Lettre d’un babyboomeur
aux babyboomeuses

mini

Chères babyboomeuses, je vous le dis tout de go : je vous aime ! Non pas parce que vous avez fait latin-grec comme moi et que vous savez qui est Georges Pompidou. Non pas parce que vous avez grandi sous la Guerre Froide et vécu vos premiers flirts sur le siège grinçant d’une 2CV au son volupteux de Nights in white satin. Non pas non plus parce vous avez ‘’fait’’ 68… non, je vous aime parce que vous êtes une génération bénie des dieux : le temps n’a pas eu de  prise sur vous !

 

Croyez-moi, lorsque je revois aujourd’hui d’anciennes copines de lycée, il se passe un drôle de truc. Elles m’étonnent toujours par leur éternelle jeunesse. Mères ou déjà grand-mères, elles sont restées les mêmes. Sous la femme mûre la jeune fille est toujours présente, en filigrane. Je les retrouve telles qu’elles étaient au temps du bac, le bandeau et le cheveu crêpé en moins. Elles ont conservé ce discours élégant, cet humour, cette décontraction distinguée par lesquels elles régnaient sur nos boums du jeudi après-midi. Et, il ne faudrait pas beaucoup pousser les plus anciennes pour qu’elles dansent à nouveau sur C’est ma fête, je fais ce qui me plait de Richard Anthony. Ou qu’elles partent en bande, après le boulot, pour un bain de minuit à Deauville, comme elles le faisaient au temps des premières escapades à l’insu des parents… mais oui, j’en connais. Tout de même, à près de 60 ans, faut le faire ! C’est sans doute ce qui a conduit les analystes de l’Institut IPSOS, dans un récent sondage, à qualifier les babyboomeuses de quinqu’ados. Des épouses et des mères accomplies ‘’qui présentent des envies et des comportements similaires aux jeunes filles de 20 ans’’. Quel étonnant mélange ! Vous voyez, je n’étais pas très loin…

Il est vrai que vous êtes les premières à ne pas ressembler à vos grands-mères qui à 55 ans déjà adoptaient le look veuve de marin. Vous faites 15 ans de moins que votre âge, vous vous habillez comme vos filles (je sais, ça les agace parfois), et le fait que vous soyez passées du jean taille 38 au 40 n’y changera rien. Ni ces quelques ridules ou ces discrets plis autour des yeux. Je ne vois pas d’irréparable outrage.

 

De grâce, ne refaites pas ce visage que vous critiquez souvent dans votre miroir avec d’agaçants ‘’quelle horreur !’’ ou des ‘’je suis immonde, aujourd’hui »

 

Au contraire, ces indices d’une femme qui a vécu vous donnent un je ne sais quoi de touchant et n’altèrent en rien votre pouvoir de séduction. La jeunesse enluminée par la vie, en quelque sorte…

Oui, tout va bien ! La preuve : le même sondage a montré que 93% des 5 millions et demi de babyboomeuses que compte la France se disent ‘’épanouies et bien dans leur peau’’. Comment en serait-il autrement si l’on songe à tout ce que vous avez vécu ? Je vous ai vu passer de la jupe plissée grise à la mini-jupe impudique, du porte-jarretelle au collant, du col claudine au sweat flottant de la joggeuse. Bref, vous avez accompagné la mutation de toute une société, en troquant peu à peu le statut de femme au foyer pour celui d’étudiante, puis d’executive woman en Austin Mini sachant bien séparer vie de famille et vie professionnelle. Que de libertés conquises, vous à qui les mères nées dans les années trente, donnaient la permission de 23h avec cette subtile mise en garde de ne pas aller regarder les feuilles par en dessous. Bien sûr que vous alliez les regarder quand même, bien courageusement, car c’était peu de temps encore avant que la pilule ne vienne vous libérer de quelques angoisses.

