Odile Bagot :
on est des femmes formidables !

Odile Bagot, boomeuse née en 1959, est gynécologue, mère et blogueuse*, et rejoint pour notre plus grande joie notre rédaction. Chaque premier lundi du mois, elle nous livrera son expertise de gynécologue et nous parlera santé, gynéco, forme et bien-être.

En introduction, Odile Bagot nous évoque ses souvenirs de jeune femme et d’étudiante en médecine dans les années 1980. Des souvenirs dans lesquels nombre d’entre nous se retrouveront.

ON EST DES FEMMES FORMIDABLES !

Premier épisode 

Boomeuses ! Notre point commun ? Etre nées après la guerre et jusqu’à la fin des années 60, les fameuses trente glorieuses ! Nos mères, très chères mères, obtiennent le droit de vote en 1944 et celui d’ouvrir un compte bancaire ou d’exercer une profession sans le consentement de leur mari en … 1965 ! Quant à la régulation des naissances, en dehors de la méthode Ogino, grande pourvoyeuse de familles nombreuses, il faudra attendre la loi Neuwirth en 1967 pour la contraception et le courage de Simone Veil en 1975 pour la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse. A cette époque, nos mamans ont presque notre âge mais pas la chance de pouvoir choisir « un enfant quand je veux, si je veux »

Et nous, jeunes filles en devenir femme, que sommes-nous au milieu des années 70 ? Premières boums, premier flirt, première pilule ou déjà en union libre comme on disait alors, voire mariées… Pour celles qui ne s’arrêtent pas au certificat d’études, nous sommes pour la plupart au CES (collège d’enseignement secondaire) ou CEG (collège d’enseignement général) ou au lycée, le collège unique ne datant que de 1977.  Dans les lycées de jeunes filles, toutes en blouse beige, nous désespérons de ne voir aucun représentant de la gente masculine à l’horizon, pas même un professeur !

Une classe de fille, avant le passage à la mixité.

Une classe de fille, avant le passage à la mixité.

 

L’instauration de la mixité est très progressive et ne se généralise dans les établissements publics qu’en 1977, année de mon bac !  Cela ne nous empêche pas pour autant de retrouver les copains du lycée de garçons dans les cafés de la ville, dans une manif où l’on chante ensemble l’Internationale face aux CRS ou le dimanche à la messe, entonnant « Les mains ouvertes devant toi, Seigneur » à la chorale des jeunes de la paroisse, avec batterie et guitare, s’il vous plait !
Même dans l’Eglise, il souffle un vent de liberté, on appelle le curé par son prénom et cela fait un bail qu’il a remisé sa soutane au vestiaire. Dire que les jeunes prêtres aujourd’hui arborent fièrement leur col romain, quel recul !

 

Odile Bagot en jeune scout

Odile Bagot en jeune scout

A nous l’avenir et la liberté, y compris sexuelle, Sainte Pilule protégez-nous ! Pas la grande liberté sexuelle, version 68 avec l’emblématique Dany Le Rouge et son regard extraordinairement effronté et provocateur, les «faites l’amour pas la guerre » et autre « il est interdit d’interdire ». La plupart d’entre nous sommes encore petite fille ou tout juste ado en mai 68 et très vite les moeurs retrouvent un cours, disons plus traditionnel. Nous avons un « petit copain », on ne dit plus « mon fiancé » mais pas encore « mon mec » et il n’est pas rare que nous passions devant Monsieur le Maire et Monsieur le Curé avant nos 25 ans. La vie s’est ensuite chargée de conforter, ou non, ce passage à l’acte

Cerise sur le gâteau, depuis 1974, nous sommes majeures à 18 ans.

Je me souviens encore avec quelle délectation je rédigeais moi-même mes billets d’absence au lycée en terminale !

