nuage sucré, qui vous suit au cadran de la montre. Baudelaire l’avait pressenti : « Ô toison, moutonnant jusque sur l’encolure ! Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir ! Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir. »
Notes de tête : Mandarine, Bergamote, Accord poire
Notes de cœur : Rose, Fleur d’oranger
Notes de fond : Vanille, Accord praliné, Akigalawood
BDK Parfums, Parfum cheveux : 58 € le 50 ml
Anne Bourgeois
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