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Tchéquie, à la découverte
du patrimoine juif

par Evelyne Dreyfus

Cinq jours pour découvrir la Tchéquie sous un angle particulier mais symbolique, celui de l’important patrimoine juif de ce pays, permettant au gré des villes visitées, une immersion dans la vie quotidienne du peuple tchèque.

Il y a de nombreuses et diverses façons de visiter le riche patrimoine tchèque. Celle que nous avons choisie avec l’aide de Czech Tourism en France nous a replongés dans une ambiance délicieusement « Mitteleuropa ».

Un prolongement de ce qui fut l’empire des Habsbourg dont le pays a longtemps fait partie. Avec pour trame ce chaînon manquant dans tous ces vastes territoires : l’apport des communautés juives très acculturées malgré la traversée houleuse des siècles et dont reste leur apport fondateur de courants littéraires, musicaux, architecturaux, industriels et quelques monuments remarquables qui survivent à leurs inspirateurs massivement déportés.

De Bohème en Moravie, la Tchéquie porte trace du brillant centre culturel que fut l’Europe Centrale de la grande époque. Mais aussi des cicatrices profondes laissées par les années sous régime soviétique.

Insolite Pilsen

Mon périple, guidé par l’office tchèque du tourisme en France, a commencé dans l’Ouest du pays à Pilsen. Un nom connu mondialement (la brasserie éponyme y fait figure de Tour Eiffel de la ville) pour une ville méconnue. Si la célébrissime brasserie Pilsen Urquell mérite la visite, le reste de la cité d’environ 173 000 habitants vaut d’être visitée pour son urbanisme romantique fait de nombreux parcs et jardins et de cours d’eau. Le cœur de ville, avec ses maisons anciennes autour de la cathédrale, a beaucoup de caractère.

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On tient, ici, à rappeler que ce sont les soldats américains du général Patton qui ont été les libérateurs et non l’armée russe comme ce fut enseigné dans les écoles. D’où ce monument géant et comme contestataire, dédié au général américain où est gravé « Thank you America ». Evidemment il date d’après «l’ancien régime » comme on dit ici, soit après le communisme.

La grande synagogue de la ville y est une attraction majeure. Avec ses deux tours à bulbes rouges, elle est la deuxième plus grande d’Europe. Bâtie entre 1888 et 1893, c’est sa taille (57m de long et 18 de haut) qui l’a sauvée de la destruction : les nazis en avaient fait leur magasin d’uniformes. Entièrement restaurée depuis avril 2022, elle sert aujourd’hui à la fois de lieu de culte et de salle de concert. Une autre synagogue, plus petite et plus ancienne vient d’être restaurée elle aussi et sert de lieu culturel.

Pour le reste, à Pilsen, suivez un des guides car la bière est loin d’être son unique attrait. Elle recèle des lieux insolites. A toute heure le long de la façade de la cathédrale on peut voir des personnes poser longuement la main sur les têtes d’anges forgées dans une grille. Ce sont des angelots auxquels les habitants prêtent des vertus bénéfiques. Ils en prennent soin au point qu’on leur avait même posé des masques anti-Covid ou des cache-nez, l’hiver, pour les protéger du froid. A Pilsen, on croit aussi inconditionnellement aux vertus de la bière. Vous pouvez ainsi prendre rendez-vous dans un tout nouveau SPA pour vous plonger dans un bain de bière et tirer vous-même, à volonté, la bière pression sur le guéridon attenant avant de vous reposer sur un lit de foin. A ne pas manquer non plus (uniquement sur rendez-vous à l’office de tourisme) la visite du superbe appartement entièrement meublé d’Adolf Loos, architecte majeur du début du XXème siècle.

Prague, la magnifique

Poursuivons par le joyau de la couronne qu’est incontestablement Prague, si grande, si difficile à décrire tant il y aurait à dire. On peut y déambuler jour et nuit sans jamais de lasser. C’est une ville à l’architecture d’une beauté saisissante. Une ville musique (Mozart y a créé son Don Giovanni…). Un concert à Prague est jubilatoire.