Après un bac C ou D pour les scientifiques, A pour les littéraires et les nouvelles filières B et G pour celles qui envisagent plutôt un cursus court, direction la fac, math sup, hypokhâgne ou une filière technique avec BTS à la clé. Le choix est beaucoup plus limité qu’aujourd’hui et pour le coup infiniment moins anxiogène !

J’ai pour ma part le sentiment qu’on me laisse choisir mon orientation professionnelle  avec, pour mes parents, l’ambition de me voir monter dans l’ascenseur social. En bonne fille que je suis, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour les satisfaire : de grand-parents ouvriers et paysans, de parents employé de banque et institutrice je me lance, à leur grande joie, dans les études de médecine!

Côté argent, on se contente de peu, un resto-ciné une fois par semestre après les exams, du henné sur des cheveux longs qui ne voient jamais le coiffeur, des sabots hollandais avec semelle en bois, les stocks américains pour les pantalons pattes d’eph et le comptoir de l’Orient et de la Chine pour les foulards de soie indiens et le parfum jasmin ou patchouli ! Pour participer au financement de nos études, un job de vacances, en général à l’hôpital pour les étudiants en médecine. Je suis heureuse d’y avoir exercé tous les métiers : ASH ou fille de salle comme on disait alors, aide-soignante après ma première année de médecine, puis infirmière, externe, interne et enfin chef de clinique. J’y aurai donc manié aussi bien la serpillère que le bistouri ! Je me souviendrai toujours de ce que je me suis offert avec ma première paye après le bac : un sac à main en cuir, une épilation chez l’esthéticienne et mon premier parfum de marque, Diorella. Bref, prête à entrer en faculté de médecine et tant qu’à faire, m’y déniaiser !

Mon premier parfum !

Mon premier parfum !

Voilà pour commencer cette chronique, le décor dans lequel nous nous sommes construites, vous et moi,  et avons acquis ce qui fait de nous des femmes formidables ! Nous sommes devenues femmes dans une période bénie, happées par un avenir qui s’annonçait radieux avec le sentiment de conduire notre vie et non de la subir. Ce qui fondamentalement nous différencie de la génération de nos mères, c’est la possibilité de planifier les grossesses et d’avoir ainsi une certaine maîtrise de notre vie sexuelle. Débarrassées de l’angoisse de la grossesse, nous avons souvent pu mener de front la vie professionnelle et familiale. Tout n’est pas rose aujourd’hui pour les 50-65 ans mais la jeunesse que nous avons eue nous donne, j’en suis persuadée, toutes les ressources pour rebondir !

 Suite lundi prochain pour le prochain épisode qui pourrait s’intituler « Odile en médecine » !

 

Odile Bagot

 

 

8 Comments

  • Répondre décembre 1, 2015

    Dilou91

    Bon, je m’appelle Odile et je suis née en 1959…. effectivement j’ai eu les mêmes photos et un peu la même histoire (sauf pour la profession). C’est plutôt amusant de la voir écrite par quelqu’un d’autre!

    • Répondre décembre 1, 2015

      Odile Bagot

      On ne s’appelle pas Odile par hasard en 1959 … mais la coïncidence est tout de même bluffante !

  • Répondre novembre 25, 2015

    BANNWARTH ISABELLE

    de la lecture « thérapeutique » en ces temps où nous avons cette sensation bizarre que tout se perd…. Bravo à vous et hâte de vous lire encore !
    isabelle bannwarth

  • Répondre novembre 24, 2015

    Catherine Jannin

    J’ai hâte de vous retrouver lundi !

  • Répondre novembre 24, 2015

    lydia

    que de souvenirs dans cet article !!! Certains que j ai vécu à travers ma soeur qui a 6 années de plus que moi et d autres événements ou changements qui me concernent directement !!!

  • Répondre novembre 24, 2015

    dominique mallié

    je me suis retrouvée dans cet article , quel coup de jeunesse !

  • Répondre novembre 23, 2015

    matchingpoints

    Joli compte-rendu de nos jeunes années !

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