Mais l’histoire n’est pas finie. La majorité d’entre vous voit la décennie 50/60 comme l’âge d’un nouveau départ possible. Pas surprenant. Vous avez surmonté les aléas de la vie, les enfants sont tirés d’affaire, vous avez un peu d’argent, une bonne forme physique et plus rien à prouver. Au diable les contraintes, la vie continue ! Vous entrez dans cette fameuse parenthèse enchantée dont parle le sociologue Jean-Claude Kaufmann à votre propos. Et, en plus, on vous dit hédonistes, avec un désir de plaisir assumé qui fait de vous des sexygénaires ! Qui dit mieux ?

Oui, c’est bien ainsi que je vous perçois, chères babyboomeuses, et permettez-moi, au terme de ces confidences, de vous dire que, grâce à vous, je n’ai pas vieilli non plus !

 Alain Rodier

 

7 Comments

  • Répondre novembre 12, 2017

    ZAKARIAN ELIANE

    Oui, cet article est le reflet d’une classe de babyboomeuses de la petite bourgeoisie. Cela fait un peu cliché….
    De plus je précise que les babyboomers sont des gens nés dans l’immédiat après-guerre soit entre 1946 et 1953. Nos mères ne sont pas nées dans les années 3O mais dans les années 1915-1920…
    Revoyez vos repères…

    • Répondre novembre 12, 2017

      Les Boomeuses

      Avant tout cet article est un bel hommage aux femmes de 50,60
      ans et plus. Les Boomeuses dont le nom indique surtout que l’on s’adresse à des femmes de 50 ans et plus est un magazine féminin avec des chroniques pas un site sociologique. Enfin, non, les mères des femmes de 50 ans sont bien nées dans les années 30.
      « Le baby-boom est une période de remontée exceptionnelle de la fécondité enregistrée dans la plupart des pays développés, entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1960, avec une ampleur et une chronologie différente selon les pays. La reprise de la natalité commence en France avant la fin de la guerre (dès 1943) et la baisse s’amorce au milieu des années 1970 »
      http://www.observationsociete.fr/

  • Répondre janvier 26, 2015

    christine

    Bonjour
    J’admets que les femmes font 10 ou 15 ans de moins que les femmes au même âge dans les années 60/70 mais la génération actuelle 50/60 n’a pas connu l’effervescence en fac en 68, nous avions 13 ans pour celles nées en 1955 comme moi, j’ai 59 ans.
    Je ne me sens pas concernée par ce que dit votre babyboomeurs, il s’adresse plutôt aux 65/75 qui ont connu l’évolution de la femme : le travail, la pilule, la liberté sexuelle etc… et encore dans certains milieux.
    Les féministes avaient fait leur bouleau (il y en a encore, heureusement ! et il faut rester vigilantes, certains acquis auraient tendance à s’effacer …) et j’étais plus libre que la génération qui m’avait précédée (les 65/75 ans dont je parle plus haut).
    Donc à 10/15 ans prêt, il ne faut pas confondre, la condition féminine avait évolué et durement acquise.
    Merci
    Désolée mon commentaire est parti en deux fois !!!

    • Répondre janvier 26, 2015

      Arielle Granat

      Effectivement cette « lettre » s’adresse à des femmes qui frôlent plutôt les 65 ans. Nous on aime l’hommage que notre journaliste porte à ces femmes, à une époque elles sont souvent supplanté par des jeunes femmes.
      Il ne s’agit pas d’un article sur la condition féminine mais juste une chronique d’humeur.

  • Répondre septembre 24, 2014

    matchingpoints

    Pompidou, les Moody Blues, Richard Anthony, la deuche et la permission de 23h… Pas de doute vous y étiez ! Merci pour ce flash back, merci pour ces compliments que nous prenons pour nous babymoomeuses et hédonistes sexa(y)génaires.

    • Répondre septembre 24, 2014

      Arielle Granat

      Toute une époque !

  • Répondre septembre 17, 2014

    BROGI

    Merci bcp j’ai apprécié ce témoignage qui ns redonne un coup de fouet et c’est toujours agréable de recevoir ce genre de compliments encore une fois merci ma journée est plus ensoleillée et j’aurazi un peu plus d’indulgence envers moi-même

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