Cachez ce sein que
je ne saurais voir…

 

©Les Boomeuses, Photo Brigitte Lazaroo
©Les Boomeuses, photo Brigitte Lazaroo

Vous faites partie de celles qui ne savent plus trop à quel saint (sein?) se vouer depuis que la pertinence du dépistage organisé du cancer du sein a été mise en question ? Vous détestez à ce point cet examen que vous passeriez bien votre tour ? Vous aimeriez être sûre que cela vaut bien le coup ? Cet article est pour vous ! Avec la recette habituelle de Mam Gynéco: une bonne dose de données scientifiques validées, une mesure bien tassée de bon sens, un zeste d’autodérision, tout ça saupoudré d’humour, même pour un sujet aussi sérieux !

Le but du jeu aujourd’hui, c’est d’éclairer votre lanterne le plus honnêtement possible et, de grâce, sans polémique, je déteste cela !

Le dépistage organisé et généralisé en France depuis 2004 c’est :

• pour toutes les femmes de 50 à 75 ans
• une mammographie tous les deux ans
• deux clichés par sein
• une double lecture
• des radiologues agréés

Tous les autres cas de figure (femmes à risque, de moins de 50 ans ou avec une pathologie bénigne du sein) sont hors sujet

Reprenons chaque item :

Pourquoi de 50 à 75 ans ?

• 75%des cancers du sein surviennent après 50 ans
• 
l’impact des rayons X est moindre car le sein est au repos
• 
l’image est plus lisible que chez la femme jeune

Pourquoi tous les deux ans ?

• pour ne pas délivrer trop souvent des rayons X
• 
sans pour autant rater des cancer dits « de l’intervalle »

Pourquoi seulement deux clichés et pas trois ?

 toujours par souci de moindre irradiation
• mais pas au détriment du diagnostic grâce à la bonne lisibilité radiographique du sein ménopausique

Pourquoi une double lecture ?

• cela diminue le nombre de faux positifs qui inquiéteraient à tort
• 
on risque moins de passer à côté d’un petit cancer

Pourquoi des radiologues agréés ?

Pour ma part, je ne me contente pas d’adresser mes patientes à un cabinet agréé mais je choisis des radiologues qui ne font que de la sénologie et ceci pour trois raisons

• plus on lit de mammo, plus on a l’oeil aiguisé
• 
le matériel est toujours de dernière génération, précis et peu irradiant
• si une ponction s’avère nécessaire, ce radiologue aura la compétence et l’équipement pour la faire au mieux

Et maintenant passons aux « oui, mais … » !

Oui, mais à force de se prendre des rayons, on finira pas se le fabriquer, ce cancer !

On nous rabat les oreilles avec ces fameuses « doses de rayons » qui nous mettraient en danger. Mais qui est allé voir exactement de quoi il en retourne ? Mam Gynéco !

• un dépistage = 0,4 mSv donc 0,2 mSv par an.
• u
n aller-retour en avion à Tahiti = 0,24 mSv.
• u
n an d’irradiation naturelle en France = 2,4mSv.

Alors, toujours l’impression d’avoir survécu à Hiroshima après votre mammo de dépistage ?

Oui, mais paraît qu’on fait du surdiagnostic ?

Avertissement : « surdiagnosctic » ne signifie pas « erreur de diagnostic » !
De quoi s’agit-il ? La mammographie révèle parfois des images suspectes, en particulier des microcalcifications. La ponction ou la biopsie ne suffisent pas toujours pour donner le diagnostic et il serait nécessaire d’enlever toute la zone chirurgicalement car 30% des microcalcifications suspectes sont cancéreuses. Que faire ? Surveiller en irradiant régulièrement le sein ou en avoir une bonne foi pour toutes le coeur net en opérant ?
L’autre cas de figure pour lequel on parle abusivement de surdiagnostic c’est le cancer in situ, autrement dit un cancer extrêmement débutant. On sait que nombre de femmes, surtout âgées, portent ce type de lésion qui peut ne jamais évoluer. Le hic, c’est qu’à la lumière des connaissances actuelles, nous n’avons aucun moyen de distinguer le cancer in situ qui n’évoluera pas de celui qui donnera un cancer invasif ! D’où, même question que pour les microcalcifications : surveiller ou opérer ?

Oui, mais paraît que le dépistage n’a pas fait diminuer le nombre de morts par cancer du sein

Une étude canadienne, sortie en février 2014, a montré que le dépistage ne diminuait pas la mortalité par cancer du sein. Sauf que le dépistage proposé consistait en une mammo par an pendant 5 ans chez des femmes de 40 à 59 ans ! Rien à voir avec la pratique française !
Selon l’INca (Institut National du cancer) et l’InVS (Institut National de Veille Sanitaire), le dépistage organisé réduit la mortalité par cancer du sein en moyenne de 25 % en évitant 150 à 300 décès pour 100 000 femmes.
La dernière étude de l’INCA et I’InVS rapportée dans le Quotidien du Médecin du 4 février 2016 montre une amélioration du pronostic du cancer du sein avec une survie à 5 ans de 88% et à 10 ans de 76 % attribuable, entre autres, au dépistage organisé du cancer du sein.

Et pas la peine d’être grand druide pour comprendre qu’une tumeur dépistée précocement bénéficiera de traitements moins lourds (pas de chimiothérapie) et moins mutilants.
Et voilà, vous savez à présent pourquoi ça vaut vraiment le coup, tous les deux ans, de se faire aplatir les nénés entre deux plaques bien glacées !

 

Lire aussi : Mam gynéco et le frottis du col

Photo © Les Boomeuses, Brigitte Lazaroo

3 Comments

  • En vaillant soldat, et malgré les angoisses évoquées dans une précédente chronique, je la fais tous les deux ans, cette mammo… j’ai tellement de cas autour de moi de femmes chez qui on a trouvé une petite tumeur et qui s’en sorties avec des rayons et une chirurgie car prise à temps, comme vous le dites, Odile, c’est tellement plus rassurant .
    Et bien sûr qu’il y a des détracteurs, mais pour ma part je fais complètement confiance à mon gynéco…

  • moi, je n’y vais jamais car je ne crois pas que cela sauve des vies, les polémiques sur ce dépistage sont très vives et les campagnes d’octobre rose posent beaucoup de question : beaucoup d’argent jeté par les fenêtres

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *