Le soleil et les dunes qui caressaient notre peau ont-ils déjà été balayés par le retour en nos demeures ? Notre Ithaque, c’est le macadam, le bruissement des premières feuilles tombées, l’odeur de l’encre et de la mine de crayon, les écrans lourds de messages. Mais les parfumeurs et les parfumeuses, tels des dieux bienveillants, ont pensé à nous en cette rentrée et enchâssé en leurs flacons des fragrances qui raniment ce temps non pas perdu, mais échappé. L’été indien et ses parfums nous font voguer encore une fois vers l’insaisissable soleil.
Hermès, Barénia Pleine Fleur
Il y a du divin dans ce lys et ses effluves ensorcelants. Passionnément narcotique, la fleur royale nous jette un sort au premier souffle, escortée d’une myriade de fleurs d’oranger malicieuses. Puis l’éclat se trouble : les bois profonds et les mousses terreuses viennent révéler la veine chyprée de cette composition signée Christine Nagel. Ce glissement du lys vers le cuir est une des plus belles métamorphoses de la rentrée. Pour cette troisième déclinaison de Barénia, la parfumeuse puise dans la mémoire de la maison et dessine avec ce cuir, patrimoine d’Hermès, un paysage où la sensualité s’offre à fleur de chair. La dernière note nous gante d’un daim si tendre qu’il épouse notre main sans rien ôter à son cran. Un parfum à porter comme un ornement, le matin des grandes conquêtes, pour faire tourner les têtes et renverser les cœurs. L’envoûtement est total, vibrant et terriblement addictif.
Notes : Lys blanc, Fleur d’oranger, Bois de chêne torréfié, Patchouli Gayo, Baie miraculeuse
Hermès, Barénia Pleine Fleur, Eau de parfum ( flacons rechargeables), 122 € le 60 ml.
Narciso Rodriguez, For Her Pure Musc Blanc
Ce linge qui vole au soleil, dans des champs écrasés par la chaleur : on le décroche, on chavire entre ses ondoiements, on le plie en riant ; c’est alors que surgit en nous le chant d’un monde clair, solaire, immense, comme si le vent et l’été l’avaient lavé pour nous le rendre à son premier matin. Pour For Her Pure Musc Blanc, Sonia Constant réinterprète la signature de For Her dans une vivacité lumineuse inédite. Sa version intense devient une seconde peau. Non, il n’est pas mort, le soleil. Il est là, à se lover dans cet immaculé floral boisé, d’une pureté aveuglante, qui s’alanguit en un velours de fleurs blanches pour murmurer longtemps à notre oreille : le blanc, c’est la couleur des reines. Nous.
Tête : Aldéhydes, Huile
de bergamote de Calabre, Poivre rose, Gingembre
Cœur : Jasmin de nuit, Accord crémeux de fleurs blanches, Muscs
Fond : Mousse de chêne, Ambre, Extrait de vanille
Narciso Rodriguez, For Her Pure Musc Blanc, Eau de parfum intense, 153 € le 50 ml.
Parfums de Marly, Athénaïs
Dans l’air poudré de Versailles, une fleur d’oranger éclate comme un rire derrière un éventail. Vive, dorée, mordante, elle annonce Athénaïs de Montespan, la plus célèbre des favorites de Louis XIV. Femme d’esprit, de pouvoir et d’influence, intrigante, mystérieuse, elle bouscula la cour par sa modernité iconoclaste. Elle était de celles qui n’attendent pas leur destin : elles le ploient. Une femme de cette trempe méritait bien un parfum. Julien Sprecher lui a imaginé une senteur dont la féminité renverse la table. Dès l’ouverture d’Athénaïs, le néroli, autrefois prisé pour embaumer les gants et les bains, bondit, avant que la fleur d’oranger et le jasmin ne déploient leur faste et que la fève tonka ne pose, en fond, sa moire ambrée. Cette dévoreuse de roi, c’est peut-être un peu nous, lorsqu’après le repos vient l’heure de reprendre les rênes.
