Commençons par le commencement…Le Japon, ce « pays d’où vient le soleil », situé le plus à l’est de nos continents, se nomme aussi « Nippon », soit « origine du soleil ».
Cette jolie métaphore a depuis longtemps nourri mon imaginaire et mon envie de découvrir cette île de 124 millions d’habitants.
Alors j’y suis allée, avec dans la tête quelques mots-clés : raffinement, thés, centenaires. Fukushima… Surpopulation. Geishas. Mangas. Mafias. Hiroshima. Etc. Des mots-clés oui, et des scènes de films-cultes, de Lost in translation (Sofia Coppola) à L’Empire des sens (Nagisa Oshima) ou encore Madame Butterfly (Frédéric Mitterrand), Mémoires d’une geisha (Rob Marshall). Autant d’images et de sons propices à une grande évasion sensuelle et intellectuelle.
Il est évident que l’expression « entre tradition et modernité », pourtant si galvaudée, sied parfaitement à ce pays.
Pour être claire, faute de temps, je n’ai pas rencontré de mafieux, ni visité Fukushima, ni Hiroshima. Et très peu de centenaires, ils sont plus ruraux que citadins.
Cette île immense surprend, fascine, mais elle reste lointaine et mérite bien plus qu’un séjour touristique
J’ai vite compris que le Japon c’est comme une langue étrangère, hermétique pour la majorité des touristes. Il faut pénétrer ses mœurs et sa longue histoire pour la parler. Autrement dit les échanges, sur place, sont minimalistes. A peine quelques mots d’anglais, à peine quelques panneaux traduits dans les espaces publics. A vous de vous débrouiller en langue des signes, ou avec une appli de traduction téléchargée sur votre smartphone, greffé à la main.
Oh, cela ne les empêche pas d’être courtois, serviables et souriants. De rester au service du client, mais sûr qu’on ne refera pas le monde ensemble. L’étranger est toléré, bien traité, s’il s’accommode de leurs codes, par ailleurs simples et efficaces dans la vie quotidienne.
le Japon : sécurité, propreté, densité
La sécurité est indéniable, aucune méfiance, aucune crainte nulle part. Tiens, vous pouvez laisser votre sac sur une table, aller chercher un café ou un plat au comptoir, et revenir tranquillement à votre place, sans que rien n’ait bougé ou disparu. Surprise ! Il arrive aussi qu’après commande, un robot vous apporte votre plat !
Partout la propreté est frappante, voire maniaque, quelle que soit la ville ou le bord de rivière où vous vous promenez. Pas un brin de papier par terre, pas de traces de poussière dans les lieux publics fermés. Vous ne trouverez que de très rares poubelles sur les trottoirs, et vous ne saurez que faire d’un ticket de caisse ou d’un sachet vide. Un peu comme si la ville s’auto-nettoyait en permanence. D’où ces nombreux passants qui tiennent un petit sac de papier à la main, qu’ils videront chez eux. Les Japonais en font presque une devise de savoir-vivre : chacun ramène ses déchets chez soi, il n’a pas à polluer les autres.
Je me souviens d’avoir été étourdie par Tokyo. Ses 44 millions d’habitants, ses panneaux-vidéos publicitaires qui clignotent et s’agitent en continu sur presque tous les immeubles de la ville. Une capitale trépidante, qui nous emporte dans son tsunami de lumières, de sons, de passants traversant d’un même pas pressé et réglé, quatre passages cloutés géants eu cœur du quartier de Shibuya. Gare à celle ou celui qui ne respecte pas les feux, aussitôt dardé par des centaines de regards désapprobateurs !

Osaka,Japan – January 30 2018:Tsutenkaku and Shin Sekai is tourist spot of Osaka in Japan
Rassurez-vous, on peut aussi apprécier des quartiers plus calmes pour un shopping tranquille. Ou se promener au bord du fleuve Sumida où surgit la Sky Tree et la sculpture « Flamme d’or d’Asahi » de Philippe Starck. Emprunter la longue allée d’échoppes qui conduit au sanctuaire Asakusa et au temple Sensoji. L’artisanat y est roi…Le touriste aussi, face à un choix inouï de baguettes…ou de faux ongles qui vont jusqu’à tapisser les murs de la boutique, et que les jeunes filles adorent.
A propos de mode, les Japonais, s’habillent « zen ». A l’image de l’Uniqlo qui fleurit partout dans le monde, les tenues sont confortables : pantalons larges, tee-shirts ou sweat, chemises amples, chaussures plates ou baskets, beaucoup de noir ou de blanc, de tons sobres et passe-partout. Chic et fonctionnel.
