L’interview de Mylène Desclaux
auteure du livre Les jeunes femmes de 50 ans

Avec Les jeunes femmes de 50 ans, Mylène Desclaux nous livre le récit plein d’humour et joliment écrit d’une femme qui passe ce cap pas toujours si facile. 

Ce journal de bord n’est pas le premier texte du genre mais le premier à nous mettre de bonne humeur avec un sujet qui nous agace et annonce plus de pertes que de gains : la ménopause, les rides et les racines grises, le ou les divorces, le syndrome du nid vide, la reconversion professionnelle qui suit parfois une perte d’emploi. En gros on est moins cotée sur le marché de la séduction et de l’emploi. Mais, bonne nouvelle, la cinquantaine, c’est aussi l’âge où se connait bien, enfin, où l’on est dégagée de la pression de la réussite, où l’on a envie de faire ce qu’on veut sans se soucier de la cohérence d’un CV ou de la construction d’une famille avec un crédit immobilier sur 25 ans. On ne peut plus avoir d’enfant ? Ça tombe bien, on en a déjà et on n’en veut plus. On n’a plus de poste à responsabilités ? C’est moins de stress. On ne plait pas aux hommes de cinquante ans ? Ils préfèrent les filles de la trentaine ? Pas tous, et ces hommes là, qui courent derrière leurs jeunesse plus que derrière les jeunettes, on n’en veut pas non plus. C’est tout cela que l’auteure aborde avec acuité et auto-dérision dans son livre.

Mylène Desclaux_les Boomeuses

L’occasion pour Les Boomeuses, de rencontrer Mylène Desclaux pour une interview sans langue de  bois. 

Les Boomeuses :  Pourquoi écrire un livre sur les quinquas ?

Mylène Desclaux : Avoir 50 ans peut créer une sorte de vertige, c’est un moment de bouleversements multiples : familiaux (les enfants sont sur le départ, parfois les maris aussi, les parents ne sont pas très en forme, mais aussi professionnels (la carrière est plutôt derrière que devant-. C’est le temps des bilans et des questionnements. Si vous êtes en couple depuis longtemps il peut y avoir l’usure, si vous êtes célibataire il peut y avoir la solitude. En ce qui me concerne je me suis retrouvée vers 50 ans célibataire, sans enfant, sans travail, avec la nécessité de déménager. Alors j’ai démarré un blog : HappyQuinqua dans lequel je me suis amusée à décrire des situations caractéristiques de cette période de la vie. Comme le blog était amusant, et avait été relayé à plusieurs reprises par la presse notamment sur le thème des quinquados, j’ai eu la possibilité d’être publiée. 

Pensez-vous qu’aujourd’hui avoir 50 ans, c’est un problème ?

M.D : Non, ce n’est pas un problème. C’est, point. Est-ce que respirer est un problème ? On est un être à part entière avec une chronologie, une temporalité à laquelle on doit se soumettre. Et ça fait partie de la vie et c’est ça qui est merveilleux. Accepter, c’est la moindre des choses. Après, quand on l’a accepté, il faut pouvoir bien le vivre et pouvoir organiser les choses en fonction de nos besoins, de nos envies.

Votre livre est aussi un hommage aux femmes de 50 ans.

Mylène Desclaux : Je n’ai pas de prétentions d’universalité. J’avais surtout envie, de les réhabiliter à leur juste réalité. On en parlait soit pas assez, on parle de l’invisibilité des femmes de 50 ans, donc c’est un vrai sujet. Et en même temps, on en a beaucoup parlé justement avec les quinquados. Tout à coup, la femme de 50 ans, elle devait être quinquado, sauter en l’air, se tatouer, avoir des jeunes amants…

En même temps votre livre se lit presque comme un conte de fée moderne. A 50 ans, alors que cela semble si compliqué, vous retrouvez l’amour avec quelqu’un qui vous plaît vraiment et que vous appellez joliment Le Doux (et qui avant vous est avec une femme de 37 ans, ce qui prouve que l’âge n’est pas forcément un problème). Ca va faire rêver les femmes et leur donner de l’espoir.

