Histoire canadienne à Ottawa

Découvrir Ottawa, la capitale canadienne et la région attenante de l’Outaouais permet – outre un revigorant bain de nature authentique – de plonger dans l’histoire du pays. Longtemps réprimés, les peuples autochtones sortent de l’oubli en s’imposant dans le paysage culturel.

Pas étonnant que le second pays le plus grand du monde, après la Russie, aime prendre ses aises. Au sortir d’Ottawa, le parc de la Gatineau constitue le vaste espace de respiration préféré des citadins. « Le parc s’étend sur plus de 36 000 hectares, précise Dominique Turcotte, l’un de ses responsables. Au début des années 90, la Commission de la capitale nationale (CCN) a souhaité préserver là forêts et lacs. L’ancien premier ministre William Mackenzie King, avait frayé la voie dès le début du XXe siècle en transformant son lieu de villégiature au sein du parc en un élégant domaine agrémenté de jardins. La protection des écosystèmes a permis de régénérer la faune locale (castors, hermines,…). On prend pleinement la mesure de ce joyau naturel depuis la Maison O’Brien, située en surplomb du lac Meech.

Au nord du parc, pause à Wakefield. Le charmant village abrite une boutique et une galerie d’art autochtone, Khewa. Une belle porte d’entrée des cultures ancestrales, car sa propriétaire, Nathalie Coutou, fille d’une mère autochtone et d’un père européen, s’est passionnée pour les légendes associées à chaque objet artisanal. Symbolique du tambour chamanique en peau de chevreuil rond comme la terre et les cercles de vie ou d’un cerceau tissé en son centre jouant le rôle de capteur de rêves.

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Nathalie Coutou dans sa boutique d’art autochtone à Wakefield

Direction plein est vers Montebello. Visite d’une résidence seigneuriale, le manoir Papineau. Intérêt du lieu : il reflète les idées humanistes de Louis-Joseph Papineau (1786-1871), personnalité politique québécoise. Ainsi, il fit construire un seul escalier intérieur dans sa demeure, de sorte que les maîtres, leurs invités et les domestiques s’y croisaient obligatoirement, contrairement aux us et coutumes de son temps.

 

Au plus près des wapitis

Non loin, les familles se pressent au parc Omega où, sur 800 hectares, wapitis, cerfs rouges et autres caribous pointent leur tête aux portes des voitures pour grignoter les carottes tendues par les enfants. En liberté aussi, mais à l’abri dans un enclos, on s’approche de bisons peu farouches, d’ours ou de meutes de loups et coyotes. Olivier Favre, qui joue le guide, est le président du parc. « Au mitan des années 90, j’ai abandonné ma compagnie d’assurances alsacienne pour m’investir dans ce projet. » Non seulement le parc s’est agrandi, mais il a intégré, « grâce à une collaboration suivie avec les Amérindiens », un espace Intitulé « La terre des Premières nations ». Olivier Favre se fait une fierté de nous montrer avec force commentaires, les divers totems implantés des nations Mi’g Mac, Huron ou Algonquin. Un échantillon des talents artistiques du million d’Amérindiens (sur 36,6 millions de Canadiens) composé de quelque 600 nations. Cette mise en valeur culturelle est relayée par des panneaux pédagogiques tout le long du parcours. Plus loin, « La terre des pionniers » donne à voir un poste de traite de l’époque coloniale dédié à l’achat et à la vente de fourrures. Le succès est au rendez-vous, le parc accueille de 2000 à 3000 visiteurs/jour en été. Olivier Favre ne se repose pas sur ses lauriers. Il concocte déjà un nouveau projet, « l’ouverture en 2019 d’un parcours nocturne ponctué d’une veillée autour d’un feu de bois ».

