théâtre de Paris , on ne se mentira jamais

On ne se mentira jamais au Théâtre de Paris : quand l’amour vacille sous le poids du doute

par Arielle Granat

Au cœur de la Salle Réjane du Théâtre de Paris, On ne se mentira jamais revient hanter les certitudes amoureuses avec une élégance cruelle. La pièce d’Éric Assous, couronnée d’un Molière en 2015, portée par le formidable duo Évelyne Bouix et Nicolas Briançon, s’impose comme une radiographie acide du couple.

 

Serge et Marianne sont heureux. Mariés depuis plusieurs années, ils ont gardé complicité et tendresse. Pourtant un accrochage automobile sans gravité va modifier le cours de leur existence. Ce petit grain de sable va enrayer l’harmonie du couple et installer le doute. La suspicion est un poison lent et subtil aux effets dévastateurs…

Évelyne Bouix, la lucidité comme arme

Évelyne Bouix entre en scène avec une forme de calme presque trompeur. Chez elle, tout commence dans la retenue : un regard qui s’attarde, une question posée un peu trop doucement. On croit à une conversation ordinaire, à une inquiétude passagère. Et puis, sans qu’on sache exactement quand, quelque chose se déplace. La voix se tend, le silence s’alourdit. Elle ne hausse pas vraiment le ton – elle creuse. C’est là sa force : installer le doute comme une présence physique, presque palpable.

Nicolas Briançon, l’art de vaciller

Face à elle, Briançon joue d’abord la légèreté. Il occupe l’espace avec aisance, presque avec désinvolture, comme un homme sûr de son récit, sûr de lui. Il amuse, il détourne, il gagne du temps. On rit, souvent, de cette façon qu’il a d’esquiver sans jamais en avoir l’air. Et puis, peu à peu, la mécanique s’enraye. Un flottement, une hésitation, un mot qui arrive trop tard – et le personnage commence à vriller. Briançon ne force rien : il laisse apparaître la faille, simplement, et c’est ce qui la rend si crédible.

on ne se mentira jamais avec Evelyne Bouix et Nicolas Briançon

Une alchimie sous tension

Ce qui frappe surtout dans On ne se mentira jamais, c’est la manière dont ils s’écoutent. Il y a entre eux une attention presque dangereuse. Chaque réplique semble pouvoir faire basculer l’équilibre, chaque silence devient une prise de pouvoir. Elle avance, il recule, puis soudain il résiste, et tout se recompose. On assiste moins à un échange qu’à une sorte de danse nerveuse, où chacun tente de garder le contrôle sans jamais y parvenir tout à fait.

Le plus troublant, peut-être, c’est que ni l’un ni l’autre ne cherche à séduire le public. Bouix ne rend pas Marianne “aimable” – elle la rend nécessaire, presque implacable dans son besoin de comprendre. Briançon, lui, refuse de faire de Serge un simple coupable : il le laisse être fuyant, maladroit, parfois de mauvaise foi, mais aussi étrangement touchant dans sa manière de s’accrocher à ce qui lui échappe.

Du rire au vertige

Et nous, au milieu, on oscille. On rit, oui – beaucoup même – mais d’un rire qui se coince parfois en route. Parce que derrière leurs échanges, il y a quelque chose de plus familier qu’on ne voudrait l’admettre : ces petites stratégies, ces vérités qu’on contourne, ces moments où l’on sent que tout pourrait basculer pour presque rien.

À la fin, ce qui reste, ce n’est pas tant l’intrigue que cette tension fragile qu’ils ont construite ensemble. Évelyne Bouix et Nicolas Briançon ne jouent pas seulement un couple : ils donnent à voir l’instant précis où la confiance se fissure – et le vertige qui l’accompagne.

 

L’histoire :

On ne se mentira jamais
Une pièce de Eric Assous 
Mise en scène Jean-Luc Moreau 
En collaboration avec Anne Poirier-Busson
Avec Evelyne Bouix et Nicolas Briançon
Et la participation exceptionnelle de Tatiana Kandinsky
Du mercredi au dimanche, jusqu'au 17 mai 

Théâtre de Paris
15 rue Blanche
75009 Paris

 

A. Granat

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Photos@emilie_brouchon

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