Pyrénées : le Parc fête ses 50 ans

Pleinement mature, le Parc national des Pyrénées, qui s’étire sur 100 kilomètres le long de la frontière avec l’Espagne, ne se contente pas de préserver faune et flore. Il promeut aussi les savoir-faire locaux. Rencontres-témoignages dans un bel écrin montagnard.

Quel cadre de vie somptueux ! Les sommets de la chaîne pyrénéenne se découpent sur un ciel azur et semblent servir de repères aux habitants des vallées, celles de l’Ouzoum, d’Ossau, d’Aspe ou encore du Val d’Azun. Les fougères qui recouvrent les pentes, de-ci de-là, ont pris des teintes automnales, tandis que les prairies s’agrémentent de crocus aux jolies couleurs mauves et de grassettes dont le vert tendre dissimule la vocation carnivore.

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Le pic de Gabizos culminant à 2639 mètres en surplomb de la ferme Cazaux dans le Val d’Azun.
Sur les hauteurs du plateau du Bénou.

On comprend que ce patrimoine naturel d’exception soit mis sous protection depuis déjà un demi-siècle. « Sous protection, mais pas sous cloche », nuance Laurent Grandsimon, le président du Parc national des Pyrénées. Si le cœur du Parc est préservé de toute dégradation par une réglementation stricte, sa vaste périphérie concilie développement durable et biodiversité. « Les hommes qui vivent en harmonie avec le Parc et déploient leur savoir-faire en prenant soin de ces espaces fragiles méritaient d’être salués. » C’est le sens de la création, en 2015, d’une marque, « Esprit parc national ». Elle bénéficie dans les Pyrénées à une centaine de personnes, œuvrant dans les filières les plus diverses.

À Beaucens, Marie-Andrée Lanne et Maxime Smuga, se sont lancés dans la création d’objets et de mobilier en bois. « Des objets qui ressemblent à notre région, disent-ils, c’est-à-dire, à la fois simples, épurés et utiles. » Artistes autant qu’artisans, ils s’improvisent aussi avec succès décorateurs d’intérieur. Leur parcours n’a sans doute pas toujours été rose, à en juger par l’emblème qui figure à l’entrée de leur atelier : un cactus planté dans un brodequin…

Dans le village voisin d’Arcizans-Avant, Laurent Saint-Martin préside aux destinées de l’auberge-restaurant « Le Cabaliros ». Le menu du terroir est à l’honneur. Outre la garbure bigourdane, le maître-restaurateur propose des rillettes de truite locale, un civet de mouton de la race autochtone Barèges Gavarnie, un plateau de fromages des Pyrénées et des figues du jardin. « Pour moi, souligne Laurent Saint-Martin, l’Esprit parc national est un réseau de bien vivre ». Manière de dire que fonctionnent des synergies entre bénéficiaires de la marque : la viande de vache ou de mouton d’éleveurs ainsi estampillés ou encore de producteurs de fromages se retrouvent sur la table du « Cabaliros ».

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Le village de Bielle en contre-bas du plateau du Bénou. À l’arrière-plan, la chaîne des Pyrénées.

Distingués également, les propriétaires d’hébergements. C’est le cas par exemple d’Aurélie Paquet qui a transformé en compagnie de son mari une antique grange servant d’entrepôt pour le foin et d’étable pour le bétail en un agréable gîte écologique à Arras-en-Lavedan. « Nous avons réduit au minimum toutes les consommations, grâce aux toilettes sèches, à un chauffe eau solaire et un poêle à inertie. Il suffit d’une bonne flambée de deux heures pour assurer la chaleur du lieu pour le reste de la journée et la nuit. » Non loin, à Arrens-Marsous, Sylvie et Jean-Paul qui ont repris la Maison Sempé offrent cinq chambres d’hôtes rénovées avec soin et vous gratifient d’un accueil très convivial.

Le lendemain matin, nous grimpons jusqu’à la ferme Cazaux. Bonne surprise, nous arrivons le jour de la tonte annuelle des brebis. Jean-Pierre Cazaux a convié à l’exercice ses amis éleveurs du coin qui se relaient pour manier la tondeuse ou les ciseaux et délivrer de leur épaisse toison de laine l’ensemble du troupeau. Au passage, on pointe qu’il n’est pas nécessaire d’être engagé dans le bio pour se voir décerner la marque « Esprit parc national ». Jean-Paul Cazaux et les siens ont été notamment honorés parce que leurs prairies produisent en abondance une herbe de qualité. « Nous disposons d’une autonomie fourragère et nous produisons un fromage qui a décroché plusieurs prix dans les salons agricoles », glisse le jeune retraité. Visiblement, il a déjà bien profité de quelques moments de loisirs. Il nous montre sa collection de sonnailles ramenées de contrées lointaines. « Ces cloches étaient accrochées au cou de yaks au Népal, ces autres à ceux de lamas du Pérou et de Bolivie. »

