Paterson de Jim Jarmusch ou l’esthétique de la zénitude

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Difficile de donner le goût de voir un film qui se distingue surtout par sa répétition, et pourtant …. J’ai vu Paterson le soir du 31, j’étais dans cette quête d’un film qui me ferait du bien. C’est toujours un curieux moment que d’être seule quand la plupart des gens festoyent.

Le synopsis s’organise autour de sept journées d’un chauffeur de bus nommé Paterson (Adam Driver) qui coule des jours paisibles à Paterson, cité ouvrière du New Jersey, près de sa femme Laura (Golshifteh Farahani). Mais,  » Paterson » c’est aussi le grand oeuvre du poète moderniste Williams Carlos Williams, véritable jalon de la littérature américaine. Clin d’oeil de Jarmusch pour donner à voir,  à la manière des poupées gigognes,  une sorte de jeu de miroirs entre la ville, la vie des personnages, et l’écriture poétique qui magnifie le quotidien, lui donne un sens, une résonnance.  Paterson tient  un petit carnet dans lequel il consigne dans une poésie merveilleusement libre ce qu’il voit et vit, transcendant par là la « vulgarité » de ce quotidien qui de fait n’a plus rien de « vulgaire »,  au sens propre.

Et c’est bien là le seul propos du film à mon sens : cette boucle entre le vécu et la poésie, sans qu’on sache très bien lequel enfante de l’autre. 

Elles sont belles ces scènes de réveil du couple, quasi à l’identique, tendrement lovés l’un contre l’autre. Elles sont belles également ces scènes où Paterson, au volant du bus, parcourt la ville dont les reflets extérieurs glissent à la surface de son immense pare-brise, comme autant d’images en circulation. De cet amalgame entre les images, les conversations saisies çà et là, les gestes ritualisés : la promenade du soir avec le chien Marvin, la bière bue au bar, l’observation méticuleuse d’une boite d’allumettes, nait la poésie, la rime interne, comme l’explique Paterson à une jeune fille également poète, cette poésie qui va donner au quotidien son sublime.

Le personnage de Paterson est tout entier dans cette disponibilité, cette perméabilité aux choses et aux êtres, il en devient lui même extrêmement poétique. Je crois qu’on peut dire cela d’un personnage.

 

Dominique Mallié, blogueuse tenait le blog «chic, j’ai cinquante ans » sur l’Express Styles avant de rejoindre Les Boomeuses. Prof de lettres, elle organise régulièrement des lectures de textes qu'elle écrit dans sa ville d' Avignon. Passionnée d'art, elle court les expositions et nous fera également partager quelques-uns de ses coups de coeur pour les artistes. Philosophe à ses heures, elle nous entretiendra de questions qui nous occupent et nous ouvrira d'autres perspectives de réflexion.

2 Comments

  • Répondre janvier 4, 2017

    dominique mallié

    Bonjour ….c’est certain qu’il n’y a pas grand suspens … encore que .. promenade ou non? Les déboires amoureux des uns et des autres vont-ils s’arranger? Le chien Marvin a-t-il quelque chose d’humain? Où Laura va-t-elle s’arrêter dans sa douce folie peinturluresque ? Laura est-elle d’ailleurs une sorte de réincarnation de la Laure de Pétrarque qu’elle semble découvrir? et Williams Carlos Williams ou bien Carlos Williams Carlos ?

  • Répondre janvier 3, 2017

    matchingpoints

    Nous l’avons vu aussi.
    Mais nous avons du mal à avoir un avis – le couple est très touchant dans son quotidien. C’est poétique certes, mais d’une poésie qui n’est pas très loin de l’ennui…

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