thierry fremont et nicolas vaude

« Une heure à t’attendre », duel au sommet dans un huis clos sentimental

par Arielle Granat

Une heure à t’attendre n’est pas une simple variation sur le triangle amoureux. Si le point de départ flirte avec les codes du vaudeville – un amant, un mari, une femme absente qui plane sur la pièce – Sylvain Meyniac et la metteuse en scène Delphine de Malherbe déplacent rapidement le terrain vers une exploration plus trouble des failles masculines, grâce à un duo de choc sur scène, Thierry Frémont et Nicolas Vaude.  

 

Une joute psychologique digne d’Hitchcock

Sous les toits d’un appartement, deux hommes attendent la même femme. Elle n’apparaîtra jamais. Et c’est précisément cette absence qui fait tout vaciller : les certitudes, les récits que chacun se raconte pour survivre à l’amour et au regard de l’autre. Mais le véritable spectacle se joue ailleurs : dans la rencontre de deux personnalités d’acteurs aux antipodes.

Thierry Frémont avance avec cette densité nerveuse qui lui est propre, mélange d’autorité fragile et de colère rentrée. Chaque silence semble peser autant que ses répliques. Face à lui, Nicolas Vaude compose un personnage plus fuyant, presque insaisissable, oscillant entre ironie douce et vulnérabilité assumée. Leur confrontation ne se contente pas d’opposer deux hommes ; elle met en collision deux manières d’habiter la scène. Là où Frémont creuse la verticalité et la tension, Vaude privilégie la fluidité, la déstabilisation, la fausse légèreté. Le résultat : une joute psychologique digne d’Hitchcock.

 

une heure à t'attendre avec Thierry Fremont et Nicolas Vaude

Entre humour acide et reconnaissance mutuelle

La mise en scène, volontairement épurée, s’efface avec intelligence pour laisser les acteurs respirer. Rien ne vient parasiter la montée progressive du malaise – ni effets inutiles ni surenchère dramaturgique. L’espace devient presque mental, comme si le décor se réduisait à la projection de leurs peurs respectives.

Le texte, lui, oscille entre humour acide et mélancolie retenue. Meyniac joue habilement avec les attentes du public : ce qui commence comme un jeu de rivalité se transforme en miroir des fragilités masculines, révélant derrière les postures sociales une solitude abyssale. L’écriture se montre parfois démonstrative, mais elle trouve sa pleine mesure dans les moments suspendus, lorsque les deux comédiens cessent de jouer la rivalité pour laisser affleurer une forme de reconnaissance mutuelle.

Un duel d’acteurs d’une élégance rare

On pourrait reprocher à la pièce une mécanique dramaturgique parfois trop visible – les retournements arrivent avec une précision presque horlogère – mais cette légère artificialité est compensée par la sincérité brûlante de l’interprétation. Frémont et Vaude transforment chaque réplique en duel intime, chaque silence en aveu à demi-mot.

Une heure à t’attendre n’est pas seulement un face-à-face amoureux : c’est un duel d’acteurs d’une élégance rare, une partition à deux voix où la rivalité devient révélatrice d’une humanité fragile. Et lorsque le rideau tombe, ce n’est pas la femme absente qui nous manque, ce sont ces deux hommes, désormais privés de l’autre, et de ce miroir impitoyable qu’ils s’étaient tendu.

 

Une heure à t'attendre
Théâtre de Paris
15 rue Blanche, 75009 Paris
Du mercredi au vendredi à 21h
Le samedi à 16h30 et 21h
Relâches exceptionnelles les 15, 16, 17 et 18 avril
Jusqu'au 30 avril

 

Photos©Patrick Carpentier

A.Granat

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