France Meyer, la vie malgré tout

France Meyer est une femme pleine de vie, qui aurait du avoir une retraite paisible auprès de son mari. Mais le destin en a décidé autrement.

Après une terrible épreuve, un assassinat auquel elle échappe miraculeusement mais dans lequel elle perd son mari, elle  se retrouve veuve à 53 ans.
Pourtant, son caractère, sa détermination, sa volonté de vivre et de se reconstruire lui ont permis de retrouver une vie presque paisible. Une leçon de sérénité et d’optimisme qui fait du bien.

Elle vient de publier un livre,  La mémoire pour oublier,  qui raconte cette dramatique histoire et la façon dont elle s’est reconstruite.

Interview  d’une Boomeuse hors du commun

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Vous avez vécu une histoire incroyable, dans quelles circonstances ?

Nous étions partis avec mon mari passer notre retraite au Sénégal, lorsque mon mari, mon jardinier et moi-même avons été victimes d’un assassinat par empoisonnement.
Mon mari est mort sur le coup, ainsi que notre jeune jardinier qui était resté déjeuner avec nous ce jour là.
Moi, après deux jours dans le coma suite à un arrêt cardiaque, j’ai été  sauvée de justesse. 5 ans après ce drame, je ne sais toujours pas ce qui s’est passé, ni pourquoi.
La vie au Sénégal, quand on est européen, n’est pas si évidente. Quand quelque chose n’allait  pas, avec mes réflexes de française, je le disais et rouspétais.
J’ai notamment porté plainte à la gendarmerie contre un garagiste qui m’avait escroquée, comme je l’aurais fait en France. Est-ce l’une des raisons, je n’en sais rien, puisqu’il n’y a pas eu d’ enquête et que ce crime est toujours impuni.
La police a décrété que mon mari était décédé d’une crise cardiaque, que notre jardinier qui avait 22 ans est mort de mort naturelle, suite à une « courte » maladie, et en ce qui me concerne, que j’avais subie une intoxication alimentaire. Il n’y a rien eu à faire. J’ai essayé de voir avec les autorités françaises, mais le Sénégal est un pays souverain.  Je pense que lorsque l’on est expatrié, les choses ne sont pas si simples.
Depuis, je me bagarre car j’ai besoin que l’on reconnaisse cet acte. Qu’on me reconnaisse mon statut de victime. Mais aussi, je veux rendre hommage à ces deux personnes mortes, en tant que survivante, je me sens obligée de témoigner.

Comment êtes-vous arrivés au Sénégal ?

Nous sommes restés 3 ans au Maroc, avant que les choses se compliquent et que nous décidions de tout vendre pour partir au Sénégal. Au bout de 6 mois là-bas, nous avons décidé de quitter ce pays qui ne nous convenait pas pour repartir au Maroc. Et c’est la veille de notre départ que l’assassinat a eu lieu.

Dans votre histoire le destin semble s’être s’acharné…

Oui en effet, c’est tout un cheminement  qui malheureusement se termine par cet empoisonnement. Lorsque mon mari a pris sa retraite, nous avons tout vendu pour partir au Maroc. Mon mari avait 11 ans de plus que moi, j’ai donc arrêté mon activité pour le suivre. Et la veille de notre départ, il a fait un AVC et est resté handicapé, en fauteuil roulant.  2 ans après, j’ai quand même décidé de partir avec lui au Maroc, comme c’était initialement prévu.

Et après un tel drame, comment revit-on  ?

D’abord, on passe par la colère et la souffrance. Puis très vite, on se dit qu’on est en vie, qu’on a des choses à faire. En tant que survivant, on a un sentiment de gratitude. On a alors envie d’aider les autres ; c’est  d’ailleurs une réaction commune aux victimes. Depuis  ce drame,  je m’implique dans des ONG. Je suis partie comme bénévole auprès d’ONG, en Asie et aux Philippines. J’ai passé 3 mois dans les bidonvilles de Manille et 6 mois dans un ashram pour écrire ce livre, et par besoin de spiritualité. Ce qui m’a beaucoup aidé à me reconstruire.
Une partie de mes droits iront d’ailleurs à Virlanie, une ONG qui œuvre pour les enfants de rues de Manille.

Comment envisage-t-on la vie après une telle épreuve ?

On va à l’essentiel. Maintenant, je n’ai plus peur de l’avenir, je prends les choses telles qu’elles arrivent.
Ce qui est incroyable, c’est qu’il m’arrive plein de belles choses, je fais de belles rencontres amicales, souvent avec des femmes d’ailleurs. Je voyage beaucoup, je fais du yoga, de la méditation. J’ai une confiance folle en la vie, je suis sereine, apaisée. Aujourd’hui, je peux dire que je suis vraiment heureuse. Je n’ai ni rancoeur, ni haine.

Comment peut-on demeurer si optimiste ?

Cela vient de tout mon parcours et de mon éducation, je suis fondamentalement optimiste. Je rebondis facilement. On le ressent aussi dans mon livre.  Dans ma vie, il ne m’est pas arrivé que ce drame. Je commence d’ailleurs le livre par ces mots, « 20 années chaotiques », mais je peux dire aujourd’hui que je n’ai jamais été aussi bien dans ma vie, et même dans mon corps, qu’aujourd’hui.
Je suis une femme épanouie et heureuse malgré tout ça.

Et maintenant ?

Ce livre est  le procès que je n’aurai jamais. Il s’appelle «  La mémoire pour oublier ».  J’ai encore fouillé dans ma mémoire  pour écrire ce livre, témoigner, mais maintenant, je veux vraiment passer à autre chose. A 58 ans,  je suis aussi dans la dernière partie de ma vie et je ne veux pas la rater. Je veux pouvoir m’engager de nouveau dans l’avenir, aimer de nouveau et rencontrer un compagnon pour cette tranche de vie.
Mon livre est une leçon de résilience, mais aussi de renaissance.

 

La mémoire pour oublier
Récit autobiographique, France Meyer
Edition 7 écrit, 19,90 €

 

Arielle Granat

 

 

 

 

 

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