Le traitement hormonal de la ménopause, ange ou démon ?

Le traitement hormonal de la ménopause, ange ou démon ? 

Traitement hormonal de la menopause_Les Boomeuses

 

La ménopause, souvenez-vous, c’est un an complet sans règles, même pas une goutte, aux alentours de 52 ans.

Si elle est bien supportée, avec des bouffées de chaleur rares et bien tolérées, pas de déprime, un bon sommeil, une bonne adaptation de la vie sexuelle, alléluia, continuez sans moi, vous avez tiré le gros lot !
Si c
’est tout le contraire ou si vous vous dites que vous essayeriez bien le traitement, juste pour voir si ça ne vous boosterait pas un peu, alors banco ! Seulement voilà, avec tout ce qu’on lit et qu’on entend, vous voilà pas très rassurées …

Je vous propose d’appliquer la même pédagogie que pour l’article sur le dépistage du cancer du sein : des études scientifiques incontestées, de la médecine raisonnée et raisonnable et, comme d’habitude, l’expérience et le bon sens de Mam Gynéco !

Mais tout d’abord, que pouvez-vous attendre d’un traitement hormonal de la ménopause (THM) ?

La disparition complète des bouffées de chaleur, une muqueuse vaginale de jeune fille (ou presque …), une amélioration du sommeil (surtout avec la disparition des bouffées de chaleur nocturne), moins de troubles de l’humeur, un meilleur tonus, des nonosses plus solides, un cerveau plus véloce (en langage de docteur, il s’agit de vos fonctions cognitives) et des vaisseaux moins scléreux. Pas mal, non ?

Et qu’est ce qui vous met le trouillomètre à zéro ?

La grande crainte concerne le cancer du sein. Des études américaines1 et anglaises2 montrent que de prendre un THM tel qu’il est prescrit dans ces pays-làmultiplie le risque de cancer du sein par 1,6. Or en France, l’étude E3N3, débutée en 1990 avec un effectif de 80 000 femmes, révèle que si on utilise de la progestérone micronisée (Utrogestan*et ses génériques), on n’augmente pas le risque de cancer du sein. On ne le diminue pas non plus, et malheureusement 1 femme sur 9 en France aura à faire face à cette maladie dans sa vie. Ce n’est pas parce qu’une femme qui a eu un cancer du sein n’a pas le droit de prendre ou continuer un THM, que pour autant cela signifie que celui-ci en est la cause. Pas facile à comprendre tout ça, et pourtant scientifiquement évalué.

L’autre crainte est le risque cardiovasculaire. Là aussi, les études américaines et anglaises mettent en garde mais pour des produits qu’on ne donne plus en France depuis belle lurette ! D’autres études4 démontrent parfaitement que si on utilise l’œstrogène naturel, le 17 béta oestradiol, par voie transcutanée (application d’un gel ou d’un patch sur la peau), au lieu d’augmenter le risque vasculaire, on le diminue. C’est logique, puisque les oestrogènes naturels ont un effet protecteur, en particulier sur les risques artériels (accident vasculaire cérébral, infarctus). Pour les risques veineux (phlébite, embolie pulmonaire), c’est plus discuté, ça dépend aussi du type d’oestrogène et de sa voie d’administration. L’étude ESTHER5 révèle que si l’on utilise du 17 béta oestradiol par voie transcutanée, on n’augmente pas le risque d’accident thromboembolique veineux.Avec toutes ces références scientifiques vous voilà armées pour répondre aux Cassandre qui veulent vous faire peur et vous priver du confort du THM !

Pour faire simple, si vous n’avez pas de contre-indication (cancer du sein ou de l’utérus, antécédent de phlébite, risque familial de phlébite ou d’embolie), et que vous supportez mal votre ménopause, ne vous privez pas d’essayer et jugez sur pièce !

En pratique, on fait comment ?

Si on souhaite entreprendre une traitement hormonal de sa ménopause, il fait attendre qu’elle soit confirmée par un an sans règles. Bis repetita placent ! Le traitement associe deux hormones : loestradiol transcutané (gel ou patch) et la progestérone micronisée.