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Bisons dans le parc Oméga à Montebello

 

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Cerf rouge saluant une famille de visiteurs au parc Oméga de Montebello

Histoire canadienne à Gatineau

Sans transition, nous filons au musée canadien de l’histoire à Gatineau. La Grande galerie à l’entrée du musée recèle également son lot de mâts totémiques. En bonne place figure un oiseau-tonnerre. Cette figure légendaire représentait pour les Indiens à la fois le danger sous forme de foudre ou de grêle et la pluie nourricière indispensable à la terre et aux hommes. À côté, une sculpture blanche retient l’attention. Il s’agit du moule en plâtre d’un canot de la nation haida, que l’artiste Bill Reid a intitulé « L’esprit de Haida Gwaii ». L’embarcation contient des pagayeurs décidés et des êtres mythiques semblant indiquer : « nous sommes tous dans le même bateau »… Une salle est consacrée à la diversité des peuples autochtones. On remarque une aquarelle de 1833 de Henry Pooley figurant un campement amérindien tandis que l’image de la Colline du Parlement est incrustée à l’arrière-plan. À l’étage de ce très riche musée, toute l’histoire du Canada est déroulée en trois séquences : des origines à 1763 (année où la France ratifie le traité de Paris par lequel elle abandonne toutes ses possessions canadiennes à la Grande-Bretagne) ; le Canada colonial (1763-1914) ; et le Canada moderne. Quelques temps forts saisis au hasard : la progressive constitution du pays. L’union de quatre provinces (Ontario, Québec, Nouvelle-Ecosse, Nouveau-Brunswick) en 1867 présage de l’élargissement de la Confédération, alors que la construction d’un chemin de fer d’un océan à l’autre entamée en 1881 est achevée à l’orée de la Grande Guerre de 1914-1918. Le pays s’enrichit d’apports migratoires successifs (Ukrainiens, Chinois…), mais sépare les enfants amérindiens de leur famille « afin de favoriser leur assimilation ». Scolarisation et évangélisation forcées – autant dire de forts traumatismes – étaient réalisées dans des « pensionnats autochtones » de 1820 jusqu’aux années 1990, le dernier ayant fermé ses portes en 1996.

Mélange des arts à Ottawa

Juste le temps de traverser le pont Alexandra et nous voilà de retour à Ottawa. Petit tour au musée canadien des Beaux Arts. Nous sommes accueillis par une araignée géante de 10 mètres de haut : une composition de la plasticienne Louise Bourgeois, étonnamment appelée « Maman ». L’artiste s’en était expliquée : « L’araignée est une ode à ma mère. Comme une araignée, ma mère était une tisserande. Les araignées, qui dévorent les moustiques, sont bénéfiques et protectrices, comme ma mère. »

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Un pont sur le canal Rideau à Ottawa. En arrière-plan le Fairmont Château Laurier

Autre cocon protecteur à proximité de l’entrée, une chapelle reconstituée aux magnifiques voûtes en éventail supportées par des colonnes en fonte. L’œuvre d’origine a été conçue en 1887 par l’architecte et chanoine diocésain Georges Bouillon. Mais, la principale surprise en déambulant dans les galeries de ce musée, est sans conteste « la nouvelle narration culturelle ». Finie la séparation entre les arts. Ainsi, dans une même salle sont juxtaposés des paysages du peintre Lawren Harris (1885-1970) et un canot algonquin ou des sculptures inuit, comme cette femme portant son enfant et un jeu de cordes. Une réunion comme un gage de réconciliation ?

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Campement amérindien au bord de la rivière Outaouais. Aquarelle de 1833 de Henry Pooley. L’actuel Parlement a été incrusté en arrière-plan .

Une curiosité au sortir du musée, une statue de Samuel de Champlain trône en majesté. Hommage mérité à celui qui avait mis ses pas dans ceux de Jacques Cartier et fondé la ville de Québec en 1608, future capitale administrative de la Belle Province. Mais le sculpteur, Hamilton MacCarthy, a commis une bévue : s’il était judicieux de représenter l’explorateur avec son astrolabe, il eût été préférable qu’il ne tienne pas ce précieux instrument de navigation à l’envers !

