Un long fleuve tranquille
la retraite ? Pas sûr !

Un-week-end-à-Paris-Les-Boomeuses

Jusqu’ici, nos temps et nos espaces de vie étaient bien agencés. Nous déclinions ensemble nos libertés et nos loisirs à l’aune de nos professions respectives. Nous n’aimions rien tant que nos retrouvailles le soir, scandées par nos discussions «  et toi ça s’est passé comment aujourd’hui ? ».

 

Que la réponse soit « bien ou pas bien », l’échange était là en toute réciprocité. J’aimais aussi ces moments de solitude où l’autre est absent pour profiter à fond d’une « chambre à soi » dans notre lieu de vie. La vie était réglée, chacun respectait les rythmes et les humeurs de l’autre, chacun y trouvait son compte.

Et puis un jour, crac, il m’annonce avoir été mis à la retraite anticipée, à 55 ans, brutalement,  jeune encore, dit-il effondré,  je ne m’y attendais pas. Moi non plus. Moments d’angoisse, de crise, de déprime, comment va-t-on faire ? Puis, examen de la situation. Fort de notre complicité, nous réussissons, au fur et à mesure, à nous dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas et qui contribue à visser pour de longs mois voire plus, une déprime voire plus !

• Nous ne supportons, ni l’un ni l’autre, d’être l’un sur l’autre, s’il reste à la maison du matin au soir. C’est dépasser des limites, empiéter sur nos territoires, générer de la répétition et de l’ennui.
Nous avons osé le dire malgré notre forte intimité…

• Nous détestons que s’installe ce déséquilibre de statut entre lui et moi
« Eh oui je-suis-une-femme-et-lui-un-homme-et-un-homme-ça-travaille-même-si une-femme-ça-peut-rester-(un peu plus) à la maison ! » Ouf ! ça a été dit, nous avons bien ri, nous moquant de mes idées d’arrière-garde bien fichées dans mon imaginaire de quinqua à qui sa mère disait « Le principal ma fille c’est de faire bien à manger à son mari… ! »
La situation actuelle contribuera-t-elle à couper définitivement le cordon de ces injonctions ancillaires ? Cela m’a fait réviser des ancrages dévoilés par notre situation, et lui ça l’a fait bien rire !

• J’ai de la peine et je culpabilise. Lui jadis si fier de son travail et aujourd’hui retiré du monde, en retrait, A LA RETRAITE, et moi encore active et plus que jamais, qui ait choisi l’indépendance pour que « ça » n’arrive pas !
Alors, on se pose la question. Pourquoi le travail, à part « gagner sa vie », qu’est-ce qu’il remplit même s’il n’est pas si satisfaisant… Et n’est pas plus difficile, fondamentalement, d’être « à la retraite » comme remise en cause de ses choix existentiels ? Je change soudain de regard et je l’admire ! Il est en train de réinventer sa vie !

• Nous sommes mal à l’aise avec cette histoire d’argent, même s’il ne manquera pas forcément, encore que. C’est ce sentiment de « perte » (de son emploi) qui nourrit notre peur de perdre encore d’autre chose, de se restreindre, de ne plus pouvoir, de « rétrécir »… !
Urgence : lutter contre  l’envahissement de ces fantasmes et nous confronter une réalité pas si douloureuse ! Mais n’est-ce pas ce couperet de l’âge, cette dictature du jeunisme, ces seniors non reconnus dans notre société qui proposent un miroir qui ne (nous) réfléchit pas ?

• Nous craignons aussi de perdre des amis, des occasions de sortir avec certains de ses collaborateurs – les plus sympathiques qui s’éloigneront nécessairement de nous ! –  Serons-nous restreints au petit cercle familial ?
Encore des fantasmes à effacer, pourquoi ne pourrions-nous pas nous faire d’autres amis ?

 Toutes ces questions, d’autres encore, ont occupé nos soirées durant les premiers mois de sa retraite, et contribué à renforcer nos liens

Nous avons réinstallé l’appartement pour gérer nos espaces respectifs, décidé de nouveaux horaires où nous ne nous « marcherions pas » l’un sur l’autre. Nous avons pris la réalité par tous les bouts, et surtout lui avons donné quelques rêves, beaucoup de rêves.

« Et rien ne t’empêche d’être actif, voire sur-actif si tu veux, de remplir ton agenda de toutes les envies que tu n’avais pas réalisées. Penches-toi sur tes désirs, invente, crée de nouvelles façons de vivre. Vis encore plus fort ! Surprends-nous, surprends moi… !

 

 

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Photos du film Un week-end à Paris

4 Comments

  • je n’ai pu pour ma part supporter l’inactivité d’un compagnon rencontré récemment, et à la retraite anticipée, alors que moi je travaille… j’ai de vieux clivages en tête qui ont la tête dure : un homme travaille ou a au moins des passions qui l’occupent..
    mais nous n’avons pas la même grande histoire en préalable, c’est neuf, donc d’autant plus difficile… pour ma part j’ai besoin, un besoin viscéral de savoir mon amoureux inscrit dans du  » faire » sur lequel nous pouvons échanger. de le sentir dans un univers qui lui est propre , sinon, je décroche… la retraite ça se prépare en effet

  • Répondre mars 14, 2016

    matchingpoints

    Il est important de garder des activités « chacun pour soi » et de ne pas tout partager ; le plaisir de se retrouver à deux est garanti si l’on évite de se marcher sur les plates-bandes …

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