appel manqué

Appel manqué de Carole Fives

par Minou Azoulai

Allo…ma fille… bobo… pourrait être le sous-titre d’Appel manqué de Carole Fives, ce roman surprenant, structuré comme une liste d’appels manqués.

Une mère et grand-mère de 73 ans qui appelle sa fille pour lui raconter sa journée, son cœur, ses rêves, ses reproches, ses humiliations, ses joies, ses colères, ou la chaudière qui tombe en panne. Son petit chien Bistouri, ses voisines, son ex-mari, le dernier discours de Macron, sa toute petite retraite qui ne la fait pas vivre et qui lui donne envie de pleurer… mais aussi ses colocataires lesbiennes et « agenres », sa grande copine Colette avec qui elle aime prendre des cafés, se faire des petits goûters, ou se promener en voiture, mais qui finit par vivre sous l’emprise de sa propre fille.

Au passage, cette Charlène bipolaire avoue sur le même ton guilleret, ou vindicatif, les agressions sexuelles infligées par son père-médecin, puis l’un de ses amis, quand elle était adolescente. Un appel manqué resté à jamais sans réponse.

Elle dit aussi son passage aux urgences quand ses jambes ont lâché, pendant qu’elle étendait son linge. Un AVC ? Non, finalement un AIT (accident ischémique provisoire) sans séquelles. Sauvée par le gong ou plutôt par ses insupportables colocataires, finalement bien sympathiques.

Appel manqué, un roman surprenant

Cette mamie pourrait être vous, moi, l’une de nos mères qui vit ailleurs que dans une grande ville. Elle est drôle quand elle reproche à Carole sa fille d’écrire des romans sur l’art et pas sur elle…Quand elle lui demande de lui filer des points pour son permis de conduire alors qu’elle s’est fait flasher pour excès de vitesse. Elle râle après l’Education Nationale, qui impose à son écolier de petit-fils l’école en visio, pendant le Covid, ce qui rendra tous les enfants obèses à force de rester vissés à leur chaise. Elle déteste son petit-fils, oh pas longtemps, qui préfère la télé aux jeux de cartes avec elle.

Le roman avance par petites touches. On passe d’une époque révolue à notre société en mutation. D’une récrimination à une situation cocasse, de la tristesse d’une femme esseulée face à sa progéniture qui vit sa vie, à une remarque naïve ou hilarante.

On devine de temps en temps les réponses muettes de la fille, l’autrice. On l’imagine rire aux propos de sa mère foutraque. Rire ou pleurer, lever les yeux au ciel ou lui balancer des insultes qu’elle n’entend pas.
C’est touchant, c’est charmant, mélancolique et drôle à la fois.

Nous sommes bien ancrées dans cette suite d’appels manqués tels des monologues, ceux de notre propre mère, peut-être les nôtres aussi. Miroirs de notre époque, où tout le monde parle, fulmine, sans vraiment s’écouter.

 

Appel manqué de Carole Fives
Editions. L’arbalète Gallimard

 

Minou Azoulai

Lire aussi : allo Allo ma fille, bobo

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