Petites réflexions d’une adulescente
de 50 ans et des poussières

Petites réflexions d’une adulescente de 50 ans et des poussières….
Quand on me demande l’âge de mes enfants et que j’ai à  annoncer 36 ans pour l’aîné, je sens toujours un regard surpris, un peu comme si comme ça n’était pas possible d’avoir un « enfant » de cet âge et je me sens dans l’obligation de me justifier : oui, je l’ai eu très jeune, à 20 ans.  Rapide calcul dans la tête d’en face …

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Et au fond quand j’y pense, ça me fait drôle aussi d’avoir un de mes fils, franchement adulte, plus « jeune adulte  » comme le veut l’expression. Je pense alors à cette phrase de Sido, la mère de Colette « Mais où sont les enfants ? « , qui les cherche tout le temps, un peu comme un animal chercherait sa portée. Pour ma part, ça fait longtemps que j’ai renoncé à les chercher, tout juste sais-je où ils sont, où ils en sont dans leur vie.

Finalement ce sont eux qui me font sentir mon âge, quand ils me prennent par le bras quand nous marchons dans la rue, ou plutôt que je glisse le mien sous le leur, alors qu’hier (c’est  à dire il y a quelques décennies) ils prenaient ma main pour la traverser, la rue.

Ce sont eux qui m’appellent et s’inquiètent de savoir comment je vais alors que je m’inquiétais dès que je les perdais de vue.

Je me souviens de l’aîné avec lequel j’ai l’impression parfois d’avoir grandi qui me refermait un chemisier qu’il trouvait trop échancré, qui présentait sa mère à ses copains avec un peu de gêne comme si c’était incongru d’avoir une mère si jeune.

Mais pas seulement les enfants en fait, si je réfléchis, c’est aussi le regard de mon entourage. Mes collègues qui me racontent leur vie sentimentale et ne m’interrogent pas sur la mienne, comme si il était évident que je n’ai plus de vie sentimentale. Les attentions des ados dans le bus qui, à présent, me laissent leur place, le garçon de café qui s’assure que je suis bien installée, qui m’installe un parasol pour me protéger du soleil.

C’est tout ce petit monde qui nous renvoie à nos 50 ans, ces petites réflexions, tous ces articles sur la ménopause, le vieillissement alors que, dans le fond de nous, tout est toujours pareil.

S’ils savaient tout ce petit monde, les folles embrassades sur la plage, les regards énamourés, les mots doux et parfois si crus qu’on envoie à nos amoureux, les textos qui feraient rougir les adolescents qu’ils ont été, s’ils savaient comme on s’en fout de ne plus avoir nos règles,

comme on est libérées de ne plus se soucier de nos contraceptions, s’ils savaient toutes les folies qu’on a en tête, les projets, la jouissance de l’instant qu’on apprend avec le temps, les problèmes qu’on balaye d’un coup d’esprit, s’ils savaient comme c’est bon cet alentissement qui nous prend parfois, cette envie de retenir le temps, les heures, ces fous rires pour un oui ou un non, s’ils savaient, s’ils savaient comme on surmonte vaillamment les bobos de la vie et les choses plus graves, comme on croit en nous, comme on vit bien cette absence de culpabilité pour un oui ou un non… je crois bien qu’ils nous envieraient.

Dominique Mallié, blogueuse nous livre chaque mercredi sa vision de cinquantenaire sur des sujets qui la touchent, l'émeuvent ou la font s'interroger sous la forme de chroniques au ton décapant. Elle tenait le blog «chic, j’ai cinquante ans » sur l’Express Styles avant de rejoindre Les Boomeuses. Prof de lettres, elle organise régulièrement des lectures de textes qu'elle écrit dans sa ville d' Avignon. Passionnée d'art, elle court les expositions et nous fera également partager quelques-uns de ses coups de coeur pour les artistes.

8 Comments

  • Répondre mai 26, 2017

    matchingpoints

    Oui, ça fait drôle d’avoir de grands enfants ! Ils ne soupçonnent pas nos rêves, nos envies. Mais ils resteront notre préoccupation première, parce que avoir un enfant c’est un engagement à vie !

  • Répondre mai 26, 2017

    sylvie

    Merci pour ce bel article Dominique…le regard des autres, on pourrait en écrire un roman et ce sont en effet les autres qui nous renvoient , ici à notre âge, mais pas seulement, à notre état général :  » mais que tu as mauvaise mine » , à notre humeur « ça a l’air de ne pas aller  » , avec des questions souvent négatives :  » ton fils , il ne travaille toujours pas son bac?  » etc, les névroses des autres, on se les coltine au quotidien, mais c’est un autre débat…
    Continuez de vous régaler avec vos petites  » pensées « ! , belle journée à vous !

  • Répondre mai 24, 2017

    Bossu

    Quel merveilleux article et quel bonheur de retrouver la plume de Dominique. La vie commence, à 50 ans !

    • Merci Christine, je vais me recoller à facebook car vous me manquez ( au final ) … 🙂

      • Répondre août 20, 2017

        Marie

        Bonjour dominique vous nous manquez aussi. Vos belles photos, vos clins d’œil quotidiens … en vacances je prends le temps de lire vos articles que j ai zappé set c est toujours un plaisir de vous lire. Et se retrouver dans ce que vous dites, avec les mots justes …merci Marie

  • Répondre mai 24, 2017

    malu

    Et quand je répond que j’ai une fille de 10 ans les gens se mettent à faire de calculs pour savoir à quelle âge j’ai eu ma fille, ou c’est possible devenir Mère à 43 ans. Le petit monde après 50 ans existe, le temps en changé et avoir 50 et plus et avoir une vide active, sexuelle, sentimentale, etc…. est ‘NORMAL’

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