Disons-le d’emblée, David Foenkinos a le don de créer des antihéros, de mettre en lumière des personnages ou des personnalités méconnues. Il a aussi la curiosité d’explorer des univers hors champ. Ce qui explique sans doute son succès durable et populaire.
Ce même succès que recherche Gustave Bonsoir, « héros » du dernier roman de l’auteur « Je suis drôle », dans le dédale de sa tristesse. Cette tristesse qu’il porte en bandoulière dès l’instant où il décide d’être humoriste, de faire du stand-up, au risque de quitter les scènes où il se produit, sans un rire…
Qu’à cela ne tienne, Gustave persiste et signe, il s’accroche à ses rêves. Après tout il a survécu à une enfance douloureuse, alors il se laisse volontiers envelopper dans l’amour de Margot, sa compagne. Ses parents adoptifs l’encouragent ; ils l’aiment et ne doutent nullement de la réussite de leur fils.
Seulement voilà, Gustave enchaîne et accumule les échecs, les déceptions, les petites déprimes…Un doux rêveur ! Mais oui, il est jeune, il croit en lui, il aime la vie. Et pourtant, il se prend aussi la tête car il rêve d’être drôle, sans jamais être inspiré. Au point, un jour, de visiter puis de s’exposer dans le drôle de « musée des séparations ». Gustave devient ainsi une oeuvre d’art, tant il est parfait dans l’incarnation de la tristesse. On le regarde, on le scrute, on tourne autour de lui.
Un roman doux-amer à la Foenkinos
Il est bien sûr admiré par le flot continu des visiteurs. Le succès pointe son nez. Il n’est plus « l’endive » du Comedy Pigalle de ses débuts, sous l’œil acerbe du producteur. Gustave Bonsoir devient un jeune homme désiré, désirable et peut-être même un artiste prometteur. Géraldine, son agent-qui-croit-en-lui, lui offre une sacrée opportunité. Un film. Parce que Gustave est une promesse pour elle, il l’attendrit, il capte toute son affection, elle sait qu’un jour il sortira de sa mélancolie.
Bien vu… Lors du tournage du remake de Mort à Venise, de Luchino Visconti, sous la direction du grand réalisateur Paolo Sorrentino, Gustave révèle enfin le grand acteur qui est en lui…Le film est présenté au festival de Cannes. L’équipe espère une ou plusieurs récompenses… C’est un triomphe ! Qui s’achève sur une pirouette littéraire.
Je vous laisse savourer le palmarès et la fin de l’histoire de ce jeune homme qui se croyait si drôle… et qui s’épanouit grâce à une tragédie.
Le récit est fort bien mené par David Foenkinos, la tristesse y infuse, et pourtant on sourit, on espère, on s’interroge, et on s’attache à Gustave. J’ai aimé ce roman doux-amer à la Foenkinos, un peu moins le titre…
Je conclurais donc sur une citation de Billy Wilder : « Quand vous êtes vraiment déprimés faites une comédie. ». Par tenu par l’auteur !
Je suis drôle, David Foenkinos
Edition Gallimard
Minou Azoulai
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