Martin Landau, un acteur au charme indéfinissable

Martin Landau, comédien à la beauté troublante, vient de mourir le 15 juillet à l’âge de 89 ans. Acteur a la carrière emplie de rebondissements, il a tourné avec Alfred Hitchcock et Woody Allen, avant de marquer les téléspectateurs dans la série Mission : Impossible.

Martin Landau, un enfant de Brooklyn

Martin Landau est né à Brooklyn en 1928 dans une famille juive originaire d’Autriche. Il grandit dans le quartier de Flatbush, celui de Woody Allen, Norman Mailer et Barbra Streisand. “Être enfant à Brooklyn à cette époque, c’était vraiment cool” se souvient-il. “J’adorais écouter tout un tas de musiques et les conversations des gens dans la rue. À l’école, on était de toutes les origines, Irlandais, Juifs, Grecs orthodoxes, Catholiques, Italiens… J’entendais partout des accents incroyables ! C’était tellement vivant, ça c’est infiltré dans mes veines !”

Diplômé de l’école d’art du Pratt Institute à l’âge de 17 ans, il est embauché comme dessinateur de presse et de comics au quotidien new-yorkais Daily News, collaborant avec le célèbre cartoonist Gus Edson. “Mais j’ai démissionné pour devenir acteur,” raconte-t-il, “J’entends encore la voix de ma mère quand je lui ai annoncé la nouvelle. ‘Tu as fait quoi ???’”

martin landau jeune-les Boomeuses

Martin Landau dessinateur de presse

Des meilleurs potes nommés James Dean et Steve McQuenn

Landau va suivre les cours du prestigieux Actors Studio dirigé par Lee Strasberg, où il se lie d’amitié avec James Dean et Steve McQueen. “James Dean était mon meilleur ami” confiera Landau. “Il n’y a pas grand chose à ajouter à son sujet qui n’ait déjà été dit. C’était un acteur si talentueux, qui ne voulait pas mourir jeune”. Malgré les rumeurs persistantes depuis la disparition de la star, Landau insiste pour affirmer que Dean n’était ni bisexuel ni gay. “Les deux seules choses qui nous intéressaient et dont nous parlions tout le temps, c’était devenir acteur et les filles,” dit-il.

“Une moitié des gens avec qui j’ai grandi et joué sont morts. L’autre moitié ne se souvient pas d’avoir pris son petit-déjeuner ce matin” déclarait l’acteur en 2016, avec une pointe d’humour teintée de tristesse. “Moi, j’ai la chance d’avoir toute ma tête et de pouvoir encore travailler à mon âge… Je me souviens de ce mot d’Adolph Zukor qui disait “Si j’avais su que je vivrais si longtemps, j’aurais fait plus attention à ma santé.” “Je vois ça à la fois avec dérision et nostalgie” poursuit-il, “Jimmy avait 24 ans quand il est mort ; Steve en avait 50. C’est avec eux que j’ai commencé. Je me souviens tellement de cette période, je suis en train d’écrire mes Mémoires, j’ai de quoi faire trois tomes ! Tant d’anecdotes à raconter… En particulier sur Jimmy et Steve, on se connaissait si bien, on travaillait ensemble tous les trois. Ces moments font partie des plus belles années de ma vie.”

Martin Landau et James Dean

Martin landau et son ami James dean

Les années 50 sont celles de ses débuts à la télé, dans les séries The Twilight Zone, Maverick et Rawhide. En 1957, Landau fait sa première apparition sur les planches de Broadway dans la pièce de Paddy Chayefsky Middle of the Night, puis c’est son rôle de Leonard, le bras droit de James Mason dans La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock en 1959, qui le lance à Hollywood. Dans ce classique du cinéma, il joue un “bad guy” à qui il va donner une dimension toute particulière.

“Mon personnage, tel qu’il était écrit dans le scénario, était celui d’un vrai dur. J’ai suggéré à Hitchcock et à son scénariste qu’il soit gay. Au départ, tout le monde m’a dit que c’était une connerie, que ça allait nuire à mon image d’acteur à Hollywood. Mais Ernest Lehman [scénariste et dialoguiste du film] adora l’idée et rajouta même cette réplique, “Disons que j’ai suivi mon intuition féminine.” dans la scène où j’apprends à James Mason que le pistolet avec lequel Eva Marie Saint tire sur Cary Grant était chargé de balles à blanc. J’ai toujours essayé de jouer des méchants qui ne savent pas qu’ils sont méchants !” Martin Landau apparaîtra ensuite, toujours dans des seconds rôles, dans Cléopâtre de Joseph Mankiewicz, Sur la piste de la grande caravane de John Sturges, dans La Plus Grande Histoire jamais contée de George Stevens et Nevada Smith de Henry Hathaway.

 

Martin Landau-La mort aux trousses

Martin Landau dans La Mort aux trousses

Mission : impossible

Mais c’est la télévision qui le rendra célèbre dans le monde entier avec la série Mission : Impossible, diffusée sur CBS en 1966, où il joue en compagnie de son épouse Barbara Bain, rencontrée sur la scène de Broadway en 1957. Il quittera avec elle la série au bout de trois saisons, faute d’obtenir une augmentation de leurs cachets.

