Voyager seule après 50 ans

A 50 ans, on n’a plus forcément envie de voyager seule.
Marie Dumas, décidément téméraire, après avoir essayé la plongée, s’est décidée à partir seule  en Irlande. En se posant beaucoup de questions, avant de partir, sur sa capacité à voyager seule.
Récit de cette expérience passionnante et riche de rencontres.

5 jours seule en voyage en Irlande

Au joli mois de Mai, pas si joli que cela cette année, je décide de partir quelques jours en solo pour découvrir l’Irlande. Un pays où je souhaitais me rendre depuis longtemps. J’ai prévu un itinéraire traversant l’île, jusqu’au Kerry sur cinq jours avec arrivée et départ à Dublin. Il y a quelques années je me suis remise à l’anglais, c’est l’occasion de mettre en pratique.

La particularité de mon voyage est que je suis partie seule cette fois-ci. Je ne connais personne en Irlande, je pars donc à l’aventure, et je ressens aussi une certaine curiosité vis-à-vis de moi-même.

Après une trentenaire d’années de vacances ou de voyages toujours réalisés en couple ou en famille, suis-je capable de nouveau de partir seule ?

De me retrouver face à face avec moi-même en territoire inconnu ? Vais-je m’ennuyer ? Oser faire des choses seule ? Rencontrer des gens ? Oser leur parler ? Beaucoup de questions envahissent mon esprit, mais je suis sereine et j’ai une grande envie de réaliser ce voyage. Je suis confiante en la quantité de «possibles» qui s’offriront à moi.
Arrivée à Dublin, première surprise, il fait un soleil magnifique.

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Dublin et ses pubs

J’ai réservé dans une Auberge de jeunesse en plein centre-ville et je m’y rends sans difficulté avec le airlink express.

Pour la première fois, je vais dormir en Auberge de jeunesse, qui en réalité accueille des personnes de tous âges.

A mon arrivée je rencontre une jeune allemande, de l’âge de mes enfants, avec qui nous bavardons un moment dans mon anglais mal assuré. Dans la suite de mon voyage beaucoup de jeunes gens de différentes nationalités, habitués aux voyages, s’adresseront à moi et nous partagerons quelques mots sur nos histoires et notre voyage. J’admire cette spontanéité chez ces jeunes qui se sentent «habitants du monde». Ils étaient parfois surpris qu’une femme de mon âge voyage seule et me posaient des questions sur le pourquoi de ce voyage. Mais c’était toujours très agréable de partager des rires avec eux et ces moments de fraîcheur.

Premier jour à Dublin je me promène dans le quartier de Temple Bar et découvre les petites rues chargées de pubs aux façades colorées et fleuries, résurgence d’un autre siècle. Beaucoup de photos du début du XXème sont d’ailleurs exposées dans les vitrines retraçant l’histoire du quartier.

Je pousse jusqu’à St Patrick’s catédral et m’installe sur un banc. Le parc est empli de personnes allongées sur l’herbe ou assises sur les bancs, exposant un maximum de chair blanche aux rayons du soleil. Un homme, costume trois pièces me demande s’il peut profiter du soleil sur mon banc. Je réponds oui, un peu méfiante tout de même. Il engage la discussion. Très vite, il me dit une phrase que j’entendrai au moins une fois par jour durant tout mon séjour « j’adore la France » Nous discutons un moment : du temps, de ses voyages en France, de Dublin, puis je poursuis ma visite.

Mais Dublin est une grande ville malgré tout, et je me sens un peu perdue. Je décide néanmoins de satisfaire ma curiosité en allant déguster une bière à Church Pub, cette église transformée en Pub. J’apprendrai par la suite que plusieurs églises ont ainsi trouvé une nouvelle affectation dans ce pays où la foi religieuse à beaucoup chutée. Celle-ci ressemble à une grosse ruche ou le liquide ambré ou blond ferait office de miel et les buveurs d’abeilles.

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Church Pub, une église transformée en pub

Je rentre en longeant la Liffey ce grand fleuve qui traverse la ville, beaucoup de SDF commencent à s’installer sur les quais pour la nuit car là aussi la précarité de certains est bien présente.

Le lendemain je traverse le pays en bus, contemplant ces grandes plaines vert vermillon où paissent les troupeaux, toujours sous le soleil, pour arriver à Killarney dans le Comté du Kerry.

