Le passage du temps

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Danielle Rapoport est psychosociologue. Elle décrypte pour Les Boomeuses ce qui questionne nos vies… dont le passage au temps. Notre experte psy, à retrouver régulièrement.

 

50 ans… Le temps des passages, beaux, mystérieux et multiples comme ceux de Prague…

50 ans, un chiffre, le passage d’une décennie à l’autre.  Mais quelle importance, si l’âge perçu, toutes les recherches le montrent, est de 10 à 15 ans inférieur à l’âge légal ! Nous avons du temps, nous sommes ce temps qui s’étire devant nous comme tant de possibles à venir…
L’apparence s’y met aussi, jamais les  quinquas n’ont paru si vives et si jeunes… Qui n’a jamais croisé dans ces boutiques de « jeunes » celles qui pourraient être leurs mères, sans complexe, juste pour se faire plaisir et être en raccord avec ce qu’elles sont.

50 ans, cet âge d’une génération qui se construira sans modèle, car l’allongement de la durée de la vie et de la jeunesse est tout récent et ouvre à d’autres vies devant soi.

Nous ne voulons ni reproduire le modèle de nos mères, ni rester figées aux médires des vendeurs de jeunisme et de fausses promesses pour qui la cinquantaine est tabou.
Nous valons mieux que ça, en tout cas autre chose. Le temps n’est plus aux marches arrière mais aux avancées joyeuses, puissantes et créatives.
Le « requinqu’âge » de ces injustement nommées « seniors », terme générique souvent confondu avec vieillissement inéluctable et synonyme de perte, est le passage d’un mode de vie passé à celui d’expériences-tremplins qui habiteront les décennies futures, celles aussi de nos enfants.

50 ans, passage de sa séduction ? Mais ne doit-on pas changer de regard intérieur ? C’est lui qui griffe le miroir de sa patte tristounette, et embue le regard que les autres portent sur nous ! A nous de faire lever les têtes et briller les yeux… Tiens, cette femme, elle a quelque chose…
Osons ce temps des changements qui attendent qu’on les choisisse dans le plaisir et la jubilation. Ce temps des audacieuses qui ouvrent le mitan de vie à une vie à temps plein. Moins de contraintes, plus de temps choisis, de temps parenthèses, pour soi, d’autoriser des bulles d’inspiration. Tiens,  l’agenda change d’allure lui aussi… Même pas peur !
Oui, tout reste à faire…

Déjouer les pièges de l’enfermement, dans un statut, un rôle, un reflet, une image de soi, celle que nous renvoie les autres, ou son absence… Débouter l’indifférence, bousculer les normes !
Apprivoiser son vieillissement avec sympathie et exigence, et refuser d’être « vieux ». Apprendre le temps des solitudes, oser des regrets, des hésitations.
Un peu peur… mais ne pas se réfugier dans l’optimiste béat de la « bisounurserie » !

Et surtout, voir ces nouvelles fragilités comme des forces…  Pourquoi ne pas en profiter pour s’allier des ami(e)s, réseauter, partager, échanger, se parler, s’imprégner de ces émotions toutes neuves ?  Pourquoi ne pas utiliser cette palette de sentiments et de questionnements pour imaginer un nouveau boulot, une nouvelle tête, inventer de nouvelles relations à nos ados et nos mères, tout simplement pour se poser, régresser, le temps d’un coup de fil de retrouvailles ou d’un chocolat bien chaud au coin d’un bon câlin …

 50 ans, le temps d’ouvrir, d’agir, de créer, d’étonner et de s’étonner, d’accompagner, de s’alléger… A chacune sa propre liste !  Les décennies qui nous attendent comme de belles endormies ne demandent qu’à naître sous l’impulsion joyeuse de nos présents à construire.

 

 

 

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Peinture,  Fabienne Pimouguet-Coiffier

 

 

 

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