Quand les photographies
étaient du papier …

Quand les photographies étaient du papier … 

Quand les photographies etaient du papier-Les Boomeuses_Femme_50 ans

Les vacances sont bientôt là et voilà qu’on va recommencer à faire des photos à tour de bras, et voilà qu’il me vient la nostalgie des photos papier…

C’est là qu’on se rend compte qu’on est en train de devenir des dinosaures : quand on se surprend à feuilleter les albums photos et se dire que c’est drôlement chouette de tourner les pages, d’avoir les albums bien classés par années, vacances, un  album par enfant , de pouvoir modifier l’ordre des photos,  de les tenir entre les mains, les retourner pour lire la date, les voir vieillir aussi : passer du noir et blanc au sépia et dans ce vieillissement il y a  comme le signe d’une vie de la photo…

On regarde davantage les photos dans les albums  parce qu’elles s’apparentent alors au livre, que c’est là une ou des histoires de vie dont on tourne les pages. On se souvient des après-midi d’enfants quand on regardait les photos de nos grands parents, leur mariage, de nos parents, nous bébés, enfants. On réclamait cela, ces jours où nos grands-parents nous gardaient et c’était délicieux cette complicité qui naissait dans les commentaires.

Des photos mal cadrées parfois, et c’était touchant de voir ces maladresses là, ces poses, ces photos ratées parfois mais bon, on trouvait que c’était flou mais C’ETAIT  quand même, on en faisait le constat juste.

Les albums étaient beaux, souvent brochés, on les choisissait dans des teintes harmonieuses pour qu’ils trouvent leur place sur la bibliothèque. Il y avait les photos qu’on gardait dans le portefeuille ou le sac et on pouvait les montrer çà et là, elles nous accompagnaient en quelque sorte. Aujourd’hui qui a une photo de ses enfants, de ses parents, de ses amours dans son sac ?

Je relis en ce moment “L’amant” de Marguerite Duras, mon livre préféré, je crois ; Duras évoque à de nombreuses reprises les photographies et fait naitre alors des souvenirs, une partie de son histoire, de celle de sa mère, de la concession . La photo donne naissance au texte, qui lui même devient visuel. De cette imbrication jaillit l’univers si touchant de ce récit. Il me revient ” L’usage de la photo ” d’Annie Ernaux et Marc Marie, où les vêtements photographiés qui gisent sur le sol, jetés, abandonnés après l’amour servent de support aux textes écrits par l’un et l’autre. La photo crée alors une sorte de polyphonie,  un écart parfois avec le texte de ces “photos-romans”.

Oui, les photos papier nous manquent : J’entends souvent autour de moi, mes amis, mes enfants qui ont pris l’habitude du numérique, qui photographient à tour de bras, effacent, recommencent, dire : ” si elle te plait je la fais imprimer” … Cette trace de la photo qu’on peut tenir entre ses mains possède encore une sorte de préciosité, quelque chose qu’on va encadrer chez soi, qu’on pourra avoir tout à son aise sous les yeux, une présence permanente. L’un de mes fils s’est offert un appareil argentique, comme on revient aux Vinyls pour d’autres raisons. Il y aurait donc dans ce qui constitue, tout de même, un retour en arrière une reconnaissance d’une forme artistique que le numérique n’arrive pas à égaler, une présence plus importante peut être de celui qui est à l’origine de la photographie, de son auteur, un rapport plus étroit et plus spontané à cette forme de conversation que constitue le fait de photographier… En ces temps de vacances, où photographier est une occupation essentielle, j’ai remarqué la mise à distance que le numérique crée avec ce qui est vécu ; s’interposant parfois dans la continuité entre le sujet et son modèle ou le moment vécu .. Avez vous remarqué, par exemple, lors du feu d’artifice tiré à Paris sur la Tour Eiffel, le nombre de lumières dans la foule attestant, si besoin est, de cette mise à distance. Pas tout à fait dans l’instant  là, le photographe est déjà dans la projection de la possible revisualisation d’un spectacle dans lequel il n’a pas vraiment été. Incongruité du numérique. Décidément le progrès….

 

Dominique Mallié, blogueuse nous livre chaque mercredi sa vision de cinquantenaire sur des sujets qui la touchent, l'émeuvent ou la font s'interroger sous la forme de chroniques au ton décapant. Elle tenait le blog «chic, j’ai cinquante ans » sur l’Express Styles avant de rejoindre Les Boomeuses. Prof de lettres, elle organise régulièrement des lectures de textes qu'elle écrit dans sa ville d' Avignon. Passionnée d'art, elle court les expositions et nous fera également partager quelques-uns de ses coups de coeur pour les artistes.

 

 

 

 

3 Comments

  • de plus en plus de gens se remettent à l’argentique, d’ailleurs! Moi, ce qui me plairait c’est d’avoir un Instax Mini, pour avoir les photos immédiatement, avec toute la spontanéité que cela implique et qui nous fait défaut avec le numérique! Il m’arrive fréquemment de me faire des albums, mais nouvelle vague, des albums version numérique tellement jolis ou de faire des impressions sur toile pour mettre au mur : il y a encore moyen de profiter de ses photos, mais d’une façon un peu différente….

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