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Je m’installe au Black Sheep Hostel (la brebis galeuse). Une auberge de jeunesse très cosy, tenue par des jeunes gens, qui vient d’ouvrir. Rien à voir avec l’immense Abigails de Dublin. Ici les dortoirs scandinaves sont petits et calmes, une cuisine bien aménagée vous fait vous sentir comme à la maison. Et j’apprécie tout particulièrement le jardin avec son petit potager et sa basse-cour qui vous permet d’avoir des œufs frais pour le petit-déjeuner. En plus d’être très agréable, le prix est très doux, 18 € la nuit avec petit déjeuner très complet en libre-service. Ici aussi de belles rencontres avec des voyageuses de passage m’attendent. Jenny, jeune américaine qui fête ses 25 ans le jour même, elle fait un premier voyage en solitaire pour prendre un peu de distance avec ses parents, où Cristin écossaise de plus de 50 ans, qui fait le tour du Kerry à pied pour prendre de la distance avec son métier de travailleur social. Intéressant cette fonction du voyage !

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The black sheep hostel, une auberge de jeunesse très cosy

Mon troisième jour est consacré à la randonnée dans le Parc National. Je pars en bus à Muckross house. Cette demeure Victorienne transformée en musée, possède des jardins magnifiques avec des arbres très anciens et ce sont des gerbes de fleurs roses, rouges, violettes, qui jaillissent en abondance avec une harmonie réglée par les mains d’homme : azalées, rhododendrons…

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Muckross house une demeure victorienne transformée en musée

 

Je débute ici ma balade à pied jusqu’à Torc waterfall une jolie petite cascade. Cette randonnée est des plus agréables. Dans un paysage bucolique ou les verts, les bleus se marient à souhait, relevés de pointes colorées jaunes ou rosess.
Je rejoins la petite ville à pied et après ces 15 kilomètres de marche je m’offre un petit restaurant, Le Aan Sceal Eile. Je déguste le saumon fumé local.

Le soir les rues de Killarney s’emplissent de musique : des musiciens de rue, de la musique qui déborde de nombreux pub, et pas de problème pour enter et vous installer sur un tabouret vide même si un groupe est déjà à la table et que vous ne consommez rien, ouvrez juste vos oreilles et suivez le rythme.

Mon quatrième jour est dédié au Tour du Kerry que je ferai avec la compagnie de bus locale Un moyen, si vous ne souhaitez pas conduire une voiture Irlandaise, de vous déplacer en admirant les paysages, on peut y trouver des audio guides en Français pour suivre les explications et plaisanteries du chauffeur. Ce tour permet sur la journée de découvrir des paysages très variés avec pour commencer les tourbières ou l’eau est captée pour la préparation du whisky, les élevages de mouton, les côtes dentelées aux ciels très changeants à l’extrême ouest et enfin les paysages montagneux et lacustres avec l’arrêt au Ladies view où la reine Victoria dit–on avait pu admirer la vue panoramique sur le lac en compagnie de ses dames de compagnie.

Le soir dégustation de glaces chez Murphy’s et rencontre avec des jeunes étudiantes françaises et italiennes autour de ce merveilleux pêché gourmand. Les serveuses sont aussi d’une extrême gentillesse et vous font déguster les divers parfums de crèmes glacées pour vous permettre de choisir la vôtre.

Le quatrième jour, je refais le voyage inverse en bus jusqu’à Dublin et partage une partie du trajet avec deux jeunes gens un Argentin et un Anglais. Ils sont bavards et curieux et nous discutons en mélangeant les trois langues.

Soirée à Dublin dans le tumulte de la ville hétéroclite où je redeviens une anonyme au milieu d’une multitude de touristes internationaux. Petit shopping bien sûr avant le départ dans les rues commerçantes de Collège Green et dégustation d’une bonne soupe au « The Bank » au son du piano bar. Là encore reconversion d’un bâtiment bancaire de style Victorien devenu en 2003 restaurant. Très sympa de déguster simplement une excellente soupe de légumes avec du bon pain beurré dans ce cadre somptueux entouré des bustes de grands banquiers. Et tout ceci pour un prix très abordable 4,80 €.

Voilà le voyage s’achève le lendemain. J’ai passé 5 jours fabuleux à découvrir un pays magnifique dans lequel je compte revenir, des gens gais et chaleureux et surtout j’ai aussi appris beaucoup sur moi-même.

Dépassons un peu nos peurs de l’inconnu et ouvrons nous au monde, nous y découvrirons aussi de belles personnes et de jolies choses. Ne restons pas repliés sur ce monde qui certes peut aujourd’hui aussi être effrayant, mais qui n’est pas que cela. Gardons un peu d’optimisme sur la jeunesse et prenons exemple sur sa spontanéité et sa joie de vivre. Car nous aussi malgré nos cinquante ans passés nous avons encore beaucoup à vivre et découvrir pour peu de le vouloir. Osons donc !

Marie Dumas Mérida

2 Comments

  • Répondre août 17, 2016

    christine zaghdoudi collin

    bravo et merci pour ton récit

  • Répondre juillet 19, 2016

    matchingpoints

    Une belle expérience avec de belles rencontres ! Peut-être faut-il bien choisir sa destination ?
    Un voyage seul est aussi un voyage de réflexion sur soi-même !
    Un bel article !

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