Tête : Néroli, Bergamote, Yuzu
Cœur : Fleur d’oranger, Jasmin sambac, Mahonial
Fond : Fève tonka, Accord vanille, Accord ambré
Parfums de Marly, Athénaïs, Eau de parfum, 285 € le 75 ml
Chanel, Coco Mademoiselle Crush Absolu
On l’a attendu comme une promesse. Huit ans après Coco Mademoiselle Eau de Parfum Intense, Olivier Polge imagine avec Coco Mademoiselle Crush Absolu une nouvelle interprétation de cette signature iconique : un ambré incandescent où l’accord litchi-pamplemousse ouvre le bal. À l’instar du nom de Marlène Dietrich sous la plume de Cocteau, ce parfum commence en caresse et finit en coup de fouet. Les agrumes et le litchi s’estompent peu à peu devant une rose et un jasmin voluptueux, avant que le patchouli, le vétiver et les notes ambrées ne fassent claquer le sillage vers une pénombre plus insolente. Nous sommes toutes Mademoiselle lorsqu’il s’agit d’entrer au corps à corps avec la séduction, de chausser les souliers de Cendrillon… mais d’oublier minuit. The world is yours.
Tête : Accord litchi-pamplemousse
Cœur : Rose, Jasmin
Fond : Patchouli, Notes ambrées, Vétiver, Vanille
Chanel, Coco Mademoiselle Crush Absolu, Eau de parfum, 182 € le 100 ml .
Zadig & Voltaire, This Is Her! Red Hot
L’été s’est éteint ? Pas tout à fait. Sa brûlure change de couleur dans la nuit des villes. On enfile un perfecto en gardant ses sandales et l’on file vers l’autre. Dix ans après This Is Her ! la saga continue et ne demande qu’à flamber encore. Avec This Is Her ! Red Hot, Sidonie Lancesseur teinte le parfum originel d’un rouge carmin, celui des lèvres qui, après minuit, laissent leur baiser dans le cou. Tout commence par un gingembre mordant, une grenade tout en dehors. Puis le cassis se transforme en un breuvage sombre, le jasmin devient magnétique. Et quand l’encens monte des tréfonds comme une braise que l’on croyait éteinte, l’odeur de cuir chuchote un dernier vertige avant le jour. This Is Him! Red Hot lui donne la réplique, pour celles et ceux qui portent l’interdit en étendard.
Tête : Gingembre, Grenade
Cœur : Accord liqueur de cassis, Jasmin rouge, Accord mûre
Fond : Absolu d’encens, Accord cuir rouge
Zadig & Voltaire, This Is Her! Red Hot , Eau de parfum, 134 € le 100 ml.
Sorbier Parfums, Chapitre III — Damas
Notre bel été achève sa course. L’automne approche avec ces fins d’après-midi où les rais se dorent et où le bruit de la ville s’assourdit. Quel plus bel avènement, alors, que Chapitre III — Damas, imaginé par Frank Sorbier, Grand Couturier et Maître d’art ? Seul créateur de haute couture à porter ce titre, il le doit à son art singulier de penser la matière et à un geste né dans le secret de l’atelier : sur sa Pfaff, il froisse le tissu sous l’aiguille, le pique, puis assemble les morceaux sur le mannequin jusqu’à ce que les coutures s’effacent et que la robe semble sculptée à même le corps. Ce mouvement-là ouvre une autre voie : la main qui façonne la matière peut aussi donner corps à l’impalpable — coudre un parfum, piquer la matière invisible, ourler une émotion, laisser le fil devenir sillage. Il fallait alors s’allier un autre sens que le toucher : un nez. Celui d’Olivier Perault, parfumeur senior chez Robertet et ami d’enfance du couturier, avec qui Frank Sorbier tisse désormais une fable odorante — où la trame devient chapitre, mémoire, parfum. Après Velours et Radzmir, voici Damas. Ce troisième chapitre choisit pour royaume ce tissu tant aimé, noué d’ombre et d’or. Dans le silence de l’atelier, les doigts caressent ce damas somptueux qui s’envole dans un souffle de limette et d’orange. La rose et l’œillet en soulèvent les reliefs. Puis le baume de Gurjum, le cuir, l’ambre et la vanille tracent, comme par magie, une longue traîne glissant sur un parquet où le bois ciré craque. Les épices et le miel flottent d’une pièce à l’autre. On y revient, tout au long de la journée. Un sillage qui nous sacre. Et déjà, entre les effluves, on devine le chapitre suivant.
Tête : Limette, Orange
Cœur : Rose, Œillet, Encens, Genêt
Fond : Baume de Gurjum, Miel, Cuir, Ambre, Vanille
Sorbier Parfums Chapitre III — Damas, Parfum haute concentration, 175 € le 10 ml.
Anne Bourgeois
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