Vous pouvez même n’y consacrer qu’une heure lors d’un court-séjour dans l’éclatante chapelle baroque des Miroirs du Collège des Jésuites, lequel abrite aussi une somptueuse bibliothèque du 18ème siècle. Prague, c’est la ville de Franz Kafka, symbole tchèque par excellence puisque ce génie littéraire était, à la fois, profondément tchèque, de confession juive et écrivait en allemand. Les gens de culture de toute nationalité ont adoré Prague de Goethe à Apollinaire, d’Eluard à Camus et tant d’autres. Ses innombrables clochers visibles de partout, le célèbre Pont Charles enjambant la Vltava ou Moldau restent un enchantement. A l’angle de la rue où se situait la maison natale de Kafka commence Josefov, l’ancienne ville juive qui attire d’innombrables touristes.

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Autrefois ghetto, le quartier a été entièrement transformé au début du XXème siècle par l’élargissement des rues et la construction de magnifiques édifices art nouveau. D’imposantes synagogues, parmi lesquelles la synagogue espagnole et plus à l’écart, la synagogue Jérusalem, de type mauresque mais stylisée art nouveau. Certaines d’entre elles sont encore en fonction quand d’autres sont devenues musées mais toutes se visitent. La plus ancienne d’entre elles dite « Vielle-Nouvelle» fut érigée en 1270. Selon la légende le rabbi Loev qui y officiait au 17ème siècle avait, dans son grenier, donné vie à un personnage d’argile, le Golem dont la légende traverse les siècles. Ce rabbin a doublement marqué Prague par son érudition, au point que l’Empereur dit-on, était venu à sa rencontre dans le ghetto avant de l’inviter, par la suite, à venir discuter de Kabale avec lui dans son palais. La statue géante du vieux sage figure aujourd’hui sur l’une des façades de l’hôtel de ville.

A visiter également, le plus vieux et bouleversant cimetière juif d’Europe et ses pierres tombales enchevêtrées (la plus ancienne datant du 15ème siècle), derrière la synagogue Pinkas de style gothique et datant de 1535.

Prague, au centre de la Bohème, est une ville géante qui demanderait une semaine de séjour pour y découvrir ne serait-ce que l’essentiel. Qui dit bohème dit aussi cristalleries. On trouve beaucoup de boutiques en ville mais je vous recommande une expérience enthousiasmante. Faites une escapade dans les environs de Prague à Nizbor pour découvrir l’art des verriers à la cristallerie Rückl. On y voit se créer, à partir de boules de feu, les vases, verres ou lampes en cristal de Bohème. On peut aussi s’y essayer à graver soi-même son verre et l’emporter en souvenir.

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Au Sud, la Moravie

Reprenons la route, ou plutôt, me concernant, le train en direction de Brno, deuxième ville du pays située dans la région de Moravie au Sud du Pays. Le nom ne vous parle pas ? Pourtant, au sortir de la ville se trouve l’un des champs de bataille les plus célèbres, celui de la bataille dite des trois empereurs : Austerlitz.

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Un mémorial y est dédié à celui qui, lors de cette victoire n’était empereur des Français que depuis un an : Napoléon. Chaque année, l’hiver, une reconstitution, en costumes d’époque s’y déroule. Brno est une coquette ville de 400 000 habitants où l’on trouve aussi trace d’une communauté juive florissante. Une synagogue de style puriste construite par Otto Eisler est toujours en fonction pour les quelque 400 membres constituant la communauté d’aujourd’hui. Mais ce qui fait l’admiration des visiteurs ce sont les chefs d’œuvre d’architecture années 1920/30 de villas construites pour de grands industriels juifs qui ont dû tout abandonner pour tenter de sauver leurs vies. Ces villas se visitent uniquement avec des guides mais leurs jardins et leur architecture tant extérieure qu’intérieure sont d’un raffinement et d’un confort qui émerveillent.

