« L’amour après » de Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

Marceline Loridan-Ivens était avec Simone Veil à Aushwitz Birkenau. Marceline est arrêtée avec son père le 29 février 1944. Elle a 14 ans. Pour ce père mort à Auschwitz, elle écrit des décennies plus tard « Et tu n’es pas revenu » (Grasset), pour « fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et de sa chère petite fille ».

Marceline Loridan Ivens

 

Comme Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens mettra longtemps à raconter la déportation, l’horreur, qui ont fait d’elle une « revenante ».

Je me souviens d’une conférence de Marceline à l’occasion de la sortie de La petite prairie aux bouleaux, film sur une rescapée qui retourne sur les traces de son passé. Voyage que Marceline a fait, Simone, aussi. « Pour la mémoire et l’oubli ».

Ce qui m’avait frappée chez Marceline, lors de cette conférence, c’était son physique. Un elfe, une toute petite femme rousse qui allait sur ses soixante dix ans mais qui dans son attitude, sa personnalité, avait l’air d’en avoir quatorze.

C’est tout l’objet de « L’amour après », roman vrai sur le corps, la féminité, la sexualité, l’amour, quand on est une survivante des camps de concentration, dans ce que la déportation des juifs en Allemagne a eu de particulier, d’unique, dans la durée et dans la sophistication de l’horreur.

Comment survivre seule à Birkenau ? « j’avais quinze ans, prétendu en avoir dix huit pour échapper au gaz ». Comment grandir ? Aimer, faire l’amour, avoir des enfants quand on a vécu la haine, le froid, la faim, la soif, les coups, l’odeur de la mort autour de soi, la peur de mourir.

Comment se mettre nue devant un homme quand on a été dévêtue devant tout le monde, privée du droit élémentaire à la pudeur ?

Un journaliste avait amené Simone Veil à parler de son chignon, de ses cheveux longs, ce symbole de la féminité qui triomphait des années de déportation où l’on était tondue, humiliée, détruite physiquement et moralement.

Dans ce roman vrai, Marceline ouvre la valise à souvenirs, pleine de lettres d’amour et se souvient d’elle jeune femme, de sa détestation de la nudité, de l’abandon, de l’engagement.

Et de ces amoureux qui sans le savoir, l’ont aidée à « rassembler la jeune fille et la survivante ». Parce qu’elle a une force de vie incroyable, Marceline Loridan-Ivens a voulu partager ces réflexions intimes après avoir perdu la vue. Une manière de survivre à une autre guerre.

« L’amour après » de Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon (Grasset), en librairie le 17 janvier 2018.

Marceline Loridan-ivens

Valérie Rodrigue

 

Lire aussi : Et tu n’es pas revenu

1 Commentaire

  • A lire donc … je me souviens avoir chroniqué pour les Boomeuses, son livre  » Et tu n’es pas revenu » , il y a deux ans … cela peut intéresser les lectrices 🙂

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