Désirs croisés, chapitre 1, une nouvelle de Dominique Mallié

 Désirs croisés, chapitre 1, une nouvelle de Dominique Mallié

Après avoir croqué pendant un an notre société, l’amour, les hommes, le  couple, les enfants… avec beaucoup d’humour, Dominique Mallié passe à un autre genre,  la nouvelle à suivre chaque semaine sur les Boomeuses.

Pour commencer, le premier chapitre d’une nouvelle intitulée DÉSIRS CROISÉS à tous les mercredis.

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©Aquarelle de Patrick Pichon

Place 83

Place assise 84, duplex haut, voiture 03, TGV 5323, départ à 10h15 Avignon TGV, arrivée Paris gare de Lyon à 12h45.
Le train allait partir à l’heure : la voix doucereuse de l’hôtesse  venait de l’annoncer.  Antoine se cala sur son siège, étendit ses jambes, regretta de n’avoir rien pris à lire en dehors de ce roman de Marc Dugain que Claire avait glissé dans sa valise avec pour consigne de lui faire un petit résumé. Rien de léger à se mettre sous les yeux : une revue par exemple, un truc people qui lui aurait vidé l’esprit.
Personne face à lui, à cette place isolée,  encore deux minutes et ce serait bon, il allait pouvoir garder ses jambes allongées, somnoler peut être sans se soucier de sa bouche qui s’ouvrirait, la mâchoire tombante, sans se soucier de baver un peu peut être, ronfler surement.

Claire n’avait posé aucune question quant à son emploi du temps exact de ces quelques jours parisiens. Elle était ainsi, une femme douce et aimante, souriante, apaisante . Il aimait penser à elle, faire jaillir son sourire et son regard dans ses pensées. Il aimait cette vie qu’ils s’étaient faite, leurs projets communs.

Le compartiment se remplissait lentement : des couples pour la plupart, excités à la perspective d’un week-end dans la capitale, peu d’enfants… Ce qu’il lui fallait : du calme. Le voyage promettait cela.

Le train allait partir, elle arriva.

Elle, une femme dont il sentit l’odeur avant même de voir le visage. Son billet à la main, elle passa près de lui, le dépassa en fait, cherchant sa place, un sac dans l’autre main, un grand sac qui lui heurta l’épaule, rouge assorti à la robe qu’elle portait et qui tranchait dans l’uniformité de couleurs sombres de cette fin d’après midi d’hiver. Ce fut cela qu’il vit et elle revint sur ses pas, un peu voutée du poids du sac,  s’assit et lui fit face. Il ne pourrait pas étendre ses jambes, il ne pourrait rien faire d’autre que la regarder en fait, il le sentit ainsi : fulgurance de cette femme que la SNCF lui mettait devant les yeux comme un livre à lire, celui que Claire avait glissé dans son sac, celui qu’il n’avait pas acheté.

Peu de maquillage, une cinquantaine d’années, peut-être, un peu plus, un peu moins. Il devient difficile de donner un âge aux femmes aujourd’hui. L’iris, c’était ça le parfum qu’il avait senti d’abord, il le reconnaissait à présent, le même que celui de Claire, drôle de coïncidence.

Commodité du voyage : le wagon restaurant était à côté. Antoine accueillit avec plaisir cette nouvelle. Il détestait par dessus-tout traverser les rames, la démarche branlante, s’appuyer çà et là sur les sièges, être observé dans sa déambulation. Elle avait sorti un livre.  Elle attrapa une pince dans son sac et attacha ses cheveux . Comme elle se baissait pour saisir son sac sous le siège, Antoine lut distinctement le tatouage qui ornait le bas de sa nuque :  »  l’amore ».

Le train partait, la voix de l’hôtesse se fit de nouveau entendre.

A suivre…

© Aquarelles de Patrick Pichon en  vente sur son site

 

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