La dictature du rose

Le rose est mis

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Et il est même incontournable. Jamais je n’aurais cru voir cela : des linéaires entiers, consacrés aux petites filles, de la naissance à la puberté, dégoulinants de ce coloris bonbon que l’on pensait appartenir à un autre siècle.

Tout, tout, absolument tout y est de cette même couleur.

La layette, bien sûr, et les produits qui y sont associés. Le linge de toilette, les draps – jusqu’au goupillon qui nettoiera les biberons, et les tétines (roses, elles aussi, mais ça, à la rigueur, c’est logique, on n’a jamais vu de tétons bleus).

Les doudous, les joujoux, les roudoudous.
Les tours de lit, les mobiles, les boîtes à musique.
Les couvertures de nacelle, les matelas à langer, les pots à popo.
Et ensuite : les accessoires pour les poupées, les murs de leurs maisons, et tous les jeux – y compris les tricycles, les trottinettes et les vélos.
Les mini cartables, et les sacs à dos.
Les trousses, les crayons, les stylos, les gommes…

Bref, gare à celle de plus de 50 ans qui tentera d’offrir du gris, du beige ou pire, du bleu. Elle passera pour une snobinarde, ou pire, pour une ringarde.

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, nous autres mères « libérées », nous sommes insurgées contre le sexisme que cette teinte nous semblait impliquer.
Nous avons revendiqué autre chose pour nos filles que cette vague écœurante de conformisme réducteur.
Dans les années 80 du siècle dernier, je me souviens avoir lu à ma fille – et avec délectation – un merveilleux ouvrage intitulé « Rose Bombonne », publié (sans surprise) aux Éditions des Femmes, en 1976.

En voici la présentation :

Rose Bombonne est une petite éléphante. Elle appartient à une très ancienne tribu dans laquelle les mâles sont gris et les femelles roses. Aucune éléphante ne saurait trouver un mari sans avoir auparavant atteint cette couleur ; et, pour accélérer la métamorphose, elles portent une collerette et un petit nœud rose et sont parquées dès la naissance dans un enclos où fleurissent anémones et pivoines : les fleurs qui contiennent les vertus colorantes… Rose Bombonne mange elle aussi ses rations de fleurs avec application, mais aucune transformation ne s’opère. Son père la réprimande sévèrement, sa mère se désole et tous deux finissent par se désintéresser d’elle. Alors à quoi bon rester enfermée ? Rose Bombonne s’évade, court se rouler dans la boue comme ses cousins… Les petites éléphantes la regardent avec désapprobation, puis envie… et toutes, jetant leurs collerettes, courent rejoindre leur sœur éléphante libre et heureuse. C’est depuis ce temps que tous les éléphants sont gris.

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Et voilà que de l’eau (de rose naturellement) a passé sous ce pont-là…
Les petites filles qui naissent aujourd’hui, imbibées ainsi dès la naissance, puis noyées dans l’univers kitschissime d’Hello Kitty, sauront-elles à leur tour s’émanciper, et se vêtir de ce merveilleux gris, que l’on peut assortir avec distinction à tant d’autres couleurs ?

Il me plaît de le croire. Leurs deux parents (quel que soit leur sexe) les guideront sans doute avec humour hors de cet enclos monochrome. En attendant d’en avoir la preuve, je crois que j’ai été contaminée. Je rêve en rose, sous une housse de couette que j’ai choisie de la même couleur, tout comme mon dernier téléphone – en toute innocence, je vous le promets.

Enfin, il paraît que le rose va bien au teint des Boomeuses. Surtout quand elles s’en collent sur les joues, et que le reste du monde n’y voit que du bleu !

Lire aussi de Cathie Fidler : Grand-mère ? Vous avez dit grand-mère ? 

5 Comments

  • Répondre janvier 23, 2017

    dominique

    Elle est jolie cette histoire d’éléphants !

  • Répondre janvier 18, 2017

    Michèle Cagnoli

    Et mince ! J’ai commandé mon cadeau avant de lire ton blog, et paff ! Je découvre que je suis soit une snobinarde, soit une ringarde.
    Mais non, pas vraiment, car c’est Carol et Nicolas qui ont choisi du gris. J’aurais d’ailleurs fait pareil, persuadée que le gris était le dernier cri pour les bébés.
    Mais ce n’est pas le bébé qui choisit sa mode ! Par contre, d’ici un an ou deux, la petite fille va se mettre à réclamer du rose, puis du rose et du mauve, puis du mauve, puis du blanc, puis du gris, puis du gris et du mauve, puis du gris et du noir, et dès la pré-adolescence, du noir, et du noir, et du noir.
    Les parents, grands-parents et ami(e)s se font plaisir en projetant leurs désirs sur les petits chéris, mais ils ne tarderont pas à faire entendre leur voix.

  • Répondre janvier 18, 2017

    matchingpoints

    Le rose est kitsch à souhait, en petites touches c’est acceptable et va même merveilleusement bien avec du gris ! Même pour nous, des sexas, le rose s’applique par petites touches pour ne pas ressembler à Barbara Cartland…

  • Répondre janvier 17, 2017

    dominique

    Et bien, oui, pour ma part aussi, mais dans la déco, le rose c’est tout doux et j’ai craqué pour un canapé rose et des petites touches çà et là, c’est si doux à l’oeil…. ma chambre aussi, et le linge de lit, avec des motifs contrastés mais toujours dans le ton de rose . Bon c’est un peu sirupeux, mais si agréable

  • Répondre janvier 16, 2017

    christine zaghdoudi collin

    Moi je suis rose ,intérieur de ma voiture bureau compris ,lit ,vêtements etc..ma petite file est devenue jaune pour « changer »à l’âge de 5 ans et mon petit fils de 20 mois s’est mis ce wk au rose , au « panthère » et aux talons…Moi j’aime les habiller en noir ,style rocker ou gothique ..Mais tu as raison difficile de sortir des clichés

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