C’est mon fils ce barbu ?

C’est mon fils ce barbu ?

Les Boomeuses_Cest mon fils ce barbu

On y aurait pensé… que ce petit bonhomme qui tapait du pied pour avoir une image de « crados » allait devenir le type le plus lessivé de la planète, à trois douches par jour ?
Que l’accro à la console, spécialiste du dézingage en ligne,  qui vivait comme un ermite dans sa chambre, entouré de canettes de coca et de kinder bueno allait devenir le type le plus doux qu’on connaisse, et le plus branché bouffe bio ?
Que celle qui voulait absolument des couettes et des chouchous roses, se mettait du vernis sur les ongles et au dessus, faisait tourner sa robe comme une princesse allait devenir cette bourlingueuse de par le monde, hirsute et en total look hippie, féministe de surcroit ?

Mais c’était quand le temps où on ne se nourrissait que de hamburgers-frites pour leur faire plaisir, qu’on organisait des anniversaires avec des pêches à la ligne à n’en plus finir, l’oeil vissé sur l’horloge de la cuisine en se goinfrant de fraises tagada ? C’était quand qu’on reniflait la clope qu’ils sentaient à plein nez en nous jurant que non, que c’était pas eux, nous prenant pour des dingues ? C’était quand qu’on leur rabachait de se lavait les dents, de changer de slip, de chaussettes?   C’était quand les dictées du soir, les révisons du bac, les « tu sortiras quand tu auras fini ! », la première copine découverte au fond d’un lit dont on aura aperçu qu’une touffe de cheveux et une paire de pompes au sol. C’était quand la boule QUIES qui nous était restée coincée dans l’oreille tant on l’avait enfoncée pour ne pas les entendre délirer dans leurs chambres ? Les cuites qu’on a pas vues, pas entendues, les copains qui passaient et dont on mélangeait les noms … ? La maison « open bar », et les fois où on leur a laissé l’appartement pour qu’ils organisent des fêtes, folles que nous étions ?

Aujourd’hui il faut se mettre sur la pointe des pieds pour les embrasser,  on les prend dans nos bras et on a vaguement l’impression d’un truc incestueux, ils hésitent entre la moustache et la barbe alors qu’on a encore en tête leurs joues de bébé. On leur poste des photos d’eux sur FB quand ils avaient trois ans, histoire de faire notre place parmi leurs « amis » et ils nous appellent aussitôt pour dire que là ça va pas le faire et de quoi ils ont l’air ? Et on l’enlève, parce que peut être que c’était cucul en fait, peut être qu’il y a que nous pour ne pas les voir grandir .

Ils ont des enfants qui nous ont fait vieillir d’un coup mais surtout nous ravissent, ils se moquent de nous quand on dit : « mais en francs, ça fait combien ? « . Ils ont des jobs en or, ont fait des études brillantes après qu’on se soit fait les cheveux blancs…. Bien sûr qu’on est soulagées d’avoir fabriqué des êtres humains aussi intéressants (et aussi différents : ça c’est un grand mystère) capables de nous appeler juste pour savoir comment ça va, qui ont un humour à nous faire faire pipi dessus, qui tracent leur chemin dans la vie en zigzagant parfois, qui voyagent à l’autre bout du monde alors que pour nous (en Province) aller à Paris, c’est un voyage. Ils  avancent et c’est gai, ils fourmillent de projets … et quand on les voit comme ça, arriver dans la rue, on pense à cette classe qu’ils ont, cette allure. On pense à leurs pères aussi et on se dit qu’on a bien travaillé, ensemble.

Que tout cet amour, il est là, qu’on les aime si fort.  Pour nous, oui, c’est comme ça, ils resteront toujours nos enfants, nos petits, louves que nous sommes !

 

Dominique Mallié, blogueuse nous livre chaque mercredi sa vision de cinquantenaire sur des sujets qui la touchent, l'émeuvent ou la font s'interroger sous la forme de chroniques au ton décapant. Elle tenait le blog «chic, j’ai cinquante ans » sur l’Express Styles avant de rejoindre Les Boomeuses. Prof de lettres, elle organise régulièrement des lectures de textes qu'elle écrit dans sa ville d' Avignon. Passionnée d'art, elle court les expositions et nous fera également partager quelques-uns de ses coups de coeur pour les artistes.

 

Lire aussi : Self-bashing versus self -loving

 

10 Comments

  • Tellement vrai ! Je suis si fière de ma fille et de voir quelle belle adulte elle est devenue.
    Merci à vous de cette séquence larmes aux yeux !
    Elisabeth

  • Je suis dans l’entre deux. Une position un peu délicate je trouve. Les enfants sont partis mais n’ont pas encore leurs autonomie. A eux la joie de vivre seuls, loin, à l’étranger .je suis fière d’eux .
    Moins de nouvelles quand ils sont amoureux. Les skype s’espacent sauf pour les emmerdes du quotidien . Dis maman je fais comment ?
    J »essaye de profiter de cette nouvelle liberté. La roue tourne et maintenant c’est ma maman qui a pris la place de mes enfants… J’assume mais qui m’assume moi ? sur qui se reposer quand on a un coup de mou ? Mon chien et mes baskets pour penser à autre chose .

    • Nous sommes  » la génération sandwich » en effet entre nos enfants, nos parents dont il faut s’occuper et tout cela sans se négliger … pas si facile, ce sera l’objet d’une chronique prochainement je pense cette » génération sandwich »
      merci pour votre com. et bon we

  • moi je les admire mes grandes (petites)filles etj ‘adore leur façon d’éduquer mes petits enfants..Nous vivons différemment ,puisque les trois travaillent (pour)avec moi..Mais ça aussi c’est tellement bien .En général.

    • c’est vrai que voir le rapport que nos enfants ont avec leurs enfants, c’est un vrai régal ….

  • a 4ans elle m’avait dit « tu es la maman que je rêvais d’avoir quand j’étais dans ton ventre », et à 30, il n’y a pas si longtemps « quand j’étais petite je croyais que les mamans savaient tout, à 18 ans je ne le croyais plus du tout, maintenant je le crois vraiment à nouveau » allons, nous avons encore de beaux moments devant nous…

  • Fierté et nostalgie, voilà ce que je ressens en les regardant. Fierté devant leur courage à mordre dans la vie, à mener tambour battant des études difficiles, fierté de les regarder devenir des gens bien ; nostalgie des boucles blondes, des câlins tout doux, de leur joie simple devant un pain au chocolat apporté à la sortie de l’école. Mais aussi jouissance d’une liberté oubliée, des retrouvailles avec la maîtrise de son emploi du temps, des week-ends en amoureux… Et petite bouffée d’orgueil quand ils viennent nous voir pour un avis, un conseil parce qu’ils ont encore besoin de papa-maman. Nous pouvons encore servir !

    • oui, d’ailleurs à ce propos ( » servir. »..) quand mes fils m’appellent, les deux qui sont partis depuis quelques années, j’attends en général que la conversation ait roulé sur des banalités quotidiennes, le moment où ils me disent  » et au fait, tu sais peut être toi …  » et là vient se dire ce qui justifiait ( entre autres) le coup de fil. C’est vrai que quelque soit leur âge, ils reviennent à nous dans les moments de doute, ou de grande joie.. Enfin, j’ai cette chance car je vois aussi des mères qui n’ont plus guère de nouvelles . Il ne faut pas trop idéaliser cette situation qui est parfois difficile à vivre pour certaines d’entre nous .

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