Il existe aussi des comprimés avec les deux hormones combinées (Climaston*), mais la progestérone n’y est pas micronisée et l’oestrogène se prend de fait, par voie orale. Enfin, pour tout vous dire, il y a encore Livial*, une seule molécule qui n’a pas le recul de l’étude E3N, cher et non remboursé, mais en deuxième intention, c’est pas défendu !

L’hormone qui va vous changer la vie, c’est l’œstrogène, parce que c’est sa carence qui est responsable de tous les maux de la ménopause. Le but est de trouver la dose minimum efficace. On commence par exemple par 2 pressions d’Estréva* par jour et si au bout de 15 jours il y a encore des bouffées de chaleur pénibles, on passe à trois pressions. Si les seins sont tendus, c’est qu’il y a surdosage, alors on diminue d’une pression. Fastoche, non ?

Dans le THM, la progestérone ne sert qu’à protéger des oestrogènes lendomètre qui tapisse l’intérieur de l’utérus. En effet, si l’on donne des oestrogènes seuls, sans progestérone, on augmente le risque de cancer de l’endomètre. La progestérone est à prendre au coucher car elle induit une somnolence (tant mieux pour les insomniaques) et des vertiges. On peut aussi mettre la capsule de progestérone dans le vagin, il n’y a alors aucun effet de type vertige et somnolence, tout en conservant bien sûr l’effet protecteur sur l’endomètre.

Si vous avez subi une hystérectomie, il n’y plus ni utérus ni endomètre, donc pas besoin de progestérone!

Actuellement on a montré que même au bout de 10 ans de prise, le traitement à la française n’augmente pas significativement le risque de cancer du sein. En pratique, au bout de 4 à 5 ans, les femmes s’interrogent souvent sur l’opportunité de poursuivre le traitement.Il suffit alors de faire une fenêtre thérapeutique et voir comment on se sent sans traitement ! Neuf fois sur dix, on ne tient pas plus d’un mois parce que tous les désagréments qui avaient justifié jadis la mise en route du traitement reviennent au galop, bouffées de chaleur en tête ! Par contre, ce qui me semble intéressant c’est de baisser progressivement la dose d’oestrogène (le gel), tous les 3 à 6 mois par exemple, pour essayer d’atteindre la dose minimum pour obtenir un confort acceptable. Vous verrez qu’avec les années il vous en faudra de moins en moins !

Et du point de vue sexuel ? Et voilà la question qui vaut bien une chronique complète à lire dans 15 jours !

1 Writing Group for the Women’s Health Initiative Investigators.
Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women. Principal results for  the Women’s Health Initiative. Randomized control trial
JAMA 2002;228:3:321-33.
2 Collaborative Group on Hormonal Factors in Breast Cancer. Breast cancer and hormone replacement therapy: collaborative reanalysis of data from 51 epidemiological studies of 52 705 women with breast cancer and 108411 women without breast cancer.
LANCET. 1997; 350: 1047–1059
3 Fournier A, Berrino F, Clavel-Chapelon F.
Unequal risks for breast cancer associated with different hormone replacement therapies: results from the E3N cohort study.
Breast Cancer Res Treat 2008;107:103-11.
4 Renoux C, Dell’aniello S, Garbe E, et al.
Transdermal and oral hormone replacement therapy and the risk of stroke: a nested case-control study.
BMJ 2010;340:c2519.
5 Scarabin PY, Oger E, Plu-Bureau G et al. Differential association of oral and transdermal oestrogen replacement therapy with venous thromboembolism risk.
LANCET 2003; 362:428-32. 

1 Commentaire

  • Répondre mars 11, 2016

    nadine

    Le traitement n’est qu’un pis aller, c’est reculer pour mieux sauter ! j’ai préféré laisser la nature faire son travail, et m’y adapter. Les contraintes ? on finit par s’y habituer et les gérer.

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