La fin de mon itinérance tchèque aboutit dans la pittoresque petite cité de Trebic, tout au Sud, a quelque 150 km de Vienne. On est tenté de dire « last but not least » tant la découverte est inattendue. L’Unesco a mis sa main protectrice sur la ville. La totalité de l’ancien quartier juif et son cimetière ont été inscrits, pour leur importance culturelle et historique sur la liste du patrimoine mondial et naturel de l’Unesco en tant que premier monument du judaïsme situé hors du territoire d’Israël.

Tout comme est classée l’imposante basilique Saint Prokop dominant Trebic, dans son style mêlant le gothique et le roman. Victime comme toutes les autres villes des déportations massives, la vie juive qui remontait au 14ème siècle et a connu son apogée au 17ème, s’est éteinte depuis la guerre. Une jeune guide francophone a eu l’idée de réanimer, à sa façon, ce quartier aux maisons sauvegardées et classées. Michaela Krpalkova (www.poznejtrebic.cz) emmène ses visiteurs à travers les charmantes ruelles perpendiculaires à la rivière Jihlava. Elle les emmène, en un premier temps, voir une très belle et émouvante ancienne synagogue du 17ème siècle, récemment restaurée, avec ses murs couverts de textes liturgiques en hébreu et ses peintures au plafond.

On trouve aussi à Trebic, le mémorial d’Antonin Kalina, originaire de la ville, qui sauva près de 900 enfants juifs du camp de Buchenwald. Mais Michaela a voulu rendre vivants des souvenirs enfouis. Alors elle vous emmène à la boulangerie et vous y invite à confectionner des pâtisseries traditionnelles dont les recettes ont été confiées par la dernière survivante juive de la ville décédée il y a trois ans. Dans certains restaurants, souvent pleins de charme, on peut aussi, sur commande, déguster des plats typiques qui se concoctaient dans les cuisines des familles aujourd’hui disparues. Une jolie transmission qui vous permet, en outre, de partir avec votre propre production pâtissière.

Bien sûr, la Tchéquie ce n’est pas que de la nostalgie. Les villes sont très animées voire branchées. C’est un des pays où la présence ponctuelle d’un guide vous fera découvrir des secrets qui ne se perçoivent pas depuis la rue. Beaucoup d’indications ne figurent qu’en langue tchèque et la population, globalement, parle assez peu les langues étrangères. Préparez votre découverte et nul doute : vous serez comblés.

EN PRATIQUE :

Où et quoi manger ? : il y en a pour tous les goûts mais étonnement beaucoup plus de bons restaurants italiens, vietnamiens ou américains qu’authentiquement tchèque. Une cuisine roborative traditionnelle où l’on trouve goulasch, pommes de terre, pâtisseries assez semblables à celles d’Autriche, petit à petit remplacée par des cuisines du monde. On peut être surpris de croiser de si nombreuses boutiques proposant de généreuses glaces.

La bière : le paradis pour les amateurs. On en boit partout et à toute heure dans tout le pays

Hôtellerie : on trouve des hôtels de tous niveaux, confortables et toujours propres et aussi des hôtels de charme prisés des Français à des prix inférieurs à ceux que nous connaissons en France

Que rapporter ? : en Tchéquie on travaille beaucoup le bois ainsi que le verre. En version traditionnelle très décorée ou plus contemporaine, les cristaux de Bohême restent un must

Art de vivre : en Tchéquie, on ne traverse pas sans avoir le feu vert. On ne jette pas non plus le moindre papier ou mégot par terre : un passant vous ferait remarquer très vite qu’une poubelle se trouve cinq mètres plus loin

INFOS TOURISME :

www.visitpilsen.eu

www.praguecitytourism.cz

www.vysociantoujrism.cz

Pour toute information en France : www.visitczechrepublic.com,  czechtourism et https://www.gotobrno.cz/en/

Evelyne Dreyfus
Photos Eric Beracassat

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