Mylène Desclaux : Le livre est toute une série d’anecdotes, encapsulées dans un récit plus ou moins linéaire dont Le Doux est au coeur. En fait, le rapport à l’âge et le sentiment de la cinquantaine arrivent justement quand un homme qui me plaît, et qui je suis sûre m’apprécie, débarque du jour au lendemain avec une jeune femme. Et tout le complexe d’avoir 50 ans arrive à ce moment là.

Et c’est là que j’ai la conscience que je suis trop vieille pour avoir un homme qui me plaît. Tout le sujet est là.

Avoir un homme, c’est pas compliqué. Ce qui est compliqué, c’est avoir un homme qui vous plaît vraiment à ce moment là de votre vie. Vous avez fait un chemin personnel, on sait d’avantage, ce qui fait du bien, ce qu’on veut éviter, ce dans quoi on ne tombera plus jamais, les erreurs qu’on ne commettra plus. Et là, vous rencontrez quelqu’un, et vous savez, vous sentez, que c’est une personne qui entre dans un shéma de possibilités. Et clac, tout d’un coup, tout s’effondre. A partir de ce moment là, je me dis, c’est pas grave, tant pis pour lui. C’est ce que j’ai envie de communiquer aux femmes qui sont seules, qui cherchent quelqu’un. Sans renoncer, il faut garder ses clignotants allumés et ne pas céder à l’à-peu-près. Ne pas aller vers un homme qui ne nous plaît pas, sous prétexte qu’on ne veut pas être seule. Vaut mieux être seule. Mais ça, c’est mon point de vue qui n’est pas celui de certaines de mes amies.

Quelles sont les réactions de vos lectrices de 50 ans ?

M.D : Je suis heureuse lorsque les lectrices me disent à quel point elles se reconnaissent, que ce que j’évoque fait écho à leur propre ressenti.  Rien ne me fait plus plaisir que de savoir qu’elles y voient de la justesse et qu’elles se sont amusées à le lire. 

Vous  « refusez » de dire votre âge. Mais en même temps vous écrivez un livre sur les femmes de 50 ans, en ne cachant pas que vous en faites partie. Serait-ce par coquetterie ?

Mylène Desclaux : Non, ce n’est pas de la coquetterie, mais j’ai écrit 300 pages pour dire que l’âge n’existe pas, et qu’en tout cas, il ne faut pas le faire exister d’une façon qui nous définit. Je trouve que dire son âge appelle obligatoirement un compliment en retour, qui fait que si on ne l’a pas, on est forcément déçu. Donc, ça ne sert à rien de dire son âge. Où alors, on le dit parce qu’on a une raison particulière de le dire. Je n’ai pas envie de dire mon âge que l’on me demande de plus en plus systématiquement. Je n’ai pas envie d’appartenir à une communauté sociologique stigmatisée. Je ne suis pas senior, voilà. En quoi le fait de dire son âge a une utilité ? Et puis, ça ne se fait pas de demander l’âge, c’est impoli. C’est une question d’élégance je dirais.

D’après vous, est-ce dans le monde du travail ou sur le marché de la séduction qu’être une femme de 50 ans, c’est plus compliqué ?

Mylène Desclaux : Il est vrai que la société dans ses élans de jeunisme porte un regard cruel sur les femmes de 50 ans autant vis à vis de la séduction que dans le monde du travail.  Je pense que par rapport à la séduction les choses changent car les femmes de 50 ans ne sont plus ce qu’elles étaient. il y a 30 ans c’étaient des vieilles dames, il y a 200 ans la moitié d’entre elles était déjà morte. Aujourd’hui les femmes de 50 ans sont encore jeunes. Après tout dépend de la vie que vous avez mené et que vous menez : se maintenir, bien se nourrir, s’entretenir … A 50 ans, il est préférable de faire un minimum d’effort, car chaque écart compte triple. Le monde du travail a tellement changé depuis nos débuts. Internet a fait de nous des dinosaures, en matière digitale nous irons toujours plus lentement que les plus jeunes, nés avec la révolution numérique et qui arrivent sur le marché du travail, veulent en découdre et coûtent moins cher. 

