Shopping Mère Fille : complicité générationnelle ?

Guillerettes, nous nous apprêtons à faire les boutiques avec notre fille. Un temps buissonnier qu’on projette dans la joie de partager un moment de vraie complicité. Car c’est elle qui nous l’a demandée…« M’man, tu viens avec moi ? j’ai envie de m’acheter des trucs… ». Loin de nous l’idée qu’elle en veut à nos sous généreux, et derrière nos têtes de coquettes, nous nous disons qu’il est temps, oui, de donner un coup de jeune à notre garde-robe. Sous l’œil acéré mais néanmoins bienveillant, c’est sûr, de notre progéniture.

L’aventure est au coin de la rue, et de la relation que nous avons tissée, avec le temps, avec notre image, notre corps et notre vieillissement. Faire ses achats avec nos filles comme implication émotionnelle maximale ? Oui. Nous l’avons toutes rencontrée…

Ça commence par le choix du magasin. Jeunesse oblige, défilent les H&M et autres Zara dans un premier temps, du plus chic et cher ensuite, après un regard questionneur de la fille … « On y va ? ». « On » préfère. L’expérience des premières enseignes a plutôt été difficile.

La farfouille expérimentée de la fille qui sait ce qu’elle veut – à quel âge ai-je su m’habiller, se demande la mère qui attend devant la cabine ?

Dont ressort une tige en-shortée de noir et top quasi less sur le dessus. Elle est belle ma fille, mais elle ne mettra jamais ça, jamais-jamais. Trop sexy trop vulgaire trop tout, rien quoi…

Qui parle ? Quelle part de nous-mêmes soudain choquée nous empêche d’adhérer à cette « autre », notre propre fille, qui nous échappe en échappant à l’image que nous nous en faisons. À notre désir qu’elle soit comme on le voudrait, petite-grande sans trop d’aspérité, c’est-à-dire droit dans nos bottes et codes esthétiques… Cet accoutrement comme pied de nez à son éducation ? Provoc intergénérationnelle ? Test d’une mère en quête de trop de sororité ? Son non-achat comme geste d’empathie ? « Alors on y va M’man ? »

La boutique chic et chère répond mieux à nos critères, au point qu’on en oublie la fille et partons dans un moment de rêverie auto-centrée… « Hmmm, ça m’irait bien ça, non ? » Un « non » indirect, un murmure à son adresse, si bas qu’il laisse sa place au désir et à la cabine d’essayage.

Dont on sort sur un nuage et des talons qui parachèvent l’ensemble.

Coup d’œil à la glace, c’est bon. Coup d’œil à l’image interne, c’est bon aussi. Coup d’œil à la fille, c’est pas bon, pas bon du tout. « M’man, tu vas pas mettre ça » !

Tout empêche de demander pourquoi. L’œil hésitant de la vendeuse y est pour si peu. C’est elle, notre fille, si belle dans sa quasi même tenue que la nôtre, une fille et une femme dans le miroir objectif du temps, une déflagration légère qui brouille le regard et acère la conscience d’un corps qui a changé, mûri, s’est arrondi ou angularisé, face à notre désir sourd et aveugle, immémoriel, d’une identité toujours la même.

Un sentiment de révolte. « Attends, j’ai fait gaffe de ne pas essayer un short quand même ! » crie en nous l’ado vexée et flouée qui ne baisse pas les armes. « Attends, j’ai bien envie de séduire encore » pleure en nous la femme face à une autre femme.

Nous payons la parure de notre fille, nous payons notre pirouette à la cinquantaine qui se veut beaucoup trop jeune, beaucoup trop pareille à l’âge de sa fille, pas assez reliée à celle nous sommes aujourd’hui.

Le lendemain nous cueillera plus dispose à choisir ce qui nous convient, dans cette conjonction qui nous habite désormais de « faire-avec-sans-se-vieillir-ni-vouloir-paraître-trop-jeune ».

Quelle aventure… Quel beau travail que de rassembler dans une parure un paraître qui nous ressemble.

 

 

 

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Photo©Comptoir des Cotonniers

2 Comments

  • Répondre juin 23, 2015

    matchingpoints

    Pas évident de trouver l’équilibre entre le jeunisme et sa place. Encore plus dur lorsque nous sommes à côté d’une belle jeune femme…Mais finalement, ce sont nos filles qui savent bien nous conseiller, elles nous empêchent d’être tentées par le ridicule, comme nous savons les guider aussi.

    • Répondre juin 23, 2015

      Les Boomeuses

      Oui et c’est bien agréable de pouvoir faire du shopping mère/ fille.

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