Quartiers de nuits à Tokyo, où de la terrasse de l’hôtel Gracery surgit la grande gueule de Godzilla. Elle domine une vaste place que les noctambules occupent ou traversent pour aller vers les clubs de jeunes strip-teaseuses ou strip-teaseurs, dans un karaoké, ou tout simplement dans l’un des centaines de petits restos qui longent les ruelles alentour. Et là il se déroule un drôle de rituel… A midi d’abord, puis à 19 heures, de longues files de jeunes filles se forment devant les établissements ou au milieu de la chaussée, histoire d’attirer les clients dans des tenues d’ingénues (plus ou moins dénudées) toutes excentriques ou affriolantes. Elles racolent les dîneurs avec des pancartes…Et, dit-on, plus si affinités !
Quartier de nuit encore près de la gare de Shinjuku : Omoide Yokocho, où l’on s’attable sur la chaussée ou sur un tout petit bout de trottoir.
D’un univers à l’autre
C’est ainsi que d’un trottoir à l’autre, vous pouvez basculer du monde des mangas, incarné par des jeunes hommes peroxydés et des filles en jupes d’écolières prêtes à faire les quatre cent coups, au monde feutré et mystérieux des maisons en bois de samouraïs.
Entre temps vous croiserez les innombrables boutiques de jeux-vidéos, ou de machines à gagner des centaines de petits personnages en peluche. Ou…simplement vous attendrir devant une vitrine où dorment des petits chiens ou des petits chats. Trop mignons et prêts à être achetés par des clients de passage. Parce qu’ici au Japon, l’enfance et la consommation se rejoignent en permanence.
A propos d’animaux, les marchés aux poissons de Tokyo ou Kyoto regorgent de tous sortes de crevettes, gambas, crabes, calamars, de sushis ou de grillades à déguster sur place, au milieu d’une foule d’amateurs. Profusion des espèces, abondance de fraîcheur et de couleurs. Le spectacle est insensé ! Et il ouvre l’appétit, alors on choisit, on mange sur le pouce, pas besoin de s’éterniser pour se régaler…
Kyoto
Restons dans la nuit japonaise. Elle clignote moins à Kyoto. Le calme des grandes artères cache des petites rues où se nichent les restos ou de minuscules bars nantis d’un mini zinc, pour tout juste deux ou trois clients.
En voilà un quartier arboré, festif, animé, qui éclaire la nuit, et qui le jour se repose, pour laisser passer, au bord de l’eau, des promeneurs, des geishas trottinant dans leur tenue traditionnelle jusqu’aux salons de thé ou à leurs cours de maintien et de bonnes manières. Ici tout est doux, l’ambiance, les arbres aux couleurs de l’automne, même le spot fumeur au bord de la rivière.
Retour à la nature
Envie d’une nature paisible ? On fait un tour à Kanasawa, au pied des montagnes …Ou encore à Kurashiki, une petite Venise douce et sans buildings. Non loin du grand parc, le Ivy Square, les barques attendent les touristes pour les balader au fil de l’eau, les artisans aussi qui proposent des objets raffinés, colorés pour faire oublier toutes les marchandises manufacturées des grandes villes.
Ici, la nature est accueillante, alors que nous sommes à trois heures de route d’Osaka… Le contraste est d’ailleurs saisissant : pour rejoindre cette ville, on traverse des milliers de barres d’immeubles (signe d’un surpeuplement ) des usines et des raffineries à perte de vue. Un horizon de métal et de béton fascinant. On prend là le pouls consumériste du pays !
Entre temps une parenthèse enchantée s’ouvre, non loin de Kyoto, à Nara. La terre des temples, la réserve naturelle des cervidés, à savoir un millier de daims et de biches. Au cœur de ce territoire les Bambi sont chez eux, en toute liberté. Ils vous accueillent, ils vous entourent, ils se laissent nourrir, caresser, photographier ; parfois, ils s’écartent trottent en solitaires ou rejoignent leur petite famille au pied d’un arbre.
Ainsi déambule-t-on au milieu des arbres, des étangs, des statues essaimées dans le parc, offrant au visiteur des points de repos et de silence.
Les biches se promènent aussi près des temples bouddhistes, on en compte 36, il leur arrive d’y entrer, mais elles préfèrent longer les murs. Ces temples abritent des bouddhas dorés, des bronzes gigantesques et magnifiques ! Tandis qu’au Musée National de Nara, on reste impressionné par la collection de masques de théâtre traditionnels.
Des mondes anciens, des mondes modernes se côtoient ici, leurs traits d’union étant ces animaux peu effarouchés par les milliers de touristes. Il faut reconnaître que ceux-ci se comportent plutôt bien, tant l’ambiance est émouvante… Elle nous rappelle autant la vieille et grande Histoire, que les livres d’images de notre enfance. Qu’elle est douce la nature quand l’humain ne vient pas la titiller.
Alors oui le Japon vaut un long voyage aérien, des parcours intérieurs dans des trains ultra confortables, des rames de métro surchargées mais si pratiques pour se déplacer, le Japon mérite qu’on s’y attarde à condition d’avoir du temps et de savoir apprécier les clichés autant que les surprises.
Minou Azoulai
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