 Sur les sites de rencontre, il faut indiquer son âge, aïe… c’est quand même un marqueur dont on se passe bien non ? 

Mylène Desclaux : Les femmes mentent sur leur âge, elles s’enlèvent 3 ou 4 ans, les hommes mentent sur leur taille, ils se rajoutent 3 ou 4 cm. 

La ménopause, c’est la fin de la maternité, pas celle de la féminité. mais comment passer ce cap, plus ou moins bien vécu physiquement et moralement ? Quelques conseils destinés aux femmes de 50 ans.

Mylène Desclaux : : Je suis à peine provocatrice lorsque j’affirme que la ménopause n’existe plus, les THS (Traitement Hormonaux de substitution) ont changé la donne. A la silhouette, et à la peau, aux cheveux, on voit tout de suite qui est traitée et qui ne l’est pas. Mon conseil est d’en parler à son gynécologue.

Mylène Desclaux

Celles qui se font rajeunir se font moquer (elles n’assument pas !). Celles qui laissent les rides et les cheveux blancs s’installer se font chambrer aussi. Qu’en pensez-vous ?

Mylène Desclaux : Les gens font ce qu’ils veulent, ce qui compte est d’être bien dans sa peau, si vous vous sentez mieux à l’aide de quelques injections, pourquoi pas, je ne perçois pas de moqueries autour de moi à cause de ça. Garder ses cheveux blancs, c’est pareil. Personnellement je laisse ça à d’autres, je sais qu’un jour j’assumerai mes cheveux blancs, mais je ne suis pas encore prête. 

Quelle femme de 60 ans vous donne envie de vieillir ? Et de 70 ans ? 

Mylène Desclaux : Ni rien ni personne ne me donne envie de vieillir, mais parmi les femmes de 60 ans qui me réconcilient avec l’idée de vieillir je citerai Isabelle Huppert, Siri Hustvedt, Elisabeth Badinter.  Après un certain âge, il reste l’élégance, au propre et au figuré qui n’en est pas moins une forme de beauté.

Vous n’aimez pas le terme quinquas, moi, non plus. Lequel utilisez-vous pour parler de nous, les femmes de 50 ans ?

Mylène Desclaux : Je parle des jeunes femmes de 50 ans. Je suis très contente du titre du livre, c’est optimiste, positif, c’est un pshitt de joie. C’est ce que j’ai envie de transmettre aussi. C’est un moment qui doit être réinventé ou on accepte de changer de braquet. J’ai envie de donner un petit coup à ce qui peut être poussiéreux.
Le titre est un oxymore pour les jeunes, une évidence pour les plus âgées.

 Les trois avantages et inconvénients de la cinquantaine ?

Mylène Desclaux :
Avantage 1 : la légèreté : la question d’avoir des enfants ne se pose plus, celle de faire carrière non plus, dans les deux cas la messe est dite.
Avantage 2 : le temps : comme les enfants sont grands et comme le travail se calme, on a plus de temps.
Avantage 3 : on s’entoure de gens qui nous libèrent, qui nous font du bien. On se désencombre plus facilement de toutes formes de toxicité. La maturité nous a apaisées, mais encore débordantes d’énergie le champ d’expression de cette énergie s’élargit. On va devoir/pouvoir se réinventer.

Inconvénient 1 : les trous de mémoire.
Inconvénient 2 : les problèmes de vue.
Inconvénient 3 : les articulations rouillées. 

 

Les jeunes femmes de cinquante ans de Mylène Desclaux
Editions JC Lattès, 19 €.

 
Valérie Rodrigue et Arielle Granat

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