D’une nation à l’autre

Rien de tel pour se familiariser avec Ottawa que de la découvrir à vélo. Les pistes cyclables sont nombreuses, tout comme les petites entreprises de location de bicyclettes. Comme cela créée voici quatre ans par Maria Rasouli, émigrante iranienne. Nora Balogh nous accompagne et nous entraîne sur la voie verte qui longe le canal Rideau. Canal étonnant à plus d’un titre. De longue date, il mène une double vie. L’été, il autorise d’agréables balades en bateau. L’hiver, il se transforme en gigantesque patinoire. Sans oublier qu’il constitue l’un des plus grands projets de génie civil mené en Amérique du Nord au XIXe siècle. Ses 202 kilomètres comportent la bagatelle de 47 écluses et 74 barrages. Sa construction a tout de même coûté la vie à un millier d’ouvriers. Le superviseur des travaux, le colonel britannique John By a droit, lui aussi, à sa statue et le grand marché de la ville porte son nom. C’est là qu’on peut y déguster des « queues de castor ». Que les défenseurs des animaux se rassurent, cette pâtisserie emblématique n’emprunte que sa forme au sympathique rongeur. Elle est constituée d’une pâte de blé frite dans de l’huile de colza ; en bref, une sorte de beignet aplati très sucré.

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Ecluses sur le canal Rideau et le Fairmont Château Laurier à Ottawa
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Le pont Gendon, tout en bois et couvert, à Wakefield

Si le cœur vous en dit, vous pouvez pousser la balade jusqu’au sud de la ville et au quartier en vogue du Glebe. Plaisir d’arpenter les étals d’un marché des producteurs fermiers : incontournable dégustation de sirop d’érable mais aussi de vin d’érable ou encore de fromages de chèvre et de brebis. Un peu à l’écart, une fabrique traditionnelle de bagels, petits pains en forme d’anneau, ne désemplit pas. Pour rejoindre l’île Victoria, il faut troquer le vélo pour le bateau électrique. Dix minutes plus tard, nous accostons sur la rivière des Outaouais près des « Expériences autochtones ». Stéphanie nous accueille avec un chant amérindien de bienvenue et détaille les activités d’antan du commerce des peaux à la vie sous le tipi.

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Une fabrique traditionnelle de bagels

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Retour sur la terre ferme pour assister à la cérémonie de la relève de la garde. Là aussi, comme si le temps s’était arrêté, joueurs de cornemuse, bonnets à poils et uniformes rouges défilent impeccablement. Une tradition honorée depuis 1959. On en profite pour visiter l’édifice du centre du Parlement. Pièce de choix, la bibliothèque. Elle a réchappé à l’incendie de 1916. Ses murs lambrissés enjolivés de milliers de fleurs abritent de somptueux rayonnages sous l’œil vigilant de la jeune reine Victoria.

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La bibliothèque du Parlement d’Ottawa de la reine Victoria

Cette dernière séquence est à l’image de l’aperçu kaléidoscopique de ce voyage. Une déambulation en forme d’allers-retours entre divers fragments d’une mosaïque : l’histoire coloniale, l’affirmation de la présence autochtone, la diversité et le bien vivre d’un pays moderne. Le Canada est bien cette séduisante et composite « nation de nations » qui n’a pas fini de nous conter des histoires.

teste et photos Yves Hardy

Infos pratiques

 Y aller.
Avec Air Canada.
• Formalités. Demander une autorisation de voyage électronique (AVE

Y séjourner.

• A Montebello. Le Château Montebello. Une version nettement améliorée de « ma cabane au Canada », puisqu’il s’agit du plus grand château en bois rond (du cèdre rouge) du monde.
• À Ottawa : Au Fairmont Château Laurier. Un luxueux complexe de … chambres au cœur de la ville. 

 Y manger. 

• Dans le parc de la Gatineau, le restaurant de la Maison O’ Brien. Le chef, Patrick Marion, propose des accords mets/vins remarquables. 650 chemin du lac Meech.
• « The Village house » à Wakefield :
• À Ottawa, le restaurant Riviera, 62, rue Sparks. « The place to be », où l’on peut croiser le premier ministre, Justin Trudeau. 

 À voir.

Musée canadien de l’histoire à Gatineau  
• À faire. Une demi-journée au parc Omega de Montebello. 
• Un tour d’Ottawa en vélo :
• Souvenirs. Une occasion de « magasinage » (shopping) à la boutique d’art autochtone Khewa, à Wakefield :
• Guides. Canada – Bibliothèque du Voyageur (Gallimard, €) et Petit Futé 2017-2018 (14,95 €).
• Renseignements. Office de tourisme du Canada. www.canada.travel ainsi que www.tourismeottawa.ca et www.tourismeoutaouais.com

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