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Dans la vallée de l’Ouzoum, à Arbéost, Mathieu et Julia Legris se consacrent à la culture de plantes médicinales et aromatiques. « Un art de vivre autant qu’un métier », convient le couple militant engagé au sein de l’association « Nature & Progrès ». Ils ont décidé de prendre résolument le contrepied de « l’agriculture conventionnelle », qualifiée d’« agriculture chimique de sortie de guerre ». Le jardin de leur petite entreprise, « Vrac en herbes », a l’air de bien s’en porter et le jeune couple confectionne, après séchage sur claies des feuilles, toute une gamme de tisanes de leur composition. Pour les soirées d’hiver, la tisane revigorante à base de thym hirsute, de menthe de Crète et d’achillée millefeuille est recommandée.

Mathieu Legris, producteur de plantes aromatiques et médicinales à Arbéost

La balade d’une vallée l’autre a permis de faire la connaissance d’autres artistes originaux : Jean-Jacques Abdallah, sculpteur sur marbre et pierre, qui, au débotté, sort de sa camionnette, l’une de ses dernières œuvres, une tête de bélier ; ou Suzanne Le Callou, céramiste, qui a réalisé toutes les plaques de rues du village de Bilhères, ornées de chardons bleus, plantes endémiques de la vallée de l’Ossau.

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Jean-Jacques Abdallah, sculpteur sur marbre et pierre, avec l’une de ses dernières œuvres.
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Suzanne Le Callou, céramiste, a réalisé les plaques des rues du village de Bilhères.

Frédéric Delord, accompagnateur montagne, nous entraîne, lui, sur le plateau du Bénou et nous familiarise avec la grande variété des rapaces : des gypaètes barbus aux majestueux aigle royal en passant par les milans ou les buses à queue en éventail. Heureusement que Frédéric a lesté son sac à dos de maquettes en bois, car ce jour, malgré le temps clément, les rapaces en question se refusent obstinément à planer et à strier le ciel.

Des maquettes en bois pour découvrir les rapaces de la région.

 

On se console au Ludopia du village d’Accous. Cet espace ludique et de découvertes sensorielles de la vallée d’Aspe est un petit paradis pour les enfants, mais aussi leurs parents qui les accompagnent volontiers. Bonne idée, deux apiculteurs, Hélène Berthomé et Damion Chauvet, nous ont rejoint en ces lieux. Nous humons les miels locaux comme il se doit et nous dégustons sans nous faire prier leur délicieux pain d’épices, élaboré avec du miel à la place du sucre. Un régal.

Au terme du périple, le sentiment prévaut que la marque « Esprit Parc national » a enclenché une dynamique et donné un surcroît de fierté à ceux qui en bénéficient. Certes, tous les débats sont loin d’être clos. La difficile cohabitation entre l’ours et les brebis alimente les conversations. « C’est surtout vrai dans le département voisin de l’Ariège où les plantigrades sont une trentaine, alors qu’ils ne sont que trois dans nos espaces de Bigorre et du Béarn », corrige Joël Combes, chargé de mission au Parc national des Pyrénées. Il faut aussi compter avec les réserves du « Béarnais chantant », l’inénarrable Jean Lassalle, « entré en résistance » contre le Parc, cette initiative étant assimilée à une quasi mainmise de l’État sur « son pays ». Mais cette ode folklorique ne fait pas chorale. Déjà 63 communes ont adhéré au Parc national des Pyrénées et d’autres souhaiteraient signer prochainement la Charte du territoire. Que socio-professionnels, artisans et défenseurs de la nature communient dans le même esprit est, à n’en pas douter, un signe encourageant, tant dans les Pyrénées que dans les neuf autres parcs nationaux.

Texte et photos : Yves Hardy

Infos

– Y aller. Paris-Lourdes/Tarbes en avion avec Hop (1h15 de vol, puis voiture de location).

–  Y séjourner. Chambres et table d’hôtes à la Maison Sempé d’Arrens-Marsous :

– Y déjeuner : Le Cabaliros à Arcizans-Avant :  et restaurant « Les Perchades » à Bilhères-en-Ossau. Tél : 05 59 82 66 89.

 – Cadeaux : Pain d’épice et miel local auprès des « Ruchers d’Hélène » à Bedous. Tél : 06 38 77 82 82 ; et céramique d’art de Suzanne Le Gallou à Bilhères. Tél : 05 59 82 61 20.

–  Guide. Géoguide Pyrénées (Gallimard, 14,90 €).

 Plus d’informations : www.espritparcnational.com et  Parc national 

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