Une bombe sur le divan

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Laurent est l’un de mes bons amis, le problème est qu’il est psy, on ne peut rien lui cacher. Quand je lui parle des aléas du vieillissement, il répond :

– Ça prouve que tu es en vie, il n’y a que la mort qui t’empêche de vieillir. Pour le reste, tu fais avec ce que tu es, ce que tu peux, et ça ira
–  Oui mais c’est pas simple, tout ça.
– A cause du jeunisme ambiant, ou des diktats des magazines qui nous font croire que c’est simple. Les as du marketing ont les mêmes soucis que toi et moi, tous exorcisent leurs angoisses à coup de « que du bonheur, que du beau, que du jeune ! » Notre société vieillit à grande vitesse, mais on ne vante que le jeunisme. Cela dit, imagine le contraire, on en crèverait de trouille et de dépit. Vieillir devient une faute de goût. Mais le rêve, les projets, les illusions nous maintiennent. Tu n’y peux rien c’est une nécessité, ça n’empêche pas la lucidité. Les grands Narcisse se détruisent quand ils sont confrontés à leur propre image, c’est la morale de ce mythe.

 

Une bombe sur le divan

Laurent me raconte les débuts d’une thérapie avec une actrice connue et reconnue, une bombe sexuelle, magnifique, angoissée à l’idée de vieillir, de ne plus pouvoir décrocher de rôle intéressant. Cette femme est arrivée dans son cabinet avec déjà quelques indices d’injections de botox. Elle s’assoit et commence à exposer sa demande, à une condition, lui précise-t-elle, rester dans un face à face. Elle refuse de s’allonger sur le divan.

– Pourquoi ? lui demande Laurent
– Parce que je veux que vous me regardiez dans les yeux, je veux que vous me regardiez, je veux aussi vous regarder…

Laurent n’est pas dupe, la jeune femme voulait que lui, le psy, puisse encore l’admirer, reconnaître son charme et sa beauté.
Après une ou deux séances, en face à face, Laurent lui repose la question de savoir si elle veut s’allonger.

– Non, je n’y tiens toujours pas.
– Mais, Madame, lui répond Laurent, votre beauté m’empêche de vous écouter !

La dame, décontenancée, a compris le message. Sa thérapie allait nécessairement passer outre sa beauté, pour aller au plus profond d’elle-même et de ses interrogations. L’argument de Laurent, sa réponse somme toute flatteuse, ont fait mouche ; en la rassurant, il a eu raison des résistances de la patiente. A la séance suivante, elle s’est installée sur le divan. Je ne sais pas qui est cette femme, mais j’espère qu’elle va mieux et qu’elle vieillit du mieux possible.

 

Mes amies, mes amours, mes années. Editions La Martinière.

Photo du Fim passage à l’acte de Francis Girod, avec Daniel Auteuil et Anne Parillaud

 

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