Sophie Carquain
la passion de l’écriture

Du journalisme au roman, il n’y qu’un pas que Sophie Carquain a franchi progressivement pour se consacrer désormais à sa passion de l’écriture et des histoires. Itinéraire littéraire choisi, assumé et heureux !

Sophie Carquain, Paris, septembre 2013.Pour Albin-Michel.

C’est quoi être une Boomeuse ?

C’est avoir plus d’énergie que la moyenne, ne compter aucun frein à sa créativité, bousculer toutes les inhibitions et les procrastinations, si fréquentes à vingt ans. C’est se dire chaque jour : « J’ai envie de le faire ? Allez, hop, je le fais…Et tout de suite ». C’est se mettre à chanter à tue-tête parce qu’on en a envie, sans se dire : « Chut, on m’entend »….

A 50 ans, vous changez radicalement de profession. Pourquoi ?

Je n’ai pas changé radicalement, elle a évolué. Journaliste passionnée depuis l’âge de 23 ans, j’ai toujours écrit par ailleurs des nouvelles, albums pour enfants, etc. A partir de 50 ans, la proportion s’est inversée. Depuis ma biographie romancée, « Trois filles et leurs mères, Duras, Beauvoir, Colette » (ed. Charleston, 2014), les livres sont devenus vraiment ma priorité absolue. En huit mois, cette année, je publie quatre livres : deux pour enfants, deux pour adultes. « Ma maîtresse est un dragon, 30 histoires pour aimer l’école » (Zethel), « Simone de Beauvoir une jeune fille qui dérange » (Marabulles), un scénario sur la vie de Beauvoir. Et puis, dans quelques mois, en mars prochain, mon premier roman en littérature adulte, « Manger dans ta main » (ed. Albin Michel). Suivi, un mois plus tard d’un petit roman pour les 8-10 ans, « Un yéti dans ma classe » (Talents hauts). Ca peut sembler phénoménal mais c’est aussi une coïncidence de calendrier.

Qu’avez-vous changé d’autre ?

Depuis deux ans, je suis devenue conseillère éditoriale dans une maison d’éditions (les éd. Leduc). Je lance des projets, je recrute des auteurs. Ca aussi, c’est un métier de la maturité. On connaît un réseau de bons auteurs potentiels, on a développé une certaine intuition des vrais bons sujets. Je suis très fière et amoureuse des projets que je lance aussi ! En 2017, j’ai participé au lancement d’un livre sur l’anxiété au féminin, sur les dépendances affectives, les chagrins d’amour, et bien d’autres.

Pourquoi 50 ans est-il l’âge idéal pour changer de vie ?

Je dois dire que cette année marque un tournant dans ma vie, avec la publication de ce premier roman adulte (« Manger dans ta main » voir plus haut). Je l’ai tellement souhaité ! Je me suis tellement dit : « Je dois publier un roman avant trente ans » (un peu comme Sartre le disait à Simone de Beauvoir !). En réalité, comme si toutes les pièces du puzzle se mettaient en place, à 50 ans, c’est bien plus facile de réussir. Même quand (comme c’est le cas dans mon roman) il met en en scène des adolescents, une jeune femme de 25 ans, etc. On est capable, comme un comédien, d’endosser tous les rôles !

Des projets ?

Toujours ! J’ai un petit calepin sur lequel je note mes idées, des débuts d’histoires. J’ai débuté un nouveau roman pour adultes (une histoire de soeurs jumelles), mais j’ai très envie d’écrire un roman humoristique pour les adolescents…Et un autre scénario de BD.

Avantages et inconvénients de la cinquantaine ?

On se distancie totalement du regard de l’autre. Quand je vois les adolescents, si inquiets de savoir ce que l’on pense d’eux, désireux de rentrer dans le moule, passant de longues minutes devant leur miroir je ne les envie pas du tout. On est tellement plus libre, à cinquante ans ! Evidemment, le corps se transforme, on fatigue plus qu’avant. A 35 ans, je pouvais dormir 5 heures par nuit, m’occuper des enfants, bosser, faire du sport…Sans être fatiguée. Aujourd’hui je suis toujours ce rythme. Mais le soir, je renonce aux mondanités et file sous la couette. Je m’écoute plus, je le fais davantage plaisir, j’ai adopté une bonne hygiène de vie. Tous les jours sans exception je cours environ 3 km environ. Ca booste mes endorphines, c’est anti dépresseur. J’ai également débuté le chant lyrique dont je rêvais depuis longtemps. Et ça, c’est magique. Ca aide à se sentir bien. Ma fille Agathe (20 ans) m’accompagne au piano, et on programme des petits concerts ensemble. Je suis persuadée que le chant m’a aidée à changer de vie, à me « poser », à m’affirmer. A me sentir bien dans mes 50 ans.

Propos recueillis par Mylène Sultan

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