Mission impossible

Dans Mission : Impossible

“C’est un très bon ami, Bruce Geller, qui a écrit la série” raconte l’acteur. “À l’origine, Mission : Impossible devait être un long-métrage dans lequel toute la bande était composée de bad guys. Bruce l’avait pensé comme un film policier, mais n’avait pas réussi à placer son scénario à un studio… Il a alors décidé de transformer les méchants en gentils pour le pilote de la série, imaginant une agence gouvernementale clandestine sans même savoir que cela existait réellement à Washington ! Mon personnage, Rollin Hand, un ex-acteur, magicien et transformiste, me permettait toutes sortes de fantaisies. Au même moment, on m’a proposé le rôle de Spock dans Star Trek, mais j’ai décliné l’offre. Jouer un personnage dénué de toutes émotions m’aurait profondément ennuyé. Et puis la série de Bruce était presque avant-gardiste : pensez qu’on se servait pour nos « missions » d’ordinateurs miniaturisés qui n’existaient pas encore à l’époque ! Elle tient toujours la route quand on la revoit aujourd’hui, elle est vraiment stylée et le public ne s’y est pas trompé.” Mission : Impossible a valu à Martin Landau trois nominations aux Emmy Award et un Golden Globe.
Barbara Bain et son mari endossent ensuite les pyjamas moulants de la série de science-fiction culte Cosmos 1999, tournant 4 saisons en Grande-Bretagne. Après son retour aux USA, Landau se retrouve au creux de la vague pendant des années, avant que Francis Coppola ne fasse appel à lui en 1988 pour interpréter le financier juif américain Abe Karatz dans le biopic Tucker. Un rôle qui lui vaudra d’être nommé aux Oscars pour le meilleur second rôle, mais qui sera attribué à Kevin Cline pour Un poisson nommé Wanda.

Mission impossible-martin landau et son épouse

Judah Rosenthal dans Crimes et Délits

Dans Crimes et délits de Woody Allen,il campe un mémorable Judah Rosenthal, médecin sexagénaire empêtré dans une histoire d’adultère. “Woody ne dirige pas ses acteurs” raconte Landau. “Les grands réalisateurs ne dirigent pas, ils engagent les meilleurs, leurs offrent un terrain de jeu et les laissent s’amuser. Tous les bons le savent, le casting, c’est 90% de la direction d’acteurs. Allen m’a fait venir à New York après avoir vu Tucker, ça m’avait surpris car la ville regorge de merveilleux comédiens. On a eu plusieurs réunions et je parlais du rôle avec lui, j’avais eu la chance de lire l’intégralité de son scénario alors qu’il était rarissime qu’il le donne à l’un de ses acteurs. Même Alan Alda ne l’avait pas lu en entier. Encore moins Anjelica Huston et Claire Bloom. Je crois que Mia [Farrow] et moi étions les deux seuls acteurs du film à l’avoir lu”. Martin Landau ajoute “si Woody Allen n’aime pas ce que vous faites, il vous vire de son film ! Pour La Rose pourpre du Caire, Jeff Daniels était le quatrième acteur qui endossait le rôle ! Moi, je n’ai jamais été dirigé par un réalisateur en 40 ans de carrière. Si un metteur-en-scène n’aime pas mon jeu, il me le dit, je respecte ça. Woody, lui, dit qu’il ne sait pas diriger les acteurs. Il vous engage, en espérant que ça va le faire !”

Avec Woody Allen pour Crimes et Délits

“Il avait écrit pour ce film un personnage de menteur, tricheur, d’enfant gâté.” poursuit-il. “Il était crucial que, quel que soit l’acteur qui endosse le rôle de Judah Rosenthal, il l’incarne tel que Allen l’avait écrit : un type qui n’a pas une once de remords pour le pire de ses actes. Ç’aurait été très facile de le rendre détestable, mais j’ai dit à Woody que le public devait pouvoir s’identifier à lui, s’imaginer à sa place tout en étant choqué à la fin du film, parce qu’il tue quelqu’un, quand même ! C’était la première fois que Woody se confrontait sérieusement dans l’un de ses films à sa judéité, à la question de la morale juive, sous un angle dramatique et sans passer par le biais de l’humour.”Crimes et délits vaudra à Landau sa seconde nomination aux Oscar, pour celui du meilleur second rôle, même s’il tenait clairement le premier du film. Cette fois encore, il lui échappe au profit de Denzel Washington dans Glory. Mais la troisième fois sera la bonne.

Un Oscar pour Ed Wood

En 1994, Martin Landau remporte enfin l’Oscar du meilleur second rôle pour Ed Wood, de Tim Burton. Le biopic du réalisateur mythique des délirants films de série Z Glen or Glenda et Plan 9 from Outer Space, incarné par un Johnny Depp halluciné, permet à Landau de donner le meilleur de son art. Habité par le personnage de Bela Lugosi, il livre une performance époustouflante en star du muet d’origine hongroise idolâtrée par Ed Wood, accrochée à son rôle mythique de Dracula, à l’héro et à l’alcool. Lors de son discours aux Oscar, l’acteur remerciera son réalisateur avec ces simples mots : “Merci Tim pour m’avoir offert le rôle de ma vie.”

MArtin Landau-d Wood

Martin Landau dans Ed Wood

 À l’opposé de certains acteurs et réalisateurs qui renoncent à ce type d’honneurs, insistant sur le fait que cela ne représente strictement rien pour eux, Landau fut particulièrement ému par cette récompense. “Enfant, j’en rêvais !” dit-il. “C’est quand même génial d’être honoré par ses pairs pour ce que vous faites, il n’y a aucun doute là-dessus ! ” Quand on lui demande s’il pense qu’il aurait du gagner l’Oscar pour Crimes et délits, il répond : “Il y a un proverbe talmudique qui dit : J’aurais du, j’aurais pu, et une pelle te creusera un trou !”

Les années 200 de Martin Landau

En 2006, l’acteur joue le rôle d’un producteur hollywoodien sur le déclin dans la série de HBO Entourage et consacrera les deux dernières décennies à des téléfilms tout en enseignant à Los Angeles où il vivait, au sein de l’Actors Studio local dont il fut le directeur artistique.

 

Article paru avec l’aimable autorisation du site Jewpop

 

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